‹ Godefroi de BouillonChapitre 82 sur 141 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

6UÉRI80N DE GODEFROI. — PRISE D'ANTIOGHE

Février-juin 1098

A peine en état de remonter à cheval, Godefroi de Bouillon s'employa au bien commun, et fit une fructueuse expé-* dition dans le pays des Sarrasins* Le butin qu'il en rapporta, au prix de mille fatigues , mit fin décidément à la période de disette qui durait depuis environ deux mois. Le camp devant Antioche portait encore néanmoins de nombreuses ef lugubres traces des récentes misères, quand il reçut, au début même de la convalescence de Godefroi , une visite bien inattendue.

Des ambassadeurs du calife d'Egypte, débarqués àTemboucburedeTOronte, et se disant chargés d'une importante mission, firent demander aux chefs de Tarmée chrétienne un sauf- conduit pour traverser leurs lignes. On reçut les riches présents qu'ils offrirent de la part du calife, et on leur permit de se présenter au conseil. Ils entrèrent par le quartier des Lorrains. A leur approche, hommes d'armes et simples pèlerins s'ingénièrent de mille manières à orner le devant de leurs tentes et à paraître dans le meilleur accoutrement pos*

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sible ; les jeunes gens se livrèrent à l'envi , sur le passage des Égyptiens, aux exercices favoris de la chevalerie, aux courses de chevaux, aux joutes, aux tournois S et, grâce à une mise en scène habile, tout semblait respirer la sérénité et la confiance dans l'armée la plus pauvre et la plus mal équipée qu'on eût jamais vue.

L'objet des négociations entamées par le calife Mostaali est resté assez vague. On sait que ce chef des Fatimites était tout aussi ennemi des Turcs que les chrétiens eux-mêmes. Fils et héritier du calife Mostander, à qui vingt ans auparavant les Seldjoukides avaient enlevé la Palestine et la Syrie , menacé naguère par ces conquérants dans la possession de l'étroite bande de littoral qui lui demeurait soumise , au sud d'Ântioche, il avait suivi avec joie les progrès de la croisade. Trop imbu des préjugés de sa religion et de son temps pour voir dans les croisés des alliés possibles, il les considérait néanmoins comme des auxiliaires précieux. Mais, au point oii ils étaient arrivés , ils commençaient à lui porter ombrage , car c'était pour lui-même qu'il convoitait les provinces méridionales de l'empire seldjoukide, et en particulier la Judée. Voici donc à peu près ce qu'il proposait aux chefs des Francs : qu'ils le laissassent faire cette conquête, et il s'engageait à restaurer et à protéger le culte chrétien dans la Terre-Sainte , et à y accueillir en amis tous les pèlerins qui s'y rendraient sans armes.

Un tel compromis était on ne peut plus contraire à l'esprit qui avait inspiré et qui animait encore la croisade. Aussi lei^ ouvertures du Fatimite furent repoussées unanimement. Toutefois des députés chrétiens se rendirent au Caire avec les siens, et comme, de part et d'autre, on avait intérêt à éviter une rupture, les pourparlers eurent pour conclusion, au moins tacite, une espèce de traité de paix et de neutralité. C'en fut assez pour permettre au calife d'accomplir son projet,

X Robert le Moine, liy. V (au commencement).

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