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LE CONSEILLER DE GŒTHE

d'un poids sur la poitrine et je m'écriai : « Gott sei dank! » Ce témoignage de Robinson est caractéristique. Gœthe ne se départissait pas” toujours, même pour ses visiteurs préférés, de sa traditionnelle réserve. Il n’adressa pas un seul mot au jeune Anglais. Sans doute celui-ci apprit à le mieux connaître et il ne lui en voulut pas dans la suite de son accueil distant. Ce n’est pas, dit-il plus tard, de la fierté ni de la pose. C’est de la « selfdefence ». Maintenant que sa vie intériéure avait atteint l’équi-

libre et l'harmonie après les oscillations et les premiers erre-

. ments, il avait le droit de la garder jalousement et se devait à

lui-même de la protéger contre les importuns et les inconnus. Il n’en est pas moins vrai que Robinson fut, sur le moment, - très étonné, peut-être même froissé de cette attitude. Dans une lettre à son frère, le 13 janvier 4802, il formule contre Gœthe les griefs habituels de ses compatriotes. Il lui reproche sa vie

- ouvertement scandaleuse en compagnie d’une femme « basse et

vulgaire » et Sa hauteur dédaigneuse, si différente de la courtoisie aimable de Schiller. Il eut plus tard des compensations et * changea d'avis. Pendant les quatre années qu’il passa à l’Uni- versité d’Iéna, il vint souvent à Weimar. Il défendit Gœthe

contre Mme de Staël et essaya, mais en vain, de faire goûter à. l’illustre voyageuse la finesse des Épigrammes, la beauté pro- fonde de la Fille naturelle.

D’ailleurs, c’est grâce au compagnon de-la baronne, à Benjamin Constant, qu’il renoua des relations avec Gœthe. Un soir de mars 1804, comme Benjamin Constant accompagnait le poète au théâtre, il rencontra notre Anglais à l'orchestre et lui serra la main. Puis il murmura son nom. à l'oreille de Gœthe. Celui-ci se retourna alors, et avec un sourire aussi aimable que Son habituelle expression était réservée : « Savez-vous, mon-

sieur Robinson, dit-il, que vous m’avez blessé? — Comment est-ce possible, Herr Geheïmrath? répondit le jeune étudiant. — Mais, répartit le poète qui avait perdu le souvenir de la première entrevue, vous êtes allé voir tout le monde à Weimar, excepté moi. » Robinson qui, par timidité, n’avait osé s’aventurer, depuis sa visite, dans la grande maison du « Frauenplan », ne se le fit pas dire deux fois. 1l alla déposer sa carte le lende-

main et il fut souvent invité dans la suite. Gœthe Jui parlait ie volontiers de la littérature anglaise. Quand Mme de Staël revint de Berlin avec Auguste-Guillaume Schlegel, Robinson dîna

avec celui- -ci chez Gœthe. Et le contraste entre les deux hommes =

le frappa, l’un toute simplicité, repos vivant et force calme, tel -un dieu de la sculpture grecque, l’autre tout effort, lancé à la recherche de lesprit. Il eut alors l’occasion de voir celle qu'il appelait maintenant Mme Gæthe, et Christiane fit sur lui, somme toute, une excellente impression. Le poète savait d’ailleurs re- - prendre, en certaines circonstances, le ton du « Geheimer Rath ».

. Lorsque Robinson lui demanda d'intervenir auprès du duc, à propos d’une ASE entre les étudiants d’Téna et les autorités universitaires, il s’y refusa, avec assez de froideur, et le jeune Anglais ne jugea pas nécessaire d’aller lui faire ses adieux en 1805. | Ainsi qu’il le dit dans une lettre à son frère, le 2 mars, Robinson croyait que son ennemi, le professeur Eichstädt, l’avait desservi auprès du poète, et « comme les patriotes de Rome », intimidés par la gloire allière de César, il se contentait d'admirer de loin . son auteur préféré et ne l’approchaït qu’à travers ses œuvres. Plus tard il le revit dans son intimité. Il retourna passer en 1829 une huitaine de jours à Weimar et parla à l’octogénaire de Burns -et de Byron. Lorsqu'il prit congé, Gæthe, qui l'avait accueilli avec une affection touchante, l’embrassa Are ce Le vieillard n’avait plus qu’un désir : se survivre, à l'étranger comme en Allemagne, dans ses livres et dans la mémoire de ses amis. Et c’est parce qu’il avait reconnu en Robinson un défenseur, un missionnaire de sa pensée qu’il lui avait donné, avec une accolade suprême, la bénédiction du génie. ue,

A l'époque où Robinson étudiait à Iéna, deux autres Anglais s’arrêtèrent quelque temps à Weimar. L’un, Mr Osborne, était un proche parent du duc de Leeds et un directeur de la Société royale des Sciences, bref, un homme de qualité et de savoir: l’autre, Sir Brooke Boothby, était un amateur de belles-lettres et un poète dilettante : il mit en vers quelques poésies de Gœthe que Robinson lui avait traduites et il publia le Dieu et la Bayadère dans l’ deb à Annual Register. C’était, dit Gœthe à Gillies,

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