‹ Godefroi de BouillonChapitre 91 sur 141 · CHAPITRE X Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Î

des premiers tontes ses ressources en approvisionnements et surtout en aumônes , dut lui -même se résigner à ce pénible sacrifice I si bien qu'il fut plus tard obligé d'emprunter , et Dieu sait avec quelle peine y un destrier pour marcher aux Turcs.

Malgré l'étroite surveillance des assiégeants, la détresse poussait encore parfois de pauvres gens à essayer de traverser les lignes ennemies pour aller chercher des vivres au port Saint -Siméon. Une bande de ces malheureux fut un jour surprise par des coureurs turcs et amenée devant Eerbogha. L'orgueilleux musulman contempla avec dédain leur triste accoutrement. Us avaient de méchants arcs de bois, des épées rouillées, des vêtements en loques, c Yoilà donc, s*écria-t-il, c ce peuple qui devait conquérir des royaumes étrangers ! « Ces gens* là seront trop heureux de partager le pain des <E vils esclaves ! Voilà donc les armes dont on menaçait les « libres Orientaux ! Mais elles ne tueraient pas un passereau. c Allez, conduisez ces captifs enchaînés, dans l'équipage où a ils sont, vers mon maître qui m'a envoyé. Il jugera si c notre triomphé est douteux, et ce qu'il faut penser de ceux ce qui se sont laissé vaincre par un peuple aussi misérable. a Qu'il s'en rapporte à moi : bientôt ces chiens immondes ce auront disparu de la terre, et ne compteront plus parmi les c nations ^ > Le sultan se pressait trop de chanter victoire, et le momentn'étaitpas éloigné où ces paroles présomptueuses devaient tourner à sa confusion.

Cependant tout semblait alors lui réussir. Il priva les croisés des faibles ressources que leur procurait encore accidentellement la flottille. Assaillis à l'improviste par une troupe considérable, les vaisseaux amarrés à l'embouchure de l'Oronte furent pillés et brûlés, et leurs équipages massacrés. Ce désastre effraya les marchands de l'Asie Mineure et des villes de la Méditerranée, accoutumés jusque-là à entreprendre ces

1 Guillanme de Tyr, liv. YI, ch. vi.

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expéditions de ravitaillement, et qui n'osèrent plus se hasar* der sur les côtes de Syrie.

Dans la ville, la misère était arrivée au dernier degré d'horreur. Les soldats ne faisaient plus même la garde de ses rem* parts. Un jour» une tour se trouva absolument dégarnie de défenseurs. Des Turcs, s'en étant aperçus, l'escaladèrent à la faveur des ténèbres ; ils s'apprêtaient à y introduire leurs com* pagnons, et la surprise qui avait rendu les chrétiens maîtres de la place allait les en chasser à leur tour , sans la vigilance et le dévouement de quelques chevaliers de l'armée lorraine. A rappel d'une sentinelle voisine, Henri de Hache, cousin du duc Godefroi, accourt avec deux de ses parents, nommés Francon et Siegmar, originaires deSaint-MihielsurlaMeuse. A eux trois ils arrêtent trente Sarrasins bien armés, en tuent quatre et jettent les autres par-dessus les créneaux. Mais cet acte héroïque, qui sauva Tarmée chrétienne , coûta à Yostdxi duc deux de ses meilleurs barons, Francon et Siegmar, tous deux blessés à mort, et qui expirèrent après le combat ^

De tels exemples de vaillance étaient alors bien rares, même parmi les gentilshommes formés au métier des armes. Plusieurs qui s'étaient signalés par maintes prouesses et qui avaient affronté les plus grands périls sur les champs de bataille ne purent supporter le jeûne et prirent lâchement la fuite. Les historiens ont recueilli les noms de ces félons, du nombre desquels fut Rothard, bouteiller du duc Godefroi ^ Ils se laissaient glisser , la nuit, par des cordes, le long des remparts et s'enfuyaient à l'aventure. On les flétrit de Tépithète de saïUeurs de carde ^. La plupart tombèrent aux mains des Turcs , et pour prix de leur désertion ne trouvèrent qu'une mort sans gloire ou une honteuse captivité. Il y en eut même chez qui la souffrance et le découragement avaient étouffé à ce

1 Albert d'Aix,liv. IV.

2 Ibid.

3 Baudri, cité par Michaud, Ilist. des croisades, 1. 1, p. 330.

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