‹ Goethe en AngleterreChapitre 22 sur 93 · L'AUTEUR DU (E FAUST · texte numérisé non relu

L'AUTEUR DU (E FAUST

AE it appel aux «€ “esprits de l'Univers infini », à ceux qui h voltigent autour des sommets neigeux. Sn rod on aux

esprits ressemble à la méditation de Faust tourné vers la lune | unes A Rte A, Es se

a « Êtres. mystérieux, ie. de va univers. Ô vous see ai cherchés dans les ténèbres et dans les régions De la lumière, vous qui volez autour de ce globe Et habitez dans des essences plus subtiles, vous | À qui les cîimes inaccessibles des monts... servent “De retraite, je vous appelle au nom de ce charme Qui me donne le droit de vous commander : Levez-vous __ Et apparaissez! »

Comme Faust, il veut se suicider. Et plus tard, tandis qu'il affronte le palais d’Arimanès sur le sommet de la Jungfrau, voici qu’apparaît le fantôme d’Astarté, telle l’image de M: arguerite dans. le Sabbat du Brocken. Sans Faust, Byron n'eût pas prêté à son héros, fait de révolte et d’audace, l'attitude méditative du chercheur, la fatigue de l'esprit le pouvoir magique du PBOTCIET: + .

C’est à Gœthe que nous devons cette différenciation du traditionnel type byronien, jusque-là uniquement amer et hautain. D'ailleurs la figure de Manfred reste plus tragique et plus. grande que celle de Faust. Si le drame gœthéen est, comme l’a magnifiquement montré Taine, bien supérieur au poème anglais par son ampleur épique et sa portée philosophique, si le poème de l'Univers dépasse par ses proportions et son symbolisme lepoème de la personne et du moi, en revanche le caractère de Manfred est plus vivant, plus pathétique, plus héroïque que le personnage, de Faust. « Hommes, dieux, nature, tout le monde changeant et multiple de Gœthe s'est évanoui. Seul le poète à fait venir d’autres êtres, c’est pour qu'ils lui donnent la réplique et à travers cette épopée prétendue, il a persisté dans son monologue éternel. » Et ce monologue est sublime. De l'effort à la révolte il n’y a qu un pas, et ce pas, Manfred l’accomplit. Faust est le symbole de l'effort : l'homme qui se cherche et cherche Dieu. Manfred est le Révolté.

Tous deux sont mécontents, tous deux souffrent de la nos- ; }

bu CGŒTHE EN ANGLETERRE 2

| talgie qui les dite, du ‘scepticisme qui les écrase, tous. je deux gémissent d’être « moitié poussière et moitié dieu »,

mais Manfred est un caractère entier, arrêté, logique. Il Le Byron, il est le moi, « linvincible Moi qui se suffit à lui-même,

sur Qui rien n’a prise, ni démons, ni hommes, seul auteur de

son bien et de son mal, sorte de dieu souffrant et tombé, mais ‘toujours dieu sous ses haillons de chair, à travers la fange et [les froissements de toutes ses destinées (1) ». RATE Trois ans après avoir écrit Manfred, Byron envoya à Murray | l’épitre dédicatoire de Marino Faliero que celui-ci transmit à Gœthe en 1831. Le médiocre germaniste qu'était le poète (il ne connaissait Gœthe, Schiller et Wieland qu’à travers les traductions, il tempêtait. contre la dureté du nom de Grillparzer et pouvait, disait-il, tout au plus jurer en allemand!) félicitait Gœthe avec humour d’avoir du moins un nom prononçable. « En ceci, vous avez l'avantage sur plusieurs de vos compatriotes dont les noms deviendraient aussi immortels, si quelqu'un pouvait les répéter. » Mais plaisanterie mise à part, Byron exprimait « son respect sincère et son admiration » à celui qu’il considérait

« comme la première figure littéraire d'Europe depuis la mort

de Voltaire ». En 1821, il offrit à Gœthe Surdanapale avec € hommage d’un vassal à son suzerain », et en 1822 Werner dédié à Gæthe Cpar lun de ses plus humbles admirateurs ». Il reconnaissait sans s’en douter le jugement d’Art ef Antiquité qu’il contestera en 18925 : « Ce poète singulièrement intelligent ‘s’est approprié mon Faust et il en a extrait le plus fort D pour son tempérament pessimiste. »

becs s’est encore souvenu de Faust dans son Caïn et dans son Difforme transformé. Le fils d'Adam se trouve un jour placé, ainsi que le docteur, devant l'alternative : « Choose between love and knowledge. » « Choisis entre l'Amour et la Connaissance. » Et son tentateur Lucifer inspire, comme Méphisto à Marguerite, une crainte irraisonnée, invincible, à la

«douce Adah. Si Faust avait-été emporté dans le monde infernal

(1) Taine, Lilérature anglaise.

L'AUTEUR DU « FAUST SRE RCE Dr

De Lhehon. Cain est FRE dans ie abimes de Papas et de PHadès. Tel Méphisto, Lucifer est cynique et méprise l'homme, mais il est plus grand. Ce n est pas un serviteur, c’est un roi.

OA Par SA superbe âpreté, il est une création essentiellement byro-

We nienne. Ses conseils à Cain sont aussi fiers que la prédication & stoïcienne de \ieuy dans la Mort du Loup : |

« Think and endure, and form an inner world- < Im 1 your. own bosom, where the outward fails.. » :

- « Pense et souffre, et crée un monde intérieur : ee ta Ka. poitrine, quand l'extérieur t abandonne. ME

Mais il rappelle: souvent Méphisto par: sa raillerie, son cynisme, Fe et Byron, attaqué par la bonne presse, renvoyait ses critiques à/ original. « « Que diraient les méthodistes en p présence du Faust de Gœthe? Que penseraient- ils de l’entretien de Méphisto avec son élève, ou de ces paroles plus hardies du Prologue que personne parmi nous n’osera jamais traduire? »

L'influence de Faust est également sensible dans le Difforme

2e transformé; et, tout en reconnaissant que le diable de Byron n’est

pas une simple imitation, Gœthe notait déjà leur parenté dans ses Entretiens avec Eckermann en 1825 : « J'ai relu son Bossu transformé et je dois dire que son talent m'apparaït toujours

fe < plus grand... Son diable est sorti du mien, mais ce n’est pas un.

plagiat. Tout est original et neuf, tout est ramassé, solide et spirituel. » Byron avait d’ailleurs. reconnu son emprunt dans son Avertissement : « Cette production est fondée en partie. sur le Faust du grand Gœthe. »

. Arnold, le déshérité, le hideux avorton que repousse sa mère, est lassé de la vie et veut se suicider, malgré « le soleil bien- . faisant » et le chant des oiseaux. Ce n’est pas l’Alleluia, Phymne de résurrection qui l’arrache à la mort, c’est l'éternel et dur Étranger, le Diable. Celui qui à rajeuni l’alchimiste et qui Pa rendu à la joie va donner à Arnold, en échange de son âme, la beauté et la force. Il n’y à pas de contrat sur parchemin (PÉtranger n’en veut pas), mais quelques gouttes de sang tombées du bras d’Arnold font jaillir de la fontaine les apparitions du passé. Comme les esprits de Faust accourent à l'appel de Méphisto,

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