‹ Goethe en AngleterreChapitre 60 sur 93 · CE WILHELN MEISTER LE · texte numérisé non relu

CE WILHELN MEISTER LE

une ue dont il fait un Temple du Beau. Il veut « créer un paradis » ». Gœthe aurait certainement aimé cette demeure clas- sique, construite dans le style de Palladio, et dédiée aux arts. ° N’en avait-il pas donné le modèle dans Wülhelm Meister ? L’oncle de Lothario eût retrouvé ici sa pensée la plus chère. Le Temple du Passé; où s’élève son sarcophage, pourrait, dit Wilhelm Meïster, être aussi justement appelé le Temple du Présent ou de l'Avenir. Contarini Fleming lui enlève un sphinx pour garder l'entrée de son palais, et il consacre « au temps futur » la tour qui sera son tombeau. « Laissez-moi passer ma vie, dit-il, dans l’étude et dans la création de la beauté. Tel est mon désir. » Mais il ajoute : « Sera-ce ma carrière? c’est douteux, je le sens ».

« Je veux agir ce que j écris », dit uiehe dans son journal. Contarini l'avait amené au Foie de l’action : il franchira ce * seuil. Il n’était pas homme à se retirer dans la contemplation comme Contarini, ou à s’exténuer en rêves de conquête hébraïque comme Alroy et les « princes de la captivité ». La victoire d'Israël, c’est dans sa vie qu’il l’assurera, et il devient peu à peu le maître de l'Angleterre. Le libéralisme ne lui réussit pas : il change de programme, et il est élu avec l’appui des conservateurs en 1837. Sans doute il fréquente toujours les cercles littéraires, il parle de Wieland à lady Blessington et de Gœthe à H. C. Robinson, mais de plus en plus la politique l’accapare. Chef de l’opposition en 1847, il est ministre trois ans plus tard. Et dès lors, il reprend le roman comme un instrument de propagande; ‘dans Coningsby, Sibylle, Tancrède, il prêche son torysme social. Les jours d'apprentissage sont maintenant très loin : pas plus que lord Lytton, lord Beaconsfield ne se sou- ; vient de ue Meister.

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Nous avons déjà rencontré Thackeray à Weimar, nous l’avons

vu flâner dans le parc, crayonner Gœæthe au passage. Déjà, à cette époque, il préférait la vie aux livres, l'expérience à la lecture. L’œuvre du poète ne semble pas l'avoir retenu longtemps. Il lut Faust et, à en juger d’après des allusions de la Foire aux

vanités (1847), il connaissait Werther et les Affinités d'élite. Mais

rien ne nous permet d'affirmer avec un critique allemand que

Wilhelm Meister exerça une influence sur son Histoire de Per HS

dennis (1850).

Sans doute ce roman est, comme Pelham et Vivian Grey, un

roman plus ou moins autobiographique; sans doute, sous les variations les plus fantaisistes et les plus savoureuses, on démêle le même thème. fondamental que dans Wilhelm Meister, celui de l'expérience nécessaire. Mais cette idée du roman autobiographique et expérimental, rien ne prouve qu elle vienne ici -de Gœthe. Thackeray suit un courant que Bulwer et Disraeli ‘ont suivi avant lui et déjà modifié. D'ailleurs l’enrichissement

de la personnalité de Pen l’intéresse moins que l’exploration des

milieux qu’il traverse, la peinture des caractères qui se heurtent à

lui. Il abandonne souvent son héros principal pour « filer » des

passants dans la rue. Et que Pen s’éprenne d’une belle et insigni-

fiante comédienne, qu’il fréquente une troupe de province, il n ve

a pas là de quoi établir un rapprochement avec. Wilhelm Meister.

