‹ Goethe en AngleterreChapitre 28 sur 93 · UN PRÉCURSBUR DE CARLYLE · texte numérisé non relu

UN PRÉCURSBUR DE CARLYLE

‘allemande Fe. gravures de Retzsch. Le sculpteur, dont FF goût :

| … était si académique, se déclara pourtant charmé. « Elles sont

pleines de mérite », dit-il, mais il critiqua la minutie exagérée du détail. C’est l’époque où les marbres du Parthénon raffer- ‘ missent en Angleterre le style et les tendances classiques, où . les peintres dessinent d’après les modèles grecs, où Haydon exécute pour Gæthe des copies du Thésée et des Trois Parques. Bientôt arrivèrent à Robinson des lettres d'Iéna, des invitations de ses amis Voigt et Knebel- Les bons vieux souvenirs . d'Allemagne affluèrent de toutes parts. Robinson relut ses anciennes notes et son Journal de 1804, il remua la cendre des chères réminiscences, et avant de se mettre en route, il reprit, pour se préparer au voyage, les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister. à C’est un ouvrage sage-et admirable, écrit-il ‘ en une page inédite de son journal de 1819. Les analyses sur là vie et le caractère humain sont psychologiquement trop délicates et moralement trop indélicatés, pour plaire à ceux qui ont faim et soif d'incidents grossiers ou au petit nombre de ceux qui exigent de rigides convenances. Et pour une-histoire qui renferme tant d'observations et d'analyses sentimentales, les * incidents sont trop romanesques. Mais son grand défaut, aûx yeux du lecteur anglais ordinaire, serait sa trop abondante prédication. » N’est-il pas intéressant de trouver cette appréciation sous la plume de Robinson cinq ans avant la traduction de Carlyle (4)? Celui-ci tâchera de réconcilier les Anglais avec Gœthe, en faisant de Wilhelm Meister un catéchisme de noble morale humaine, mais si le lecteur d’outre-Manche consent aisé- ment à être instruit et même sermonné par la littérature, il ne veut pas être ennuyé et le roman de Gæthe l’ennuiera. Les uns rejetteront Je livre avec humeur comme Wordsworth scan- & D'après E. -Margraf, Coleridge avait déjà traduit le Chant 7 Mignon : « Know'st thou the land where the pale SRroRs grow The golden fruits in darken foliage glow!..

(2) Wordssvorth alla jusqu'à traiter Gæœthe d’imposteur, ce qui lui attira ‘une verte réplique de W. S. Landor, dans sa Satire on salirists and admomition to delraclors. Robinson en voulut d’ailleurs à Landor de son attaque et eut avec lui une assez vive explication à ce sujet. » CF. Diary,

gi ‘| GOTHE EN ANGLETERRE

dalisés par ces mœurs de théâtre, ces comédiennes coquettes ou passionnées; les autres, comme Hazlitt, trouveront les dévelop

pements filandreux et les dissertations soporifiques.

Gœthe était à Carlsbad quand Robinson arriva à Weimar et

celui-ci ne revit plus le poète que lors de son troisième voyage,

en 1829. Jusqu'à cette date, il continua, sans grand événement, sa vie de visites, coupée de tournées sur le continent. Il accompagna Wordsworth en Italie et il contempla avec lui la Cène de Léonard, mieux conservée, dit-il, qu’il ne l'avait espéré, en lisant l'essai de Gœthe. Pendant son séjour à Milan, sa pensée retournait souvent à Weimar, mais il avait pris son parti de ne plus parler de Gœthe à son compagnon de route. Words-

worth opposait à son apostolat une hostilité intransigeante.

De son côté, Coleridge retombe maintenant dans sa première hostilité à l'égard de Gœthe. Il le place au-dessous de Schiller, - Yaccuse d’être « sans principes » et « sans âme ». PE Robinson entra aussi en-relations avec Edward Irving et William Blake. C’est au cours d’une de ses visites chez le prédicateur de Tavistock Square qu’il fait la connaissance de Carlyle, « le traducteur de Wélhelm Meister », dont le travail ne lui inspire d’ailleurs qu’une estime très modérée : « Il rend les Confessions d'une belle âme : « a fair saint (1) » et sa version de la

romance de Mignon est aussi mauvaise que possible. » Dans la

suite, Carlyle vint souvent mettre à contribution la bienveil lante compétence de Robinson. Celui-ci l'aida « mit Rath und That » dans son travail sur le Roman allemand. Carlyle était

alors très peu familier avec cette littérature et lorsqu'il se re-

trouva seul dans les landes de. son Écosse, il n’avait ni livres ni conseils. Aussi écrivit-il, à plusieurs reprises, à notre bon Robinson : il se souvenait avec plaisir « du Temple et de l’aimable philosophe qui y habite » et aussi de leurs longs dia-

éd. 1872, II, 482 et mon étude de la Revue germanique, août 1912, p. 411. « 11 y a, dit Wordsworth, dans ses œuvres, un dérèglement et une sensualité inhumaine qui est extrêmement révoltante. Je ne les connais pas intimement en général, mais je-m’appuie sur le premier chapitre de Wilhelm Meister et, en me faisant l'avocat général de la nature humaine, je le dénonce pour outrages libertins aux affections de l'humanité. » Prose works, KL, 465. ; (1} « À beautiful Soul. »

Page 1