‹ Goethe en AngleterreChapitre 50 sur 93 · GORTHE ET L’OPINION ANGLAISE (A · texte numérisé non relu

GORTHE ET L’OPINION ANGLAISE (A

Personnalités et revues. Jeffrey et la Revue d’'Edimbourg. La critique de- Wilhelm Meister (1825). J. Wilson et le Blackwood’s Magazine. W- Maginn et le Frasex's Magazine. — Les indépendants; De Quincey, l’article sur

* W. Meister dans le London Magazine (1824), l'étude sur Gœthe dans

. l'Encyclopédie britannique (4837); J. Sterling ; ses rapports avec Carlyle. — Les publications biographiques après les études critiques : Sarah Austin et les Caractéristiques de Gæœthe (4832). — Les traductions de.

Poésie el Vérité et des Entretiens avec Eckermann. La sagesse de Gœthe-

- dans son œuvre et dans sa vie.

< Grasshoppers had before chirped for and against the rumoured foreign singer, Bos locutus est. > J. STERLING.

(London and Westminster Review.

: 1840, XXIII, 26.) Il nous faut aborder maintenant les contemporains de Carlyle, ses amis et ses confrères de la critique. On doit distinguer ici les. écrivains et les revues. Un Jeffrey, un John Wilson sont repré-

sentatifs d’une opinion collective, ils sont liés aux périodiques

qu'ils dirigent, mais un De Quincey reste indépendant : conser-

vateur, il collabore au libéral London Magazine. John Sterling

doit également être étudié à part, dans sa correspondance avec

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Carlyle: Sarah Austin inaugure la série des Diblicahions biographiques sur Gœthe : la critique intuitive de Carlyle appelle un

complément documentaire, et l'Angleterre acquiert peuàpeu, %

après l'interprétation de l’œuvre, des connaissances ro: sur la vie du poète. VUE A la fin du dix-huitième, Gœthe avait été surtout malmené

par les conservateurs de l’Anti-Jacobin, Canning, Ellis et Gifford,

Sans doute, lorsque ce dernier prit en main " direction de la

Quarterly Review en 1809, il n’était guère plus disposé à faire

bon accueil à « l'étranger », et le grand périodique tory ne

changea vraiment d’attitude qu'avec J. G. Lockhart en 1826 (1).

Mais c’est la Revue d'Édimbourg, organe de F. Jeffrey, des poli-

ticiens radicaux et utilitaristes, qui dirigea contre GϾthe les

attaques les plus violentes. On se rappelle les articles de Sir

Francis Palgrave sur Poésie et Vérité en 4816. Parmi les collabo-

rateurs du début se trouvaient, à côté d’un philosophe bienveil-

lant comme Hamilton, des esprits nettement opposés à la pensée allemande, Jeffrey, Th. Brown, Brougham. Gœthe ne devait attendre d'eux ni Re ni appui.

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Ce fut Jeffrey lui-même qui écrivit, en 4895, le compte rendu de Wilhelm Meister. I] explique, à propos du roman, les différences profondes qui existent entre le goût des Allemands et celui des Anglais. Wilhelm Meister passe pour être « la plus grande œuvre de leur plus grand écrivain ». À en juger par sa

préface, le traducteur est un homme de talent, et on peut se fier à sa version. Et pourtant cet ouvrage n’a rien qui justifie . une telle admiration. « Il nous apparaît, dit Jeffrey, éminemment absurbe, puéril, incongru, vulgaire êt affecté, et bien que ceci

(1) La Quarterly Review ne publia entre 1809 et 1831 que trois articles : dignes d’être mentionnés sur la littérature allemande. (Mme de Staël: A. W. Schlegel;: le Faust de Gower et le fragment de See) La Revue à’ Edimbourg, tour à tour hostile ou condescendante, ignorante-en tous cas, rendit compte en outre des, Mémoires de Gœthe et de Wilhelm Meister.

be Blackwood se fit, dès le début, le défenseur de la littérature allemande.

