CHAPITRE IX
et de reprendre quelque temps après la Palestine, d'où, il est vrai, Godefroi de Bouillon devait le chasser dix -huit mois plus tard. Mais, avant d^arriverà ce succès final de la guerre sainte, il y avait à briser bien des obstacles.
A la cessation des pluies, les troupes de secours réclamées par Aki-Sian auprès des autres princes turcs s'étaient mises en marche vers Antioche. Les sultans d'AIep et de Damas, les émirs de Jérusalem % de Césarée, de Hamah, d'Émèse et d'Hiérapolis amenèrent un premier corps de 30,000 hommes. Ils s^avancèrent avec beaucoup de circonspection, espérant prendre à dos les chrétiens pendant que les assiégés les amu-* seraient par une feinte sortie. Heureusement les chefs furent avertis par des fidèles arméniens et purent faire leurs préparatifs de défense. Le soir du 6 février , ordre fut donné à quiconque dans l'armée avait un cheval en état de servir de s'équiper pour la bataille. Il se trouva en tout sept cents hommes d'armes montés. Godefroi de Bouillon reçut le commandement de cette troupe*. Loin de s'inquiéter du petit nombre de ses compagnons, il leur adressa en partant , dit l'historien Albert d'Aix, ces paroles pleines d'assurance :
a Les Turcs se sont rassemblés dans leur force , mais nous <c combattons au nom du Dieu vivant. Confiants dans sa <K grâce, n'hésitons pas à attaquer ces impies infidèles, car, c vivants ou morts, nous appartenons au Seigneur. Si nous c voulons vaincre, nous n'avons qu'à cacher notre mouvec ment, de peur que nos prudents ennemis ne se sauvent, « épouvantés , sans oser se mesurer avec nous. » Cette appréhension ne laisse pas de paraître un peu présomptueuse quand on songe que le duc et ses soldats devaient se trouver dans la lutte un contre quarante.
Godefroi, averti par ses éclaireurs de l'approche des musulmans, prend ses positions pour la bataille. Il dissimule
1 L'émir turc de Jérusalem à cette époque était Soukman-ibn-Ortok.
2 Matthieu d'Edesse, dans les Documents arméniens, 1. 1 , p. 32.
212 60DEFR0I DE BOUILLON
adroitement son infériorité numérique en formant six bataillons d'une centaine d'hommes chacun , faciles à manier, et <îapables,en se déployant, d'opposer un large front d'attaque. La configuration du terrain, qui était une plaine unie au bord de l'Oronte et au delà du pont de Fer, ne permettait pas à Tennemi de découvrir le peu de profondeur de ces lignes. . Deux détachements de cavalerie légère, précédant, aune certaine distance , le gros des forces turques , furent frappés d'étonnement en voyant, aux premiers rayons de l'aube, luire , en rase campagne, les heaumes et les lances des Francs, qu'ils avaient compté surprendre dans leurs tentes. Mais ils étaientprèts pourl'attaque. Ils poussent leurs chevaux au galop jusqu'à portée de trait, et criblent de flèches les bataillons chrétiens. Ceux-ci, familiarisés avec cette manœuvre, supportent l'ouragan sans bouger. Puis à l'instant où les archers turcs, suivant leur tactique ordinaire, se replient comme pour prendre un nouvel élan, Godefroi les fait charger à grands coups de lances et d'épées, et, sans leur laisser le temps de se rallier, les rejette sur leur centre. Celui-ci se trouvait précisément engagé alors dans un lieu resserré entre le fleuve et un lac. Cette circonstance, enlevant aux sultans l'avantage du nombre, causa leur défaite. Embarrassée par sa masse môme, et ne pouvant tirer parti de l'agilité de ses chevaux, larmée ennemie fut hachée presque sans défense. La mêlée cependant fut terrible aussi pour les vainqueurs , et pleine de péripéties émouvantes. L'émir Toghtekin% ministre du sultan de Damas, parvint à renverser de cheval le duc Godefroi , qui n'échappa à la mort que grâce à la solidité de sa cotie de mailles. A la fin, les Turcs, enfoncés et massacrés sur toute la ligne, furent obligés de faire volte-face. On les poursuivit, Tespace de deux lieues^ environ, -jusqu'à leur quartier général, au château de Harem, situé aux confins du territoire d'Alep. Les défenseurs de cette forteresse , sans
1 Celui que Guillaume de Tyr appelle DoldequinuSé
fm~ — • la