UN PRÉCURSEUR DE CARLYLE : HENRY CRABB ROBINSON
Te UN (IBEO: 1800)
L'opinion cultivée avant Carlyle et les divers aspects de Gæthe en Angle- terre. — H. C. Robinson; ses traduclions, ses conversations (Ch. Lamb et Faust; Coleridge et la Théorie des couleurs, l'essai projeté sur Gœthe ; le sculpteur Flaxman), ses relations avec le jeune Carlyle; sa lettre à Gœthe en 1829 — Insuffisance de cette prédication trop modeste et - purement orale; appel aux individus et non au public; les lacunes de . l’opinion et les aspects méconnus de Gœthe. Vers la révélation de Carlyle: le’penseur m7 À = + Î want in an eminent degree the RTS ER e Boswell faculty. With his excellent KE 7 : memory and lact, had I early in life ! 3 set about following his example, [ might beyond all doubt have-supplied a few volumes superior in value to his Johnson though they would not have been so popular. Certainly the names recorded in his great work are not so important as Gœthe, Schiller, sy Herder, Wieland.. as Wordsworth, Southey, Coleridge, Lamb, Kogers, Er Hazlitt.…, ete. and I could add a great y number of-minor stars. » (Lettre de £ H. C.'Robinson à son frère en 1842.
Diary, éd. 1872, p. var.)
Nous avons suivi jusqu'à présent la destinée des grandes
œuvres de Gœthe en Angleterre : Werther, les drames roman:
tiques et Faust. Après une période d’engouement sentimental au déclin du dix-huitième siècle, nous avons traversé une période de réaction. L’opinion générale fut longtemps-indifférente ou hostile à Gœæthe; il a rallié seulement le suffrage de quelques écrivains : Monk Lewis, Walter Scott, Byron et Shelley. Personne ne l’a encore considéré dans son ensemble :
(4) Pour plus de détails, voir la seconde partie de mon étude de la Revue germanique, juillet 4912, « H. C.. Robinson », p. 397-415.
loisirs. Il passe son temps
MENT nt dé (GOŒTHE EN ANGLETERRE
il a été tour à tour l’auteur de Werther, mme ou Met
gant dramaturge, le Conseiller à la Cour de Weimar, Pirréli-
gieux évocateur du Faust. À une époque où se ferme lentement
le cercle de sa carrière littéraire, personne ne s’est décidé à en. se
faire le tour, personne n’a osé embrasser son vaste génie d’un regard attentif. Pourtant les prophètes ont des précurseurs : avant d'écouter la prédication de Carlyle, arrétons-nous un instant dans les cercles littéraires et prapnS Voreiïlle aux causeries de Henry Crabb Robinson. S'il n’a pas ramassé en une étude
synthétique ses observations sur Gæthe (4), il les a jetées un peu
partout dans les milieux qu’il fréquentait, au palais, au club ete à la conférence, et ce sont autant de germes qui lèvent dans les
bons esprits, avant les semailles de Carlyle. Son journal, en partie inédit, nous donne par le menu l’emploi de ses multiples à faire des visites. N’hésitons pas à nous attarder avec lui chez les journalistes, les artistes, les
écrivains, à glaner les opinions des uns et des autres sur Gœthe.
C’est la meilleure façon de fixer, à partir de 1810, la pensée
‘moyenne de la société cultivée. Pour mieux juger la propagande
de Carlyle, il faut passer en revue les faibles acquisitions de
l’époque précédente, peser ces appréciations si ténues, éparses
dans le monde londonien, compléter ainsi les indications données par la presse et la critique. Après avoir suivi les voyageurs anglais à Weimar, les grands poètes en Suisse et en Italie, pour leur demander leur témoignage sur Gœthe, commençons une
tournée de visites. À part celles que nous ferons à Coleridge et : R
qui nous entrafneront j jusqu’à Hammersmith ou Highgate, elles ne nous éloigneront pas beaucoup du Temple ou de Tavistock Square.
Cette rapide enquête est d’autant plus nécessaire que les grandes revues gardent pour nous l’anonymat de leurs collaborateurs. Les essayistes du temps ne réunissent pas tous leurs articles dans leurs volumes de critique. Et si les conservateurs écossais, fondateurs du Blackwood's Magazine, les Wilson, les
: (D) L'article de Robinson sur Gœthe ne parut dans le Monthly Reposit qu'en 1832, après les essais de Carlyle, 3 ; HAT ï er
me à UN PRÉGURSEUR DE CARLYLE Le 60
“ Lac han, sont Le à | Gœthe. il est ont de connaître l'opinion des libéraux du London Magazine, d'un Charles
Lamb par exemple. Robinson peur nous SEE sur ce
» aie de 2e
Nes Fr. déjà rencontré chez Gœthe. C était à l’époque où, jeune étudiant à léna, il traduisait pour le modeste Monthly à Ropister des poésies lyriques de Gœthe, des Épigrammes vénidiennes, des Xénies et de nombreux distiques. Ces essais, qui comptaient pourtant de bonnes versions de Mahomet, du Voyageur et de Prométhée, n'avaient eu aucun succès. La rédaction . de la revue l’avait prié d’arrêter ses envois, et il avait abandonné sa traduction à peine commencée du Tasse.
