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LA RÉACTION MORALISANTE

Elles furent étouffées sous la masse des importations médiocres. D'autre part, là où elles réussirent à percer, elles se heurtèrent tout de suite à l’hostilité de la critique di Det qui, depuis Weriher, n'avait pas désarmé. - Les drames de Gœthe eurent donc peu de chances, au seuil du dix-neuvième siècle, de forcer la résistance anglaise.

- William Taylor, de Norwich, publia son excellente version

d’Iphigénie en 1793. Clavigo et Stella parurent en anglais en 1798.

Walter Scott et Rose d’Aguilar HR Goœtz de Berlichingen en 1799. -

“William Taylor, le premier défénsèur compétent € de la littérature allemande en Angleterre, était allé en Allemagne en 1781. Un ami lui avait donné des lettres d'introduction pour l’histo:

rien Schweitzer, Angelica Kauffmann et Gœthe, mais il n’osa, au dernier moment, affronter le « Geheimer-Rat ». Néanmoins, il se mit à étudier ses œuvres et, en 479, il traduisit Jphigenie dont il admirait la beauté noble et classique.

L’Angleterre d’alors, qui appréciait surtout le roman fantastique d’Anne Radcliffe et que Matthew Gregory Lewis allait faire délicieusement trémir en lui racontant la terrifiante destinée du Moine, ne prêta aucune attention à harmonieuse voix de la prêtresse de Tauride.

La traduction de Taylor fut réimprimée à Berlin en 1794, mais passa inaperçue à Londres. Dans la suite, peut-être aigri contre Gœthe à qui il avait envoyé un exemplaire de sa production et qui omit de le remercier, en toût cas hostile aux “extravagances du Sturim und Drang, Taylor ne fut pas toujours juste pour l’auteur de Gætz et de Faust. Il a certes mérité, plûs qu'aucun autre à cette époque, de la littérature allemande, mais en fait il n'a pas beaucoup servi la cause de Gæœthe en Angleterre. Il ne goûtait guère en lui que le poète classique, et

il arriva même pas à faire partager ce goût à ses contémporains.

Il se rendait bien compte, comme en témoigne plus tard une

à + NOR RE GŒTHE EN ANGLETERRE

de ses lettres à Henri Crabb Robinson, que le publie RS n’était pas en état d’apprécier les délicates analyses d’Iphigénie

et du « Tasse », qu'il était trop préoccupé, dans ses lectures,

de l'utilité, de Porthodoxie, de la moralité, de la mode. « Nous n’avons pas de tolérance morale pour les fantaisies du génie, pas de tolérance intellectuelle pour les audaces de la philosophie. » Et si, d’autre part, son libéralisme accueil- -

lait les revendications révolutionnaires des Brigands et les ds

hardiesses morales de Stella, son souci de la forme condamnait le réalisme de Gœtz de Berlichingen et de Faust. Tandis que la critique de son temps résistait à Gœthe au nom de la religion ‘et de la morale, Taylor, l’ami de la Révolution, faisait des réserves au nom du classicisme. Ses articles de la Monthly Review (1790-1800) et du Monthly Magazine (à partir de 1809), articles qu’il réimprima, modifiés, dans son grand ouvrage ; Aperçu historique de la poésie allemande (1830), ne prêtèrent pas à Gœthe l’appui qu’on aurait été en droit d'attendre d'eux. Il. préféra longtemps Wieland dont il traduisit en 1795 les Dialogues des dieux et surtout Kotzebue qui, au dire de Robinson, lui paraissait vers 1800 « le plus grand de tous ».

Le 21 avril 1788, Henry Mackenzie avait prononcé devant la Société Royale d'Édimbourg un discours qui fit sensation : Compte rendu du theâtre allemand. 11 était, plus encore que Taylor à Norwich, le centre d’un petit cénacle littéraire, et ses paroles avaient impressionné l'étudiant Walter Scott. Ici aussi les Français furent les intermédiaires. En s'appuyant sur les éditions du Théâtre allemand [Friedel et Bonneville, Junker et Liébault] (1), Mackenzie avait surtout parlé de Lessing, de Gel-lert et de Weisse, un peu des drames de Gæœthe et assez longuement des Brigands de Schiller. Gætz de Berlichingen l'avait frappé par ses libertés scéniques toutes shakespeariennes et sa peinture historique : « Les manières simples, la fidélité, la rue la générosité ci chevalier allemand sont dépeintes en

(4) Nouveau Théâtre Alenene ou Recueil des meilleures pièces dramatiques, tant anciennes que modernes, qui ont paru en langue allemande, 1782 et 1785. Cf, F. BALDENSPERGER, Bibliogr aphie de Gœthe en France, P. 65.