Tout au plus découvrirait-on des allusions à Gæthe dans des remarques de détail. Au cours du chapitre consacré aux succès dramatiques de Miss Costigan, n'est-il pas question

. d’'Hamlet et de « la théorie du grand critique allemand sur le

sujet »? Plus loin, Pendennis traduit en vers anglais, à l’usage de ses jeunes amies Blanche et Laura, « les ballades de Gœthe et de Schiller ». So premier roman, d’un genre nettement germanique, est « sombre et passionné ». On y trouve tour à tour

« le désespoir byronien, le découragement werthérien, l’'amère

moquerie de Méphistophélès dans Faust ». Lorsqu'il se promène à Vauxhall avec Fanny Bolton, la fille du concierge de Shephérd’s Inn, Pen la contemple « d’un air de protection splendide, comme Egmont regardait Claire dans la pièce de Gœthe », mais il ne veut pas amorcer une histoire de séduction

« à la Faust et Marguerite ». Ce sont là des réminiscences

rapides, et Thackeray a déjà oublié le Pumpernickel de /a Foire aux vanités. Après une grave maladie, Pendennis va faire une cure en Allemagne, mais il ne s'arrête même pas à HE sur le chemin de Rosenbad.

n. WILHELN MEISTER » re LE

res du werthérisme. Si l’on en croit l’histoire de Pen- — dennis, il connut, lui aussi, une période de romantisme, mais il la traversa rapidement. Son humeur s’accommodait mal des n mélancolies prolongées, et Werther provoquait ses railleries.' Voici la « ballade one » qu il en en 1855 dans ses ns de ; * FORTE Werthec ! on pour Éhaetotie à un amour

“Tel que paroles ne pourraient dire. :

Savez-vous comment il la vit, pour la Dose fois?

PRES Elle faisait des tartines de beurre. ; ED 4

PES hartette était une dame. mariée,

- Werther était un homme moral,

- Qui pour toutes les richesses des Indes Dee = N’aurait rien fait pour la blesser.

Aussi soupira-t-il, lui faisant des yeux doux Jusqu'à ce que sa passion bouillit et bouillonna, — Et fit alors sauter son idiote cervelle - Dont plus”ne fut embarrassé. "

Charlotte ayant vu son cadavre Porté devant elle sur une civière,

. Ainsi qu'une dame bien élevée,

. Continua ses tartines de beurre. »

Dickens est un écrivain profondément personnel. La seule . “influence qu’il ressentit, c’est celle de la vie. Peu cultivé, il ne

connaissait ni Gœthe ni la littérature allemande, Son roman

social n’offrait avec le roman germanique aucune parenté. Ches-

terton le compte, ainsi que Carlyle et les chefs du mouvement d'Oxford, parmi les forces vivantes qui ont ébranlé l'édifice de Vutilitarisme, qui ont assuré la « revanche des instincts », mais il ajoute avec raison qu’il n’est pas un théoricien, qu’il ne prêche pas un évangile abstrait, qu'il ne cherche pas sa nourriture dans les livres. Dickens est à lui seul uné sourde révolte popu-

rats T'avait pas besoin de Wilhelm Prési pour se -

SS

rien savoir de Carlyle, ni d’où il prenait ses armes. UNE Ainsi le Wilhelm Meister de Gœthe a été salué avec joie par io

PAR NE: as ea GOŒTHE EN ANGLETERRE laire, une force de la nature. Il combattait de : son côté, sans |

les jeunes écrivains qui, fatigués du roman historique, ont ‘abordé le roman philosophique. Mais à mesure que le roman | anglais est redevenu social, le modèle fourni par Gœthe a été

délaissé. Pour les lecteurs vraiment épris de littérature alle- Le

mande, Faust offre d’ailleurs un intérêt plus pathétique que

Wilhelm Meister. Le problème de la destinée éternelle passe ns avant le problème de l'existence humaine. On sait que Wilhelm Meister est une mine profonde où gisent des trésors de sagesse, :

mais on s’en rapporte à Carlyle, on n’a pas le temps de s’attarder dans ces souterrains de la pensée. L’harmonie des sphères et le chœur des archanges attirent plutôt les regards vers la Porte du Giel où se déroule le prhlogue du Faust. RS

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