L'AUTEUR DU « FAUST
intuitions du génie, la pensée encore inexprimée ” Gullre.: la | solution optimiste et sereine du Second Faust. La même idée
de rachat, de rénovation, de libération obsédait son esprit. Le" fier poète, fils des Grecs et chantre de l'Hellade, qui trouva
bientôt la mort dans les flots de la mer classique et dont le bûcher, arrosé de vins et de parfums, s’aviva sous la brise de . l’Apennin, l’auteur de Prométhée délivré ne pouvait- il entrevoir - la rédemption de Faust? N’avait-il pas lui-même érigé très haut, dans une glorieuse lumière païenne, celui qui fut le premier F
utile à l'humanité, celui qui voulait chasser les fantômes de
l'erreur et de l'ignorance et faire régner sur le monde la grande
loi de tendresse? Avant le Second Faust, Prométhée, triomphant
de lui-même et vainqueur de sa haine, s’était libéré par la sagesse et par l'amour. Et comme s’il avait voulu répondre au Pro- | loque dans le ciel, Shelley avait écrit un grandiose épilogue, le quatrième acte de Prométhée, vaste hymne des espaces à la joie. L’harmonie, des sphères, qui avait préludé dans le Faust au chant des archanges, se prolonge et s’amplifie ici en un finale où les esprits entonnent un chœur divin, où la terre et la lune célèbrent, duo prodigieux, l’avènement du nouveau roi. Le . Prologue de Faust inspira d’ailleurs au poète le chœur des trois esprits dans son Ode au ciel (1819). Il semble que l’écho du cantique des archanges, propagé « sous la coupole des nuits sans nuages » où glissent « les globes vivants », ait été recueilli aux bords opposés du monde étoilé par nv chantres du mystère, et qu’il ait éveillé, en réponse à l'hymne biblique, cet. hymne panthéiste « au cœur puissant de la Nature ». Enfin Shelley emprunta encore à Faust la large disposition de son … prologue de l'Hellade : à l'appel du héraut de l’Éternité, le Christ, - Satan et Mahomet paraissent dans le conciliabule des dieux.
Pas plus que son mari, Mrs Shelley n’échappa à l'influence de - Faust. Elle méditait d’écrire son Frankenstein à l’époque où Monk Lewis s’entretenait avec Shelley et Byron de revenants et de magie. Son héros, disciple d'Albert le Grand et de Paracelse, cherche l’élixir de vie et ressemble, dans son collège d’Ingold- . stadt, au vieux docteur de Wittemberg. La lune veille, à minuit, sur son labeur passionné, et la gaîté des paysans qui
RÉCNES L'AUTEUR Du « FAUST » gt
MCE
5 dansent sur . so pèr une id après-midi F dimanche, met un peu de joie, ‘de détente dans son austère existence. Il y à là deux rapides souvenirs de Gœthe : la Prennere méditation
de Faust et la promenade de Pâques.
Le Melmoth de C.R. Maturin (1820) qui s ru à Fr anken- a = slein par son romantisme macabre, s'inspire également du Faust. Se Sans doute, ce « ‘roman à horreurs » prolonge surtout la tradi-
: tion inaugurée par Anne: Radcliffe et Lewis, il s’attarde dans les prisons de fous, les couvents -éspagnols, les tribunaux de
linquisition, les caveaux mystérieux des juifs persécutés, mais me l'histoire d'Isidora, la dernière aventure de Melmoth le voya-
geur, rappelle nettément la tragédie de Marguerite. Il est peu
probable que Maturin ait, comme © on l’a dit, correspondu avec = Gœthe (celui-ci s’intéressait à Bertram et en traduisit deux
scènes), mais il connaissait Fat par le livre de Mme de Staël.
Melmoth est un Méphistophélès qui, pour tenter les hommes,
a pris le rôle de Juif errant. Il les poursuit à travers les siècles, sans se- lasser, il veut leur arracher, dans les heures de dé-
tresse, le pacte qui es leur tourment et perdra leur âme hésitante. Mais il n’y parvient jamais. Une musique déli- cieuse, aérienne, comme le chœur des esprits de Faust, précède sa venue. Il a les ressources de Méphisto et il a son sarcasme.
I séduit Isidora, il l’entoure d’irrésistibles sortilèges, il lui pro-
met l’'enchantement du feu, les sinueuses mélodies de la flamme, plus douces que la musique des sphères, il entraîne vers l’ab-
bayeen ruine où doivent avoir lieu leurs fiançailles, où la mort
doit les unir, et cette course dans la nuit, au milieu d’un pay-
sage rocheux, hostile, parmi les arbres gémissants, ressemble
à la montée du Brocken. Au moment même où Isidora s’apprête à fuir avec Melmoth, son frère Fernand les arrête sous le por-
tail du château paternel. Un duel s’engage entre eux, comme -
entre Faust et Valentin. Melmoth tue son adversaire et il échappe
à la foule, tandis qu’Isidora s’abat sur le cadavre. Elle accouche
d’une fille, et livrée à l’Inquisition, elle est, telle Marguerite, enfermée dans un cachot. Sa raison vacille:; son enfant meurt, étranglé mystérieusement la nuit même où Melmoth vient pour la délivrer. Elle résiste au tentateur, et son confesseur lui fait
ol ‘ ° “ % # À ;
#4 D Eee at
piessentir dans son agonie la musique des. anges et la gloire du 7-4
paradis. Mais sa dernière pensée est encore pour Melmoth: eY Ê sera-t-il? » Touchante tendresse qui s’exprimait déjà dans le
re ROpets de Marguerite : « Henrien Heinrich! »
*k X PRES. à - ani L
… La traduction de la Nuit de. Walprgis var Shelley parut en 4822 dans une éphémère revue qu’éditaient Byron et Leigh
Hunt : le Libéral. Celle du Prologue fut publiée en 4824, dans les œuvres posthumes de Shelley, par les soins de. sa veuve.
