CHAPITRE X
oc et ceux de vos compagnons dans ce pèlerinage qui vous a ont précédés au tombeau combattront avec vous contre oc les Turcs ^ >
L'imagination populaire s'enflammait à ces récits. Tout le monde aspira bientôt à la bataille qui s'annonçait sous de si heureux auspices. Les princes ^ Godefroi en tète, jurèrent solennellement sur les Évangiles , en présence de tout le peuple y de ne pas abandonner le pèlerinage de Jérusalem jusqu'à la délivrance des saints lieux ^ Ce serment accrut encore la confiance et Tardeur de l'armée.
Un nouveau gage de la protection céleste, visible aux yeux de la multitude entière , y mit bientôt le comble. Un prêtre provençal, a pauvre homme » de bas lignage et de peu de lettres y> , se présenta devant 1 évèque du Puy et le comte de Toulouse, et leur déclara que messire saint André lui avait révélé , durant son sommeil , la place où se trouvait la lance dont fut percé le flanc du Sauveur sur la croix. Elle était enfouie dans l'église Saint -Pierre d'Antioche, près du maîtreautel. On y courut aussitôt, on creusa le sol à l'endroit indiqué, et on y vit briller la bienheureuse relique ^ Les Francs pouvaient maintenant attaquer avec assurance Kerbogha, Ils étaient en possession du signe par lequel ils devaient vaincre 1
Toutefois, avant d'en venir aux mains, le conseil fut d'avis d'offrir à Kerbogha un moyen d'épargner le sang des deux peuples, en vidant la querelle dans un combat singulier entre
i Foucher de Chartres (un des croisés) , ch. xii et xiii.
2 Tuebœuf , dans le Recueil des historiens latins des croisades, t. III, 70.
3 Le 14 juin 1098. Voici comment Raimond d'Agilers, témoin oculaire, raconte cette découverte : « On creusa du matin au soir sans rien trouver ; beaucoup désespéraient. Raimond était déjà sorti de l'église. Le jeune homme qui avait parlé de la lance, voyant que nous nous fatiguions, ôta sa ceinture et ses souliers et descendit en chemise dans la fosse , nous suppliant dlmplo-^ rer Dieu afin qu'il nous livrât la lance, pour rendre le courage à son peuple. Enfin le Seigneur nous montra sa lance ; et moi qui écris ceci, au moment où l'on n'en voyait encore que la pointe paraître au-dessus de la terre, je la baisai, »
Uî GODBFROI DB BOUILLON
l'émir et l'un des princes chrétiens. Godefroi de Bonillon, le pins renommé de tous pour sa force, son adresse et son sangfroid , était le champion naturellement désigné de la chevalerie. Ce bizarre message fut confié à Pierre l'Ermite, à qui on adjoignit, comme interprète, un certain Herluin, oc homme de grand sens, qui bien savoit parler sarrazinois et nommément le langage de Perse ^ . i^
Le farouche émir sourit de dédain aux propositions de l'Ermite, c II ne me semble pas, dit-il, que la situation c de ceux qui t'ont envoyé leur donne le droit de m'ofirir c des conditions. Je les ai réduits à ne pouvoir choisir pour ce eux-mêmes leur propre destinée. Va donc leur dire que, c parmi les chrétiens , tous ceux des deux sexes qui seront a encore dans la force de Tâge sont réservés au service de ce mon maître , et que les autres tomberont sous le cimeterre, <ic comme des arbres inutiles, i^
A la rentrée de Pierre, tout le monde se précipita à sa rencontre et fit cercle autour de lui. Mais le duc, bien sûr d'avance de l'insuccès de l'ambassade, et redoutant TefFet que produiraient sur les esprits les détails de cette entrevue avec un ennemi aussi puissant qu'orgueilleux, tira TErmite à l'écart. Il Tinvita à ne point raconter publiquement son voyage au camp des Sarrasins, et à en faire connaître seulement le résultat. Le peuple apprit qu'il devait se préparer à une sortie générale pour le lendemain matin. C'était le vœu unanime, et Ton répétait de toutes parts : <ic Nous voulons la bataille, de par Dieu'. j>
Le reste du jour et pendant toute la nuit, la ville d'Antioche fut en proie à une agitation inusitée. La foule encombra les églises , priant et se confessant. Les logis retentissaient de chants guerriers. Chacun raccommodait tant bien que mal
1 VEstoire d'Eracles, liv. VI, ch. xv.
2 Ibid,, ch. XVI.