‹ Goethe en AngleterreChapitre 39 sur 93 · L LE · texte numérisé non relu

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TEE GOŒTHE EN ANGLETERRE [Mo

tions et qui m est toujours demeurée: un mystère. Mais depuis |

votre installation nouvelle, je me suis plu à me figurer de mon

mieux la vallée où coule la Nithe, la ville de Dumfries, située

sur la rive gauche. D’après votre description, je suppose que

vous habitez la rive droite du fleuve et je me figure que vous

êtes serré de près par les rocs de granit de l'Est. En étudiant fe | des cartes spéciales que je me suis procurées, j'ai pu, en vieux géologue expert, me rendre un compte approximatif de la

situation. » Quelques jours après, le 6 juillet, Gœthe envoie à Carlyle la quatrième et la cinquième livraison de ses Œuvres, ainsi que la première partie de sa Correspondance avec Schiller.

Il y ajoute quelques épreuves de la traduction allemande de la ss Vie de Schiller et une courte poésie ‘en vers fambiques où il.

exprime délicatement la joie qu’il ressent à se retrouver dans la prose de Carlyle.« Récemment, j'ai cueilli dans le pré un bouquet

de fleurs des champs; pensif, je l’apportai chez moi; la chaleur de ma main avait fait pencher les corolles. Je les mis dans un

verre pléin d’eau. O merveille! les têtes se relevèrent et les tiges se redressèrent, les feuilles reprirent leur éclat verdoyant,

et les voilà fraîches comme si le sol maternel les portait encore.

Tel fut mon étonnement ravi, quand j’entendis ma chanson dans la langue étrangère. » Le 22 décembre, Carlyle expédie à Gœthe des croquis de Craigenputtock, dessinés par G. Moir, le traducteur de Wallenstein. La correspondance prend un tour de plus en plus intime. Jane est gagnée par la contagion des cadeaux réci-

proques, elle envoie à Gœthe une boucle de ses cheveux et .

lembarrasse un peu en lui demandant une de ses mèches blanches ; elle collabore avec son mari au Chaos de Weimar, la petite revue d’Ottilie; elle brode pour la nièce du poète un bonnet de velours bleu, orné du chardon d'Écosse. Gœthe accepte avec

courtoisie et gratitude ces témoignages d’une admiration tou- : chante. N'oublions pas qu’il désire la diffusion de ses œuvres à :

l'étranger et que, s’il s’intéresse vivement à l'esprit de Carlyle, comme en témoigne la préface qu’il écrivit pour sa Vie de Schiller, il voit surtout en lui son meilleur lieutenant, son plus actif et éloquent défenseur en Angleterre. Grâce à lui, Carlyle est nommé membre correspondant de la Société de littérature

Es: Th CORRESPONDANCE AVEC GOETHE “2AET

4% dope de Berlin. Cest là un sérieux encouragement : Carlyle

lesentets attache à le mériter davantage; il songe à écrire une histoire de la littérature allemande, à à entreprendre la traduction

du Faust. Mais il en est empêché par d’autres travaux, son article

sur lAperçu historique de William Taylor et son obsédante

ébauche de Sartor resartus.

= Le 22 janvier 1829, il annonce à à Gœthe sa critique de louvrage de Tone parue dans la Revue d'Édimbourg : « Je crains

que vous n’aimiez pas le style satirique; par contre, d’autant plus

agréables vous seront certaines conclusions sur ce que j'appelle, #4 après vous, littérature mondiale, et sur la manière dont l’Europe trouvera de nouveau, dans la communion de ses princi- paux écrivains, un Sacré Collège et conseil d’Amphictyons, et deviendra de plus en plus une République universelle. » L'article est sèvère pour Taylor. Au livre, il reproche son . caractère fragmentaire, son manque de composition; à l’auteur, son esprit radical et impie. Il lui en veut, au fond, d’avoir placé Kotzebue au premier rang : « Schiller et Gœthe, avec tout le monde poétique qu’ils ont créé, restent invisibles. » IL

ne laisse passer aucune erreur qui peut déformer la physio-

momie littéraire de Gœthe, il accuse Taylor de coupable ignorance, parce qu’il ne croit pas à la vérité absolue des Mémoires de Gœthe; il ne lui pardonne pas surtout d'avoir dit que « Gœthe avouait lui- terme être un athée ».

- L'été de 1831 amena à Gœthe les deux dernières lettres de Carlyle. Celui-ci lui exprime encore sa gratitude : « de lui il apprit — comment l’oublierait-il — que le respect est encore possible. » Ji lui envoie, pour l'anniversaire de sa naissance, le cadeau et la lettre que lui adressent quinze amis d’Angleterre (4), un cachet orné de l’inscription : Ohne Hast, aber ohne Rast (Sans hâte, mais sans trêve). A cette époque, Carlyle cherche en vain à Londres un ur pour son Sartor resartus. Il fait, en août,

= (D) Les signataires de la lettre étaient : Thomas et John Carlyle, Walter Scott, Southey, Wordsworth, J. G. Lockhart, Procter, lord Leveson

Gower, W. Fraser (éditeur de la Foreign Review), Maginn, Heraud (éditeur

du Fraser’s Magazine), G. Moir (traducteur de Wallenstein), Churchill

pose d’une traduction du Camp de Wallenstein), Jerdan (éditeur de la iterary Gazelte) et John Wilson (éditeur du Blackwcod).

148 SE GORTHE EN ANGLETERRE e

A connaissance de Sarah Austin et de John Stuart Mill, « un

utilitariste converti qui est en train d'apprendre l allemand » (1), et il s’installe dans la capitale au début de l’hiver. -

Les préoccupations sociales commencent à le tirailler : « Le 1e besoin même de ce temps, écrit-il dans son Journal le 10 oc-

tobre, n’est-il pas un infini besoin de gouverneurs, un besoin

de savoir comment se gouverner? Peux-tu en quelque mesure

répandre dans le monde le respect parmi les cœurs des hommes? Cela serait une tâche plus élevée qu'aucune autre. Est-ce possible de le faire par l’art, ou bien les esprits sont-ils “encore fermés à l’art et ouverts tout au plus à la prédication?

Non pas mûrs pour un Meister, mais seulement pour un meil-. leur et bien meilleur Teufelsdrôckh. Réfléchis et sois silencieux. »

Carlyle garde de Gœthe son évangile moral, mais il ne s’en

contente plus. Il a soif de certitudes philosophiques et dès qu'il ‘les trouve, il sent le besoin de les exprimer directement. Gæœthe mort, il se tournera vers d’autres héros, vers ceux qui sont, non seulement des sages, mais des guides, non seulement des

hommes de pensée, mais des hommes d’action.

- (1) Lettre à Jane, 29 août 1831.

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