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une série de scènes naturelles et variées. » Et c’est précisément cette qualité nationale, avait dit Mackenzie devant le jeune - Walter Scott, qui devait expliquer la popularité du drame en 1 Allemagne. L’orateur n'avait guère apprécié Clavigo, à part le dernier acte vraiment très pathétique. Quant à son opinion sur Stella, elle nous fait déjà pressentir les attaques postérieures de Are critique moins éclairée. Le drame, avait-il remarqué, se Si- . gnale par l’enthousiasme et la sensibilité raffinée que auteur à déployées dans les Tristesses du jeune Werther. Mais par ses con- clusions immorales, il est tout aussi répréhensible que le roman. Le héros ne doit-il pas, à la fin, vivre avec deux femmes qui ont également droit à sa tendresse?

- Les trois drames de Gæœthe, que Mackenzie avait, en passant, signalés au public écossais et que le Speculator avait favorablement appréciés en 1790, ne furent traduits que huit ans après. = HS passèrent presque inaperçus dans le pêle-mèle des pièces : allemandes qui vinrent, à la veille du nouveau siècle, encombrer la scène et la librairie londoniennes. Après les Brigands et - Émilia Galotti, Cabale et Amour fut traduit en 1795, Fiesco en É 4796, Don Carlos, Stella, Clavigo en 1798, Gœtz de Berlichingen en 1799 et les nombreuses pièces de Kotzebue en 1798 et 1799 (1). A l'importation de l’Allemagne s’ajouta bientôt la fabrication nationale. Le pathétique à bon marché, le romantisme de pacotille de la littér ature dramatique FANEYAEnE les objections de la critique. e Celle-ci confondait dans un même mépris toutes les productions allemandes et elle était heureuse, lorsqu'il s'agissait en outre de Gæœthe, d’ajouter à ses ironies des griefs religieux ou -moraux. Ainsi Gœtz de Berlichingen, Clavigo et Stella, les seules œuvres de Gœthe qui, avec Hermann et Dorothée, parurent en

(4) Traductions de Kotzebue, par Benjamin Thompson [Adelaide of Wülfingen, 1798; Ildegerle, Queen of Norway, 1798; The Stranger (Menschenhass und Reue): The happy family (Die Silberne Hochzeit). 1799: Deaf and dumb (Der Taubstuomme). 1801]. Traductions par Mrs Inchbald (Lover’s - wows: The Wise man of the East); par Mrs Plumptree (The Natural son: The Count of Burgondy; The Force of calumny ; set The Spaniards in Peru; The Virgin of the sun, 1799).

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Angleterre entre 1795 et 1820, restèrent enfouies pour le grand public sous le flot des mélodrames. Benjamin Thompson, le”; traducteur de Stella, publia en 4801 une édition du Théâtre allemand, qui comptait une quinzaine de pièces de Kotzebue, deux pièces de Schiller et une de Lessing. Et dans les revues où elles attirèrent l'attention, les œuvres dramatiques de Gœæthe furent. attaquées au nom de # morale ou critiquées au nom du bon goût. ù ; . Pourtant les traducteurs prirent leurs précautions. Fidèles à la tactique de leurs devanciers werthériens, ils voulurent piquer la curiosité du lecteur en donnant à Clavigo et à Stella l’estampille de l'aventure authentique. « Founded on fact. » Le savant Oxonien qui traduisit Clavigo exhorte dans sa préface « les amateurs de tendresse et de nature » à lire ce drame pathétique, régulier comme une pièce française, fidèle aux règles d’Aristote et en même temps sublime et fort comme le théâtre. allemand. Drame moral, ajoute-t-il, « puisqu'il nous avertit de ne pas nous laisser détourner du droit sentier de l’honneur, même par la voie persuasive de la plus réelle amitié ».

Le traducteur de Stella, Benjamin Thompson, déclare le drame fondé comme Werther « sur un récent événement ». Ce qui non seulement augmente l'intérêt, mais encore justifie l’auteur : il n'aurait, certes, pas inventé, pour le simple plaisir d'écrire, une histoire d’une moralité aussi douteuse. En effet, au lieu de finir par le double suicide de Fernando et de Stella, la pièce se termine par l’optimiste « mariage à trois ». En vrai gentleman, le traducteur à le souci excessif de l’étiquette et du bon ton; il laisse de côté l'entretien de Lucie et du postillon qui n'est pas « digne d’une lady » et il transforme les vulgaires « Eierkuchen », les « abgesottene Kartoffeln » en un respectable « homely meal ».

William Taylor fut favorable aux deux drames. Dans la Monthly Review de 1798, il jugea que Clarigo était « digne de l'Euripide allemand », mais il ne.dégagea pas, comme on aurait pu l’attendre, la tendance individualiste de ce drame d’opposition. De nombreuses scènes de Stella lui parurent « émouvantes », « exemptes de criailleries » et il se contenta d'admettre que la conclusion serait plus applaudie sur le continent qu'en Angle-

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