CHAPITRE YIII
que des perturbations dans la nature , un tremblement de terre et une aurore boréale, survenant alors, semblèrent aux yeux du peuple terrifié la manifestation sensible de la colère du Seigneur. L'effroi des uns et les remords des autres ayant mis une trêve à leurs excès, le légat décréta et fit adopter par les seigneurs séculiers un règlement sévère pour en empêcher le retour. Un tribunal spécial fut chargé de poursuivre sans merci les violateurs des lois de la morale et de la discipline. Les hérauts publièrent que quiconque se livrerait au libertinage aurait la tète tranchée. Des châtiments corporels atteignirent également Tivrognerie , le jeu , le blasphème , Temploi des fausses mesures et les larcins de toute sorte. Les femmes de mauvaise vie furent enfin chassées des cantonnements militaires, dont les abords furent aussi soigneusement gardés contre les étrangers, qui, sous l'habit de Grec, d'Arménien ou de Syrien, y venaient faire l'espionnage au profit des Turcs.
Le ciel sembla vouloir s'associer au grand effort de relèvement tenté par les chrétiens , sous l'inspiration du légat. Dès la fin de janvier, la température se radoucit, et les premières effluves du printemps vinrent rendre une vigueur nouvelle à la nature et aux hommes. Sous cette bienfaisante influence, les maladies diminuèrent, et, après être demeuré près de six mois entre la vie et la mort, Godefroi de Bouillon sentit ses forces renaître* rapidement, et put se montrer à ses soldats, ivres de bonheur.
1 Albert d'Aix,lW.IU.
MM