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LA CORRESPONDANCE AVEC GOŒTRE

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comme le type du critique, du censeur qui à étudié, pour les mieux juger, tous les aspects et tous les degrés de l’art. Il com- pare sa prose à celle de Milton, « combinant la clarté française à la vieille profondeur britannique ». Il admire sa poésie, « poésie

‘ sans doute, mais poésie de notre génération, monde idéal et

- pourtant monde même où nous vivons ». IL insiste, le premier . peut-être, sur ce caractère essentiel du génie gæthéen, ce réa- - lisme typique dont on a tant parlé depuis, vision pleine d’ infini et frémissante de vie. Sa poésie, « ce n’est pas un regard jeté

en arrière vers un Aataue pays de fées, séparé. par d’infran-

chissables abîmes de ce monde réel, tel qu il s'étend en nous et autour de nous; c’est un large coup d’œil promené sur ce monde réel lui-même ». Gœthe n’est pas dupe des illusions littéraires, de l'Orient des Mille et une Nuits et du moyen âge des Croisades. Werther et Wilhelm Meister sont des figures de

home temps : « le siècle est étalé devant nous, dans toute sa contradiction et sa complexité, stérile, médiocre et triste comme nous l'avons connu », et revêtu de bise de grandeur, dans = l'esprit du poète. <

“Ici pourtant s’esquisse l’idée du. voyant. Gæthe nous one. ‘sans doute une image de son temps, mais il fait davantage, il

s'enfonce dans les secrets de la vie et de la nature. Schiller et lui n’ont pas seulement le « clair regard », mais « le cœur fervent » :

« Is ont pénétré le mystère du be » Après une longue épreuve, ‘ils ont été initiés : devant leur effort inlassé, l’art a

enfin cédé et « révélé son secret ».Et comme l’art, pour Carlyle, ne se justifie pas seul; comme il doit être dispensateur, de

vérités morales et religieuses, ils ne peuvent se soustraire à leur mission sublime, ils doivent tenir devant les hommes, de leurs mains consacrées, le vaste miroir du Temps. Première et indispensable condition des poètes, « ils sont sages et bons, ils ‘ont beaucoup vu et beaucoup souffert, et tout cela, ils Pont conquis, ils en ont fait leur propre bien, ils ont connu la vie

dans ses altitudes et dans ses profondeurs, ils Font maîtrisée et

ils peuvent enseigner aux autres ce que c'est, et comment il faut l’orienter ». Ce sont des croyants, mais leur foi n’est pas la languissante plante des ténèbres, elle est un arbre vert et

133 GOTHE EN ANGLETERRE fleuri qui croît dans la. pleine lumière du soleil. On es déjà que peu à peu lidée de Fichte, d'abord illustrée et confirmée

par Gœæthe, envahira tout. l'esprit de Carlyle. Elle y provoquera d’autres associations, y: éveillera de vieux souvenirs. C’est une

source étrangère qui s’infiltre dans la maçonnerie chaotique de. ve

son œuvre naissante, elle va s’ y accumuler longuement, sourdement, jusqu'au jour où elle s’ouvrira un chemin, où elle se

répandra, fleuve torrentueux et large, parmi les plaines des-

séchées, charriant les débris des faux temples, emportant vers la mer radieuse les arches saintes de l’histoire, les barques royales des héros. Ce premier essai annonce déjà l’ ardente apologie des grands hommes, les conférences de 1840.

Critiqué par la bourgeoisie radicale, l'article fit impression

sur plus d’un écrivain. De Quincey le loua dans sa Poste du samedi, J. Wilson avoua à son ami J. Gordon qu’il en avait.tiré un profit moral. Gœthe lui-même le remarque et, hésitant à Vattribuer à Lockhart, demanda à EE quel en était l’'auteur. | e % *X +

. En janvier 1828, Carlyle reçut en effet deux lettres de Weimar. (œthe désirait avoir son avis sur la traduction du Tasse par Charles Des Vœux, et il lui envoyait, avec la seconde livraison de ses Œuvres complètes, des médailles pour Walter Scott et ses autres amis anglais. C’est à cette époque que Carlyle posa sa candidature à la chaire de philosophie morale de Saint-Andrews. Aux recommandations de ses amis Irving, Jeffrey et Wilson, il voulut ajouter celle de Gœthe. Mais le certificat de Weimar arriva trop tard. Le poète ÿ exprimait son admiration pour la compétence de Carlyle en matière de littérature allemande et se plaisait à reconnaître la pénétration de ses idées : « Il faut lui accorder, écrivait-il, un clair jugement. et des vues personnelles attestant au grand jour qu’il repose sur un terrain original. » En même temps et sans le vouloir, il marquait la différence profonde qui existait entre leurs conceptions morales. Il prétendait que la littérature allemande était surtout féconde d'un point de vue. largement humain, qu’elle

se Helene.

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| développait non pas « une timidité anxieuse et ascétique », mais « une culture libre et naturelle », «une sereine moralité », une allègre soumission aux lois de Phriyers Carlyle, protés.e - seur de philosophie morale, eût certainement affirmé des théories plus rigides et son puritanisme Peût incliné vers l’intran- -sigeance. Il ne fut pas agréé. Et même s’il avait pu joindre à son dossier le témoignage de Gæthe, il ne l’aurait pas été à davantage. Quelle valeur pouvait avoir, aux yeux des doctes professeurs écossais, Pattestation d’un poète allemand qu’ils prenaient pour un rêveur? Sansise décourager, Carlyle se remit au travail; après un article consacré à Zacharias Werner, il fit paraïtre au po dans la cour Review. son étude sur

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