L' INFLUENCE DE |GOTHE
idée d’une évolution personnelle ü) : l’homme se fait lui-
même. La moralité est une conquête, elle marche par étapes. Wilhelm Meister et Faust passent du trouble à l’harmonie, Teufelsdrückh s’achemine du Non éternel vers l'Éternelle affirmation. Mais la meilleure préparation est encore pour Carlyle la - sainte veillée des armes, la « conversion ». Lorsque l’âme s’est __ ressaisie, elle peut aus er la vie et le travail. Carlyle répète
sans fin les préceptes de Gœthe : « le doute ne peut être aboli que par l’action », « accomplis le devoir qui est le plus proche », c’est-à-dire : vis dans l’actuel, mets ton idéal dans ta vie au lieu de évoquer dans les nues, accomplis ta tâche présente, ne songe pas aux obligations futures, n’enferme pas-ton existence dans le cadre d'une doctrine abstraite, mais travaille, crois en toi, sois libre. Cet évangile de l’action est plus gœthéen que celui du sacrifice. Le Lothario de Wilhelm Meister, comme le remarque Carlyle dans Sartor, découvre que « son Amérique est ici où nulle part ». L’Abhé pense aussi que « la première et dernière chose dans l’homme, c’est l’activité ». Et Carlyle répand déjà, dans ses Caractéristiques, les Maximes qu’il redira jusqu’à sa mort : « L'homme est envoyé ici-bas, non pas pour ‘questionner, mais pour travailler... La fin de l’homme, c’est l’action, non la pensée. Dans Vaotion seule, nous pouvons avoir la certitude. » Il relie la ne de Gœthe : au pragmatisme contemporain.
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La conception de Phistoire, chez Carlyle, reste malgré tout imprégnée d’optimisme. L'histoire est la recherche de Dieu, la réalisation de l’ordre moral. Il y a des époques négatives, celles de doute, dit Carlyle dans son essai sur Diderot, mais il y a - aussi des époques positives, celles de croyance. Carlyle reprend ici la distinction de Gœthe, dans la note au Divan : Israël dans de désert. « Toutes les époques dans lesquelles règne la foi, sous quelque forme que ce soit, sont brillantes, élèvent le cœur et sont fécondes pour les contemporains et la postérité. Toutes les
(4) C£. L. Cazamran, Carlyle, 407.
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‘époques au contraire dans lesquelles lincroyance, sous quelque forme que ce soit, affirme une pitoyable victoire, STARS aux yeux de la postérité, parce que personne n'aime à se torturer pour la connaissance de ce qui est infécond. » Pour Carlyle, comme pour Gœthe, la foi est ici comprise dans le sens le
plus large. Ce n’est pas l'adhésion de l'esprit à une orthodoxie,
mais la croyance en la valeur de la vie, en la réalité divine. Les époques négatives ne sont d’ailleurs pas inutiles, elles amènent les révolutions qui détruisent les faux temples, qui libèrent la société de ses oripeaux poussiéreux et de ses formes.
désuètes, qui consument l’impureté 1 rendent Re « le :
résurrection du Phénix ». ace Dans Sartor resartus, Carlyle déploie devant nous le réseau des vieilles institutions, l’étoffe bariolée qui recouvre les reli-
. gions sans âme, la tenture illusoire, jetée par les constitutions,
sur les royautés infécondes et les anciens régimes. Sans doute,
dit-il, le vêtement de la religion est troué, l’échafaudage drapé de la société branle et va s’écrouler, la Révolution française a emporté les lambeaux de la royauté, le monstre de l’utilitarismé:
bondit à travers le monde et écrase de son large sabot les palais et les temples, mais la société est un phénix mystérieux. Du
feu qui brûülera les symboles surannés, les rites conventionnels, elle surgira régénérée, tel l'oiseau des dieux qui renaît de ses cendres sur le bûcher glorieux et s’envole vers l’âge d’or. Il nefaut pas désespérer, il faut attendre avec confiance : les cendres du passé cachent des filaments organiques autour desquels se solidifieront bientôt des certitudes et déjà un prophète des temps nouveaux a élevé la voix : « Et ne connaïs-tu pas de prophète, même dans le costume, le milieu et le dialecte de cet âge? Ne connais-tu personne à qui le Divin se soit révélé, à : travers toutes les formes, basses ou nobles, de la vie ordinaire et par qui il ait été de nouveau prophétiquement révélé; personne dans la mélodie inspirée de qui la vie humaine, même en ces jours rassembleurs de haillons et brûleurs de haillons, recommence, ne fût-ce que vaguement, à être divine? Ne con- É nais-tu pas cet homme-là? Je le connais et je le nomme :
Gœthe! » Ainsi Gæœthe, qui inspire à Carlyle la distinction entre