‹ Godefroi de BouillonChapitre 92 sur 141 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

point le sentiment de rhonneur^ qu'ils renièrent leur foi et embrassèrent le mahométisme. Us renseignèrent l'ennemi sur Taffreuse situation delà place assiégée, et Kerbogha put se flatter de l'espoir que la famine ne tarderait guère à lui en ouvrir les portes , sans coup férir.

Cependant les princes chrétiens redoublaient d'ardeur pour suppléer à la lassitude et à Tincurie de leurs hommes. Le légat et le gouverneur d'Ântioche surtout, investis l'un et l'autre, à des titres divers, d'une sorte d'autorité générale, exerçaient une surveillance de jour et de nuit sur les gardiens des tours. Ils craignaient qu'il ne se trouvât un nouveau Firouz, disposé à recommencer, au profit des musulmans, la trahison du premier. Afin de donner plus d'ensemble à l'exécution des mesures d'ordre que prescrivaient les circonstances et d'en centraliser la direction entre les mains de Boémond, Adhémar décida tous ceux, grands ou petits, qui étaient de service aux remparts, à jurer fidélité au prince sici*lien. Tous s'engagèrent à lui obéir, comme à leur chef biérar* chique, jusqu'à quinze jours après l'issue du siégea Godefroi de Bouillon , à raison de son commandement dans le quartier de Test, dut aussi prêter ce serment ^ Il n'était pas homme à compromettre les intérêts de la guerre sainte pour des questions d'amour-propre et de préséance. Il était assez notoirement le premier capitaine et, si l'on peut parler ainsi, la cheville ouvrière de l'expédition , pour ne pas craindre de paraître amoindri en acceptant, dans cette grave nécessité, un rôle de subordonné. Savoir obéir était un des genres de mérite les plus rares dans le baronnage de France. En cela comme en toute chose , Godefroi fut un modèle, malheureusement trop peu imité.

Les déserteurs qui avaient pu s'échapper à travers les lignes ennemies se dirigèrent vers la Cilicie, et allèrent

i Raimond d'Agilers.

2 Le comte de Toulouse était alors malade, ce qui se trouva fort à propos pour empêcher une nouvelle querelle.

trouver à Alexandrette le comte Etienne de Blois. Il était toujours retenu dans cette ville par la maladie qui lui avait fait quitter quelques semaines auparavant le siège d'Antioche : c'est-à-dire la peur de Eerbogha. Pour déguiser leur couardise, ils lui présentèrent comme imminent et sans remède l'entier anéantissement des armées croisées. On décida alors de rentrer de compagnie en Europe. Le comte Etienne et les autres s'empressèrent de mettre à la voile et de fuir une terre qu'ils considéraient comme le tombeau de tous les hommes de leur race. En abordant en Asie Mineure ^ ils rencontrèrent l'empereur Alexis, conduisant à Antioche une armée de secours, forte, dit-on, de quarante mille hommes. Elle se composait en partie de troupes mercenaires fournies par le Bas-Empire lui-même, auxquelles s'étaient jointes de nom* breuses recrues envoyées par les royaumes latins. De vagues rumeurs, annonçant la destruction de la grande armée dans les plaines d* Antioche, avaient déjà jeté la terreur parmi ces nouveaux venus, et déterminé Alexis à suspendre sa marche jusqu'à ce qu'il eût reçu des nouvelles plus certaines. La rencontre des fugitifs vint à propos confirmer ses craintes, ou peut-être ses secrets désirs, et lui fournir un prétexte d'abandonner une entreprise qui ne souriait sans doute guère à son courage, et où il ne s'était jeté que pour partager avec ses alliés accidentels, en cas de succès, le fruit de leurs travaux. Le comte de Blois, du reste, lui fit un rapport bien propre à l'effaroucher. On raconte qu'interrogé par Gomnène sur les forces de Eerbogha, il lui aurait répondu : a Seigneur, c si votre armée était servie en un repas à celle des Perses, a il n y aurait pas une bouchée pour chacun d'eux ^ j^ Il n'en fallait pas tant pour le déterminer à la retraite. Grecs et Latins reprirent le chemin de Gonstantinople.

L'émir de Mossoul avait tremblé au bruit des armements de l'empire. Il fut transporté de joie en apprenant le service.

1 Raoul de Gaen^ ch. Lxxii.

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