: Après avoir séjourné, comme correspondant militaire du . en Suède et en Espagne, il rentra en Angleterre en 1810 et s’inscrivit au barreau. Lui qui avait assisté à Vépanouissement du classicisme allemand, il fréquenta assidûment les nouveaux: milieux littéraires de Londres. Extraordinaire liseur, doublé d’un causeur inlassable, il fut le plus compétent et le plus actif des intermédiaires. Il n’écrivit rien et parla sans trêve. C'était un esprit curieux et un bon vivant, un amateur d’anecdotes et un colporteur d'idées. Si le morose et puissant Carlyle allait répandre dans les grandes revues son « évangile »
selon Gæœthe, le sautillant Robinson, dédaignant l’éloquence a cathedra, contait à un breakfast où à un thé ses souvenirs . de Weimar, prêtait, expliquait, traduisait à ses amis les œuvres de son poète. Eut-il entièrement raison d’agir ainsi? C’est là une question que nous aborderons tout à l'heure. Pour le moment, laissons-lui sa place bien spéciale dans notre galerie : d'écrivains : il n’ambitionne pas de piédestal, mais il réclame son fauteuil d’habitué et de causeur disert. ; C’est en 1810 que commencèrent ces réunions chez Cane
Lamb où Morgan, Coleridge, Hazlitt et Mary Lamb discutaient littérature et philosophie. Robinson y parlait souvent de VAI: lemagne et de ses poètes. Un soir de novembre, Coleridge se mit à déclamer sur les kantiens, Jean-Paul, Gæthe et Schiller.
ET cdbhéne à Gœthe un universel talent, + mais trouva que. haie 2 2
sence de vie morale était le défaut de sa poésie. » À peu près à la même époque, Robinson éntra en relations avec le sculpteur
Flaxman, et il lui offrit ses traductions de Gœthe. L'année sui- : e
; vante, il continua ses visites chez Lamb à qui il voulait faire . apprécier le poète. Il lui demanda, mais sans succès, de traduire en vers /teineke Fuchs : il lui récita des poésies lyriques de Gaœthe (le Voyageur et Cupidon peintre de paysage parurént l’inté- resser); enfin ilentréprit : avec lui là lecture du Faust et la brève impression de son Journal trahit sa déception : « Il ne sémbla
pas le goûter beaucoup, tout en disant que c'était bon. » Mais comment Lemb aurait-il pu admirer sans réserves cette œuvre déconcertante? Le sarcasme de Méphisto dépasse Phumour de “ ce fin élisabéthain qui sut mettre Shakespeare à la portée des È enfants, de cet écrivain au goût très sûr et au talent plein de charme. Comment aurait-il aimé Faust puisqu'un esprit aussi cosmopolite, aussi libéral que Robinson, fsait encore des réserves après lecture? « C’est un ouvrage à la fois délicieux et repoussant, consignait-il dans un passage inédit de son Journal de 1811, un chef-d'œuvre de génie devant lequel je m'incline avec humilité. Ses beautés sont si ravissantes qué j'ai honte et | crainte de m’avouer offensé par ses difformités morales et esthétiques... La scène du Brocken, la Nuit du Walpurgis est tout à fait admirable, mais tout comme le reste du poème, elle provoque autant d’étonnement que d’admiration. Si un froid pen- : seur, dans son cabinet, peut tolérer une spéculation sur l'Être Suprême, spéculation qui suppose même la possibilité de sa non-existence, par contre on ne peut facilement justifier un
poème adressé au public qui traite des sujets les plus profonds
sur un ton de parfaite indifférence pour l'issue de la spécula-
tion et d’absolu mépris pour les sentiments du lecteur. Dans : lun des Prologues, le diable fait un pari avec Dieu, et Dieu déclare qu'il n’a pas grande aversion pour un diable joyeux (a merry devil)... La valeur poétique des scènes nouvelles (4), spécialement celle où Marguerite est en prison, est vraiment
(1) Ajoutées en 1808 au Fragment de 1790.