BB NÉ EN CORRE EN ANGLETERRE L'ART A
passe inaperçu parmi les drames de Gœthe, ‘édités ne la. Collection Bohn, mais il sut rallier peu à peu les suffrages des germanistes et les préférences du public averti. A ESÉSNS Faust fut, somme toute, bien accueilli après 1830: Les essais à de Carlyle, la mort de Gœthe, la publication de la Seconde partie dans les Œuvres posthumes, tout ceci forçait Vattention de l& enr: © tique. Les traductions avaient du succès. Il était impossible aux: — revues d'ignorer plus longtemps le chef-d'œuvre. On voulut S'y intéresser, on prit la peine de le discuter, on n ’alla point jusqu’à le comprendre. Plus ‘d’une revue loua son pathétique
É émouvant, son lyrisme, sa puissance; rares sont celles qui dé-
| mélèrent sa signification profonde. Sans doute un ami de
| J. Anster publie en 1833, dans le Dublin University Magazine, une intelligente analyse du drame total; il voit Ras la tra- © gédie d'Hélène la purification par la beauté, le commence-
* ment de la rédemption qu’annonçait le Prologue, mais Hayward lui-même, en un article de la Foreign Quarterly Review (1833), se refuse à considérer le Second Faust comme laboutissement. logique et voulu de la première partie. Il ne saisit pas comment « le plaisir de drainer des marécages ou même de lutter
- éternellement pour l’existence avec la mer » peut satisfaire un homme qui a parcouru tout le cercle dés joies terrestres. IL comprend moins encore pourquoi le diable est joué à la fin, car la vie de Faust ne s’est pas augmentée « d’une seule action vertueuse et à peine d’une pensée ennoblissante ». Il n’a rien fait pour être racheté. Blackie n’apprécie pas davantage Ia seconde partie. Selon lui, Faust n'aurait pas dû être sauvé, sans avoir fait pénitence et expié ses crimes. | Rien d'étonnant, par contre, si Carlyle, toujours avide de conclusions morales, rapproche aussitôt les. deux Faust : « Je lis : Faust, la seconde partie, écrit-il à Sarah Austin, le 13 jan-: vier 1833, avec l'intérêt que vous pouvez imaginer. Je considère le drame tout entier, tel qu’il est achevé maintenant,
y comme quelque chose de vaste devant moi et de profond. » Et. dans une lettre à Blackie, le 28 avril 1834, il avoue que des deux Faust il préfère le second, il y découvre « considérablement plus de pensée », et c’est pour lui l'essentiel.
| AUTOUR DU € FAUST ». j . 229
Ê Le at onu. ne se soucie pas de la seconde partie qu’elle déclare très médiocre (4834). La Revue d'Édimbourg
Se (1835), favorable à à la version de J. Anster, ne croit pas à une ce conclusion optimiste et rejette’ l'hypothèse de Ja rédemption,
émise par | le traducteur. Le Dublin University Magazine affirme
l'année suivante : « Nous croyons que Faust est anéanti et cet
as | est, nous le répétons, une injure à la divine - Providence. » La catholique Dublin Review (1840) n’admet
aucun Hen: ne les deux parties. Si le second Faust était la
continüation du premier, il faudrait admettre que le magicien fût sauvé sans avoir été purifié, sans s'être oies Et ce serait . détruire la valeur morale de l’œuvre : Faust n’exprime-t-il pas la vanité des tâtonnements humains, loin de la lumière divine ? Ne dit-il pas la pauvreté criminelle des plaisirs terrestres? Ainsi presque toute la critique conclut à la damnation dé Faust. Au nom des mêmes principes religieux, on la déplore ou on la justifie. Les uns y voient une atteinte à la bonté de Dieu, les autres une preuve de sa justice.
En dépit de leurs Dréfnce explicatives et de leurs commentaires, les traductions du Second Faust par J. M. Bell (4838), L. C. Bernays (1) (4839) et Archer Gurney (1842) ne modifient pas l'opinion. La Monthly Review considère la tragédie d'Hélène comme un intermezzo qui devait trouver sa place dans une trilogie. Seule la Foreign Quarter Ly Review publie en 1840 une étude intelligente et juste de J. S. Blackie, où s’accuse Pinfluence de Carlyle. Blackie ne sépare plus comme autrefois les deux parties : le sujet de Faust est « l'origine, le progrès et. la déstinée de l’homme, symbolisés en un individu ». Le drame se transcrit ainsi dans l’abstrait : la raison est impuis- sante, l'esprit de la terre personnifie « toute la création nouménale », trop profonde pour être saisie par l’homme; la phi- Jlosophie transcendentale a détruit l'intuition, la révélation d’un
(1) Professeur à King’s College.
Swedenborg; le scepticisme de Kant a tué Ja métaphysique elle-même; À sensibilité est aveugle et la pensée est en déroute :.
que reste-t-il, sinon l’action? Mais (et ici Blackie se sépare de
Carlyle) un symbole n’est pas forcément un dogme, une idée. n’entraîne pas un apostolat. Gœthe n’a pas voulu enseigner | « de nouvelles croyances ». Il a cherché à être « un artistep poétique, non pas un révélateur ». Il admet simplement que
l’homme peut se sauver ici-bas : la justification des actes. a lieu
sur la terre et, s’il transporte Faust dans le ciel, à la fin du .
drame, c’est seulement pour lui donner la consécration
suprême, la sanctification. Quant à la seconde partie de Faust, considérée au point de vue dramatique, elle est « injouable » :
cest à la fois une satire et « une recherche platonicienne- de la beauté éternelle » par delà la beauté sensuelle et fragile; . c’est surtout une image de l’époque, non pas l’évangile d’une
seule vérité, mais « une immense multiplicité de symboles
expressifs ».
Tout à fait sr cette appréciation de Blackie mérite d'être retenue. Que Füust soit une œuvre d’art, mème impar-
faite, et non un amoncellement, d’énigmes, qu'il y ait à travers
les deux parties un fil conducteur, et sous une grande com-
plexité, une profonde unité de plan, ce sont là des idées toutes :
nouvelles en Angleterre. Elles nous font pressentir linterprétation de G. H. Lewes. Jusqu'à présent (et Carlyle en est en partie responsable), la critique a cherché le contenu moral de Faust. Elle s’est d’ailleurs généralement trompée et elle à jugé avec les règles formalistes de l’orthodoxié anglicane. Elle n’a pas Conçu, Ou voulu concevoir, un rachat, un pardon, sans une expiation précise, sans une pénitence, elle n’a pas imaginé une ascen$ion qui ne quitte pas brusquement la vie, mais s'élève en une lente spirale autour des monts de l’Arcadie lumineuse, elle n’a vu qu’une alternative : le repentir ou l’anéantissement. Aussi a-t-elle accepté la damnation de Faust comme une leçon de la justice divine, sans chercher à comprendre cette pensée de Gœthe, toute pénétrée d’une équité supérieure :
« Der immer strebend sich bemüht Den künnen wir erlôsen, » :