GŒTHE. ET L° OPINION ANGLAISE Ar

soit compensé par de grandes. foutre d'invention et quelques

traits de vivacité, loin d’atteindre la perfection, ilest du com-

mencement à la fin une offense flagrante à tout principe de goût et à toute règle de composition. » Le ton de cet article

n'est pas toujours aussi tranchant. il est, en général, moins

: méprisant que celui d’un De Quincey. Jeffrey n’attaque pas, il __ constate et il regrette, avec une indulgente ironie. Il fait la part

des choses : le roman est “inégal, mais la faute n’en est pas à

Gæthe, elle en est à son pays qui n’a ni culture, ni finesse. Il

PT

est le seul critique, parmi les contemporains qui ne jette pas les hauts cris au nom de la morale : « Nous ne pouvons vraiment nous rallier à la censure dont on a si généralement accablé ce roman en alléguant sa grossièreté et son immoralité. Il est vulgaire, c’est certain, dans ses exemples, et il n’est pas très

rigoureux dans ses préceptes éthiques. Mais il n’est pas pire, à

cet égard, que beaucoup d'ouvrages dont nous nous enorgueillissons chez nous, Tom Jones, par exemple, et Roderick Random.

Il y a des passages sans doute qui pourraient choquer une déli-

Cate jeune fille; quant à la masse des lecteurs pour qui, nous le

supposons, il a été surtout écrit, nous ne craignons pas qu'il lui fasse grand mal ou qu’il la scandalise beaucoup. » Aüù cours de son analyse, Jeffrey note les platitudes et cite aussi les belles

- pages. Un des premiers, sinon le premier en Angleterre, il

remarqua la parenté qui existe entre Mignon et la Fenella de Walter Scott, et il rend grâces à Gœthe d’avoir inspiré à Byron

le prélude de la Fiancée d’Abydos. Il n’hésite pas à trouver,

dans le chapitre sur Hamlet, « la plus éloquente et la plus pro-

fonde analyse du caractère qui ait été donnée au monde », mais il déclare « obscutes et inintelligibles » les Confessions belle

âme; il ne peut rien trouver de plus absurde que les révélations de l'Abbé dans la chambre des manuscrits, « le mystère des mystères ». Bref, s’il y a là, selon lui, des pages qui n'auraient pu être écrites en Angleterre, il y en a d’autres qui feraient honneur à toute littérature. ILne condamne pas l'œuvre en bloc, comme le fera De Quincey, il y distingue les traces du mauvais goût qui est imputable à l’Allemagne, « local et variable », et les marques du génie qui est « pefpanent et universel».

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Au fou Jeffrey n ‘avait pas entièrement méconnu. Gæthe et : il avait deviné Carlyle. Celui-ci alla lui faire visite, à Édim-

bourg, en 1827, au moment où il venait de publier son Roman

allemand. Comme Jeffrey lui demandait sa collaboration pour la Revue d’ Édimbourg, il le pria de lire d’abord son travail pour le mieux connaître avant de le choisir. Jeffrey n’hésita pas : peu

de temps après, il acceptait l'essai sur l'État de la littérature alle-

mande. Voici ce que Carlyle, à ce propos, écrivait à Gœthe :

« L'éditeur de la Revue d’Édimbourg qui lui-même fit la critique de Wilhelm Meister et accueillit, il y a nombre d’années, un méprisable essai sur votre Poésie et Vérité, est considéré, par le fait, comme ayant virtuellement rétracté sa profession de foi … concernant la littérature allemande, et grand-est l'étonnement, grande est même la consternation de plus d’un « vieux routier » sur qui cet homme a exercé longtemps un doux et despotique pouvoir. Ne soyez donc pas étonné si je lui donne, à lui aussi, l’une de vos médailles, car il est « bien intentionné », comme tout brave homme doit l’être pour un autre; peu importe que la distance et une connaissance imparfaite aient, pour un

temps, faussé ses perceptions et lui aient fait prendre un sepees

froid et même désagréable: »

La conversion de Jeffrey n était pas aussi complète que Carlyle l’imaginait. À propos des essais sur Burns et sur Gœthe, il envoya à son jeune collaborateur « une semonce éditoriale » : « Je vous prédis avec pleine et calme assurance que votre cause est sans espoir et que l’Angleterre n’admirera jamais, ni même ne supportera vos divinités germaniques. » Ici nous touchons Le … fond de sa pensée. Ce radical a les préjugés de la vieille Angleterre: Il est tout prêt à reconnaître le-génie, il n’est pas hostile

à Gœthe dont il entrevoit la grandeur, mais il représente la critique formaliste, la tradition du bon goût, le classicisme en … un mot, et tous les Allemands, quels qu’ils soient, lui paraissent dangereux : ce sont des romantiques extravagants et obscurs. Il lui faudra toute la sympathie réelle qu’il porte à Carlyle et surtout à sa femme, pour récommander à l'éditeur Longmans, en 1830, l'Histoire de la littérature allemande. Le travail de Carlyle r’est d’ailleurs pas accepté, et Jeffrey, devenu membre du Par-

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