LE CONSEILLER DE GOŒTHE
. magne (1820- 4822). Son. chapitre sur Moine fait preuve de pénétration et d'une compétence, étendue pour l'époque, en littérature allemande. Il est précédé de l’Épigramme vénitienne : « Klein ist unter den Fürsten Germaniens freilich der Meine.. (1) » et ceci caractérise bien l'attitude du voyageur. En - le lisant, on sent partout la bienveillance un peu dédaigneuse, la curiosité ironique de l'Écossais, dépaysé dans cette petite
ville où il cherche en vain une rue droite et une grande maison.
L’Ilm, chère à Gœthe, n’est pour lui qu’une « rivière étroite et » € SL pot q
boueuse », dépourvue de tout pittoresque. Il trouve la ville très :
ennuyeuse (dull), ce qui est possible en 1821, et très morale (ce
qui est moins certain). Le milieu où s’est épanoui Gæthe
Vétonne; il raille ces salons littéraires, transformés en écoles de fricotage et en manufactures de bas; ces dames, saupoudrées
de pédanterie pour avoir trop voulu se frotter aux grands
hommes et qui se réunissent à huis-clos pour disséquer des tragédies, comme si elles participaient à des mystères antiques. Il dépeint Gœthe, un vieillard robuste dont la prononciation n’est ‘plus toujours distincte, un solitaire épris de livres, de collec-
tions et de gravures. Le théâtre a beaucoup baissé depuis qu’il en abandonna la direction, mais pouvait-il vraiment céder aux
caprices de l’actrice Jagemann? Ne voulut-elle pas faire jouer,
- sur la scène où tant de chefs-d’œuvre avaient été représentés, HUE P
un misérable mélodrame français : la Forét de Bondy (2), où un chien dressé à tirer une sonnette tenait le principal rôle? Gæœthe estima que c'était rabaisser le théâtre, mais la Jagemann, qui
était alors en faveur près du duc, lemporta. Dès lors, comme
le note ironiquement Russell, « le chien fit son début et Gæœthe son exil ».
Le voyageur qui passe à Weimar vers 1820 a Lnbrccron que la grande époque est finie. Le prestige de Gœthe disparaît lentement. Et l'Écossais R. P. Gillies, l’ami de Walter Scott, le fondateur de la Foreign Quarterly Review, alors collaborateur au Blackwood's Magazine, laisse un impressionnant compte rendu de
(1) « Petit parmi les princes de l'Allemagne est sans doute le mien. (2) Le Chien de Montargis, de PIxÉRECOURT.
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sa visite à Gœthe en 1821 : « L’ atmosphère était si sérieuse: ee dit-il dans ses Mémoires d’un Vétéran littéraire, si peu de monde était visible que la ville pouvait apparaître une place désertée, le simple fantôme d’une résidence. » Il passe sa première matinée à confectionner trois lignes de son meilleur allemand pour demander audience à Gæœthe. Il arrive chez le « Geheimrath JE vers onze heures et trouve le salon de réception très froid, avec . ses bustes antiques et son grand clavecin, un vestige. penset-il, des jours de Werther ! Gœthe paraît, et comme Henry Crabb Robinson, Gillies est frappé de sa ressemblance avec l'acteur
- John Kemble. En voyant s’avancer « Son Excellence », très grand, très droit, enveloppé dans un vaste: surtout Deus qui pend vaguement autour de lui, il croit contempler un revenant. C’est « une apparition »; évidemment cet homme appartient à un monde qui à disparu. L y à un moment de gêne. car Gœthe s’avance en un profond silence et, « à la manière des esprits »,
il attend que son visiteur lui adresse la parole. Enfin la conversation s’engage. Gillies lui parle de Walter Scott. de Byron, des obligations que lui ont les écrivains anglais. Mais à tout cela Gœthe répond sur un ton de parfaite indifférence. 11 dédaignait la louange, dit Gillies, et était inaccessible à la flatterie. Gette visite de Gillies à Gœthe atteste une fois de plus les sympathies naturelles des Écossais pour le poète. C’est d'Écosse que vient la critique favorable et éclairée. Walter Scott, Gillies, John Wilson, John Lockhart sont, avant Carlyle, des germanistes distingués. Et leur attitude est d'autant plus méritoire qu’elle est exceptionnelle à l'époque. Gillies nous dit lui-même combien il est difficile d’avoir à Édimbourg, en 1817, de sérieux | professeurs d'allemand. IL lui fallut expérimenter l’enseignement d’un pauvre juif, d’un Français et d’un imposteur, avant de trouver l’excellent docteur Gardiner, un ancien pasteur de Dantzig.
Quelques années plus tard, le médecin A.-B. Granville, ami de Joseph Bonaparte, vit Gœthe à Weimar, en revenant de Saint- Pétersbourg. Dans sa description de 1829, il proteste contre l'ironique peinture de Russell. Mais s’il trouve la ville pittoresque et agréable, il concède que les mœurs sont rustiques, -
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