Toutes deux rallièrent, en dépit de leurs inexactitudes, Papprobation des gens de goût. A cette époque, paraissaient en Angle-
terre les premières versions du drame. L’œuvre ardente de # Shelley, appréciée par Hazlitt dans la Revue d'Édimbourg, a
domina les critiques et émergea longtemps au-dessus des autres essais. Tout en regrettant que Coleridge ait renoncé à traduire Faust, Henry Crabb Robinson mentionna, dans une lettre à Gæœthe en 1829, « les splendides fragments de Shelley ». \ Grâce aux gravures de Retzsch, ces illustrations qu'appréciait Shelley et qui firent sur Delacroix une suggestive impression, le drame de Gœthe était venu, en 1820, raviver le souvenir du héros de Marlowe. L’année suivante, les planches, d’abord accompagnées de brèves citations, furent intercalées dans une analyse complétée par une traduction fragmentaire. Le graveur Moses y avait ajouté le Prologue sur la scène, d'après le dessin de Cornélius, et s’était cru obligé de faire disparaître Dieu le Père du Prologue dans le ciel. Ne serait-ce pas amoindrir la majesté de Jéhovah que de le représenter sous une forme humaine? Les orthodoxes avaient sur ce point les mêmes scrupules que les juifs de l’ancienne loi.
En 1820 également, lIrlandais John Anster, plus ve pro- . fesseur à l’Université de Dublin, publia les scènes les plus frappantes du drame dans le Backwood’s Magazine. Cette analyse, enrichie d'extraits, n "eut guère de retentissement. Elle impressionna seulement quelques esprits d'élite. Thomas Moore note. dans son journal, le 46 octobre 1820, l'émotion profonde qu’il
CEE
. re L'AUTEUR DU. à FAUST RER PRET ONS
3 ressentit | à cette lecture. Il éprouve, dit. il, un de ces accès ue ferveur qui valent mieux que toutes les prières et tous les rites. «Mes larmes jaillirent lorsque je m’agenouillai pour adorer le . seul Dieu que je reconnusse et pour épancher les aspirations
d’une âme qui lui était profondément reconnaissante de sa bonté. » Tandis que son ami Byron aimait surtout l'inquiétude
et l'audace du héros, il voyait dans Faust l’histoire de la fai-
blesse humaine et sentait dautant plus irrésistibles. le besoin, lattirance de Dieu, — Le jeune lord Leveson Gower, qui fut plus
tard comte d’ Ellesmere et sous-secrétaire d'État, fit paraitre en __ 4823 sa lâche et médiocre version en vers, travail d’écolier = ambitieux qui connaissait à peine l'allemand. Ce fut tout jus-
qu'à la sérieuse traduction de Hayward : l'Angleterre devait
4 encore attendre dix ans avant d’avoir une idée exacte du Faust.
Pour la première fois cependant, un léger mouvement de
faveur se dessina dans la critique. Sans doute, la Revue d’Édim-
… bourg persiste ‘toujours dans son ancienne opinion à l'égard du Faust, « la plus odieuse des œuvres de génie ». Hazlitt oppose et préfère le Faust de Marlowe à celui de Gæthe, mais le conser-
vateur Blackwood et son rival, le London Magazine, s'accordent
pour admettre la valeur de l’œuvre. Ce dernier considère Faust comme la première partie d’une Trilogie, et ce jugement est d'autant plus intéressant que Carlyle, dans son premier essai de
= la New Edinburgh Review, en 1829, ne pressent pas encore la pos-
sibilité d’une rédemption. « Ce n’est pas sans répugnance que nous voyons, dans la pièce qui est devant nous, le principe
- inférieur triompher à la fin... mais. si tel est notre sentiment,
ce n’est pas au poète qu’il faut nous en prendre. L’âme qui
pèche périra. C’est la loi de la nature et de la révélation. » La traduction de lord Gower est saluée avec un enthousiasme exagéré par les conservateurs écossais, sévèrement critiquée par les libéraux londoniens. Sa Seigneurie est appréciée différemment selon les partis, mais Faust commence à rallier les sympathies de la bonne critique. Le romancier John Galt lui
consacre une longue discussion en 1824. Lorsque Lockhart
prend en main la direction de Quarterly Review en 1826, il inaugure la série des articles favorables à Gœthe ; les voies
le
8& Se Tate GOŒTHE EN ANGLETERRE