CHAPITRE V
: L'AUTEUR DU « FAUST » ET LES POÈTES ROMANTIQUES (4810-1830) x
Avant les traductions du Faust. Les poètes assagis et les poètes révoltés. — Les lakistes et l'irréligion de Gœthe. Le panthéisme de Wordsworth et Faust; l'opinion de Southey: la protestation chrétienne de Coleridge, ses projets de réplique {Michel Scott) et de traduction L’appréæiation purement littéraire de Walter Scott. — Les exilés volontaires et l’individualisme de Faust. Les héros de Byron, non pas fils de Werther, -mais parents de Faust. Manfred Hommage de Byron à Gœæthe. Caïn et le Difforme transformé. Les fragments de Shelley. Faust et Prométhée. Le Melmoth de Maturin. — Les premières traductions: gravures de Retzsch; faveur renaissante de la critique; pas d'influence immédiate, unique adaptation de Soane. Le romantisme occulte est fini; l'interprétation philosophique n'existe pas encore.
« 1 have no dread And feel the curse 10 have no natural-fear.…. Ye spirits of the unbounded Universe Whom I have sought in darkness and in light... I call upon you by the written charm Which gives me power upon you! Rise, appear. »
(Byron, Manfred, scène r.) ; La Révolution française avait effrayé en Angleterre les poètes de la liberté. Comme le Gœthe et le Schiller du Sturm und Drang, Wordsworth, Coleridge et Southey s'étaient assagis. Sur le monde à peine remis de son émoi, pesait maintenant, telle une main de fer, la puissance réaliste de l'Empire. L'Europe s'était engagée dans la lutte contre Napoléon et l’activité exté- rieure avait tué le songe. Il n’y avait plus de place dans la littérature pour un Werther passif et attendri. Il n’y avait plus que des champs de bataille. Un type d’activité, conquérant ou : révolté, s’imposait. Mais, jusqu’à la chute de l’Empire, les poètes anglais se recueillirent en une solitude effarée. En 1800, Wordsworth et Coleridge s'étaient retirés dans la paisible région des
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lacs de Cumberland ; Southey les y avait rejoints en 4803, et. “ tous trois vivaient une existence bourgeoise, dans les soucis de famille et le calme de la nature. C’est alors, LE Gœthe pitié son premier Faust, en 1808. - Monk Lewis, qui connaissait le fragment de 1790, avait ‘été
surtout attiré par le drame fantastique. Il s’était approprié, : dans son roman, le pacte écrit avec du sang. Une atmosphère de fatalité entourait son héros, prisonnier des forces occultes. Au contraire, William Taylor, champion du classicisme et du bon goût, s’insurgea en 1810 contre cette œuvre extravagante qu’il qualifiait de < friperie impure ». Faust, drame philosophique, porta la peine de sa double nature. En Angleterre comme en France, on attaque la tragédie au nom des règles du théâtre, mais en Angleterre beaucoup plus qu’en France (comme en témoignent les grandes revues de 1813 et 1814), on rejette l’idée au nom de la morale et de la religion.
Avant la traduction de Faust qui parut seulement en 1821, les poètes s'étaient déjà fait, d’après l’Allemagne de Mme de Staël, une opinion sur l’œuvre et sur l’auteur. Wordsworth, - chantre de l’idéalisme; Southey, disciple de Rousseau et admirateur de Werther; Coleridge, défenseur de Chatterton, auraient dû, semble-t-il, saluer avec joie le héros nouveau de Gœthe. N’a-t-il pas l’invincible élan vers infini, la nostalgie des certitudes, le désir romantique de s’élancer au delà des frontières humaines? Mais dans l'effort de Faust, il y a une sourde révolte, une pensée d’impiété; il pactise avec les puissances mauvaises, il se plonge dans le péché de l'esprit et de la chair. Les poètes des lacs, religieux et conservateurs, ne pouvaient admettre cet individualisme qui leur semblait immoral. Seuls Byron et Shelley l’accueillirent dans leur volontaire exil.
Sans doute, Wordsworth professait la même religion de la nature, le même panthéisme sentimental que le Gæœthe du Faust. Tel passage de l'Excursion (1814) rappelle d’une façon