‹ Goethe en AngleterreChapitre 27 sur 93 · UN PRÉCURSEUR DE CARLYLE · texte numérisé non relu

UN PRÉCURSEUR DE CARLYLE

supérieure. Gœthe, ici comme ailleurs, s'affirme un poète ini-

mitable et incomparable. Il laisse dans l'incertitude qui sera vainqueur, Faust où Méphisto, bien qu’un passage du Prologue donne à prévoir la défaite du diable. » Carlyle ne se montra pas

aussi pénétrant dans son premier article sur Faust : il ne Dee

sentit pas la rédemption du héros...

En 1812, Robinson rencontra souvent Coleridge. Lors d’un ‘diner chez Morgan, le poète disserta sur Gœthe, Schelling et Jacob Bæhme; Wordsworth parla-avec mépris du Tasse et avec

enthousiasme de la poésie écossaise; Robinson compara la Dé-

dicace de Gœthe et la Vision de Burns. — L'été de la même année eurent lieu les discussions déjà mentionnées entre Coleridge et Robinson à propos du Faust. Charles Lamb conseillait à Coleridge de laisser Faust de côté, que ce fût pour le recom- mencer ou seulement pour le traduire. Ne lui écrivait-il pas le 26 août 14814: « Comment allez-vous donc traduire le langage des chats-singes? Fi de pareilles fantaisies! » Lamb reprenait sa liberté quand Robinson n’était pas là et il écrivit plus tard

encore à M. Ainsworth, son ami de Manchester : « C’est une

désagréable histoire de séduction qui n’a rien à voir avec l’es- . prit de Faustus. Curiosité! Fallait-il done que le sombre secret à explorer aboutisse à la séduction d’une faible fille : ce a . aurait pu s accomplir g grâce à des moyens purement terrestres ? Quand Marlowe donne une maîtresse à son Faust, il le jette'aux pieds d'Hélène, fleur de la Grèce, à coup sûr, et non pas de miss Betsy ou de miss Sally Thoughtliess. » Après s’être engagé dans une lutte titanique pour satisfaire son insatiable curiosité, fallait-il done que Faust devint un simple Don Juan?

Coleridge d’ailleurs délaissa traduction et poésie pour la théosophie et les spéculations pseudo-scientifiques. Il se plongea bientôt dans le Traité des couleurs de Gœthe que lui procura Robinson. Il lui en parla longuement à Highgate en 1816. « Il dit qu'il avait, quelques années auparavant, découvert la même

théorie ét qu’il l’aurait certainement exposée et publiée, si

Southey n'avait pas détourné son attention de telles études et ne l’avait ramené vers la poésie. » N’est-il Pa curieux de voir le mélodieux lyrique de /’Ancien Marinier s'approprier les aber-

s“ : ER E CAEN nt POTRE MEUM :

rations anus de Gœthe? I1 semble bréReR à sa sine ces études. d'optique et d'histoire naturelle. Il Jui reproche d'autre part d’avoir, « par une sorte de caprice », renié son

émouvant romantisme, étouffé en lui le sentiment ‘exalté qui

produisit Wer ther, de faire simplement défiler, non plus « des

objets de désir ou de passion », mais « des objets d’une indiffé-

rente beauté, comme un AR -expose la série de ses figures . de marbre ». Schiller, disait-il, a mille fois plus de cœur que Gœthe. En même temps qu'il compose ses Sermons laiques, 1 a

l'intention d'écrire une grande étude sur Gæthe « poète et phi- ns

losophe », complétée par une analyse bibliographique et critique

de ses œuvres et par des traductions. Aussi demande-t-il à Ro-

binson de lui fournir un résumé synoptique de la vie de Gæœthe,

comme. suite au récit de Poésie et Vérité. Ainsi, malgré son aver-

sion primitive pour l’auteur du Faust, Coleridge songe (et ceci. n’a jamais été mis en lumière) à lui consacrer une étude d’en-

semble. Ce revirement dénote l'influence de Robinson. Si sa santé délabrée le lui avait permis, lui, le germaniste le plus compétent, le critique souvent le plus perspicace d'Angleterre,

il aurait probablement donné, quinze ans avant Carlyle, un |

grand essai sur Gœthe. Il se contenta d’écrire sa propre Biographie littéraire et de placer sous les auspices du poète l’histoire

de son intelligénce (1817). Poussé par la volonté de se survivre, .

de se prolonger dans les esprits des jeunes gens et des étrangers, de garder tous les amis de sa pensée, mû par un désir analogue à celui qui dicta certaines lettres de Gœthe à Carlyle, il grava aû fronton du temple où il avait accueilli les héros de

l'idéalisme ce passage de l’Introduction aux Pr opylées : « Si peu

qualifié qu’il puisse être pour instruire les autres, l’auteur

désire cependant entrer en contact avec ceux qu'il sait (ou espère) animés des mêmes pensées et dont le nombre est dis-

séminé sur la surface du monde. Il désire par là renouer ses relations avec ses plus anciens amis, les continuer avec les nouveaux, en gagner d’autres parmi ceux de la dernière génération pour le reste de sa-vie. Il désire épargner aux jeunes les. chemins détournés où lui-même s’est égaré. »

La même année, Robinson porta à son ami Flaxman l'édition

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