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CRE II

LA CORRESPONDANCE AVEC GOŒETHE ET L' INTERPRÉTATION DE.SON ŒUVRE (1827-1832)

L' acheminement vers la philosophie nes La D à $ FAT

d'Edimbourg. La correspondance avec Gœthe en 1827 — Essai sur l'Etat . de la liiérature allemande (1827): l'influence de Fichte; Gœthe conçu comme voyant; la première idée du heros, — Essai sur Hélène (1828) : l'attente de la rédemption et l'interprétation des symboles. — Essai sur Gœlhe (1828) : l’évolution morale du poète, son point de départ et son poiut d'arrivée. — Les autres essais, la critique si W. Taylor et le cosmopolitisme littéraire. |

< Dailly must L'thin and oftenest

think also of the man to whom, more

than any other living, [ stand undebted,

& Ë. and united. >» (Lettre de Carlyle à Gœthe, NOR 10 juin 1831. Correspondance, p. 279.)

Carlyle est apaisé. À la joie des affirmations s’ajoute la calme félicité da jeune foyer. Jane et lui sont maintenant installés dans cette maison de Comely Bank qu’il décrit à H. C. Robinson, un plaisant cottage avec des roses de Chine, suffisamment éloigné d'Édimbourg, dont « on entrevoit les tours à travers les branches de leur unique arbre ». Comme s’il se sentait plus sûr de lui, ferme dans ses croyances, il affronte la philosophie allemande qu'il avait jusqu'alors négligée (1).

En décembre 1896, il avait déjà abordé Herder, mais il avait été scandalisé par ses Idées pour La philosophie de l'histoire de l'humanilé (2). Comment cet homme, que l’on disait religieux, avait-il pu écrire un livre aussi athée? D’après ses explications, tout en ce monde serait le résultat des circonstances, du milieu ou de

(4) Carlyle ne lut la Ce de la raison pure qu'en octobre 1896, et avec difficulté, sans enthousiasme. Cf. Froune, Eurly Life, p. 375. Il semble n'avoir connu Kant que très superficiellement en 1823.

(2) Froups, Early Life, L, 3817.

LA GORRESPONDANCE AVEC GOBTHE NN ET

pe : le souffle de la vie ne Sérait qu’une forme plus [TAC élevée, plus intense, plus pure, de la lumière et de l'électricité. Carlyle ne peut goûter ce panthéisme naturaliste qui était commun à Herder et à Gœthe, à l’époque du Voyage en Lialie. Lui a qui plus tard attaquera violemment Darwin, il s’irrite de trouver + | déjà en ce « dévot » prédicateur êt. en ce sage ie né cham- pions de l’évolutionnisme. : | Ni sa traduction de Wallielm. Mer, ni sa Vie de Slier, nie son Roman allemand ne lui avaient no orIe des avantages finan- 1: ciers, et il fut tout heureux d’être présenté à Jeffrey et de collaborer à la Revue d'Édimboury. Il avait déjà forcé quelques : : portes, il s'était vu accueillir, grâce à Jane surtout, dans les, - cercles littéraires. Il fit la connaissance de John Wilson, l'éditeur du Blackvood's Magazine, et de Thomas de Quincey, l’auteur un peu repentant du violent article contre Wilhelm Mister. Sans adopter l'admiration exagérée de celui-ci pour Jean-Paul, il fut | amené par lui à ce grand humoriste dont il se sentait si voisin. 41 lui consacre le premier de ses articles dans la Revue d'Édim- &e bourg, et parmi ces pages pénétrantes se glisse encore un souvenir ie Wilhelm Meister. Il exalte cette philosophie de Jean-Paul qui "He surgit ni du forum, ni du laboratoire, mais des profondeurs | mystéri ieuses de l'âme, cette mystique religion qui, par-dessus tous les dogmes, chante la beauté de la Soumission. « Un respect, non pas une crainte intéressée, mais un noble respect pour l'Esprit de toute bonté, forme la couronne et la Sie ai sa culture. » | Le 15. avril 1827, Carlyle envoya à à Gœthe un exemplaire de sa Vie de Schiller et ses quatre volumes du Roman allemand. I profita de cette occasion pour lui redire sa gratitude : c’est lui qui l’a tiré des ténèbres, qui lui a révélé ses devoirs et sa destinée; il éprouve pour lui « les sentiments d’un disciple pour son maitre, bien plus, ceux d'un fils pour son père spirituel ». Et il salue l’avènement prochain de son règne en Angleterre : Gœæthe n’a pas à souffrir de l'injustice, mais de l'ignorance; et les temps vont changer. Les Années d'apprentissage ont atteint leur premier mille : un libraire londonien vient de lui demander une traduction de Poésie et Verité. Gœthe remercia Carlyle le

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Lé

20 juillet. Il le félicita de son excellente biographie etfitr éloge. : des traducteurs : ce sont les intermédiaires dans le grand com- k merce spirituel, et puisque l'effort des meilleurs écrivains est. '

dirigé vers ce qui est universellement humain, la Bttérature

| cosmopolite, favorisée par la paix et la tolérance ne e pourra que se développer. er |

En même temps que cette lues un RE était arrivé de

Weimar; c’étaient, avec des médailles et quelques vers auto-

graphes, un bracelet pour Jane, une première livraison des.

Œuvres complètes (4) (y compris Hélène), enfin un volume d’Art

et Antiquité. Maintenant Carlyle. fait de son cabinet de travail

| une chapelle gœthéenne : les portraits du poète décorent les.

murs, les médailles oinent la cheminée, et ses propres tradue-

tions bien reliées, placées sur les rayons, en face de son bureau,

retiennent son regard et sa réverie. Il répond à à Gæthe le

20 août : « Vos œuvres ont été un miroir pour moi. Inattendue, inespérée, votre sagesse m'a conseillé et c’est ainsi que la paix

et la santé de l’âme sont venues de loin me visiter. Car, jadis, je ne croyais plus, non seulement en la religion, mais encore en

la pitié et en la beauté dont elle est le symbole. Ballotté par les

tempêtes de raon imagination, homme séparé des autres hommes, exaspéré, misérable, j'étais presque poussé au désespoir; la sauvage malédiction de Faust me semblait être le seul salut qui convint à l’existence humaine, et son imprécation pässionnée : « Maudite aussi soit la patience! » clamait du fond de mon cœur. Maintenant, grâce au ciel, tout est changé; sans transformation extérieure, simplement aidé par la nv lumière qui se leva sur moi, j’ai conquis des pensées nouvelles et'une harmonie que j'aurais jadis considérée comme impossible.. J'espère peu et je crains peu du monde, car j'ai appris que ce que j’appelais autrefois le bonheur, non seulement ne peut être atteint, mais ne doit même pas être recherché. » Carlyle fait Gœthe confident de sa conversion et il lui en attribue tout le mérite. Alors qu’il désespérait, qu’il restait inconnu dans son pays, le plus grand poète de son temps l’a encouragé.

© (4) Sämiliche Werke, Vollständige Ausgabe letzter Hand, Cotta, 1827.

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