‹ Goethe en AngleterreChapitre 8 sur 93 · __ LA RÉACTION MORALISANTE · texte numérisé non relu

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terre. il reproduira plus tard, dans son Aper çu historique, son analyse de la première version de Stella, et Carlyle, ignorant le dénouement primitif, niera que la pièce « se termine tranquillement en bigamie (à la satisfaction de M. Taylor.) » En revanche le Monthly Mirror s’indigna. Tout en reconnaissant le langage . poétique et le charme de l’œuvre, il protesta avec véhémence contre l’immoralité allemande qui sacrifie tout à la passion. « Nous ignorons quel effet. cette pièce peut produire sur une scène allemande, mais pour nous, intrigues, caractères et sentiments sont de la plus immorale et monstrueuse nature qu'il soit possible de concevoir. » Et le critique se demande avec ironie pourquoi ces héros, si facilement ralliés à l’accommo- - dante solution, ne termineraient pas le tout par une danse?

Au fond, Stella suscite les mêmes attaques que Werther. C’est aussi un sentimental conflit intérieur, une tragédie domestique. Sur toute la pièce flotte une mélancolie werthérienne. L’amour des deux femmes, comme celui de Charlotte, est douloureux et résigné. Le style et le décor, l’ermitage dans le jardin et le début du cinquième acte, cette invocation à la nuit, à la lune sacrée et au tombeau, si empreinte de poésie nostalgique et de

romantique ferveur, rappellent irrésistiblement Werther. Le danger est le même, bien que les conclusions soient différentes. Lorsque Fernando rencontre chez sa maîtresse Stella sa femme abandonnée, il veut d’abord se suicider : solution qu’aurait peut-être acceptée, comme un inévitable pis-aller, la critique anglaise. Mais lorsque, abandonnant son projet, il consent à vivre, pour filer avec toutes les deux des jours variés et satisfaits, les honnêtes gens protestent contre tant d’impudeur. Deux femmes! c’est trop pour la coutume, surtout en Angleterre.

La réaction conservatrice était plus forte que jamais. « Le

respect de toutes les polices divines et humaines, les révérences

obligées au seul nom de Pitt, du roi, de l'Église et du Dieu biblique, l'attitude du gentleman en cravate blanche, officiel, inflexible, implacable, voilà, dit Taine, les mœurs qu’on trou-

vait alors au delà de la Manche... ; l'Angleterre se tenait roide, désagréablement lacée dans son core de bienséances. » La critique de Stella s’imposait.

Es

Ce furent les conservateurs F la politique qui fournirent cette arme aux conservateurs des bonnes mœurs. Les ennemis de la Révolution et du Sturm und Drang attaquèrent à à la fois la sentimentalité allemande et le républicanisme français. Les

patriotes anglais, secoués par la guerre et la terreur de l’inva- 6

sion, s'étaient groupés en 1797 autour du parti tory. Celui-ci mit tout en œuvre pour triompher, enrôla la littérature à son service et fonda une mordante revue de combat : V'Antijacobin. Elle avait pour mission de protéger les institutions existantes contre les nouveautés dangereuses, athéisme républicain et individualisme sentimental. Les drames du Sturm und Drang et Stella furent l’objet de ses attaques. Trois amis de Pitt publièrent dans l’Antijacobin une comédie satirique : The Rovers or the double entertainment. C’étaient Hookham Frere, Canning,

alors sous-secrétaire d’État; et son alter ego, le très littéraire

député George Ellis qui devint l’ami de Walter Scott et le soutien de la Quarterly Review. Canning, qui avait déjà raillé dans le même recueil les poésies humanitaires de Southey, dirigea maintenant ses attaques contre l’enthousiasme werthérien et les principes de 89. Cette parodie que donnèrent, en juin 1798, deux des derniers numéros de l’Antijacobin, est précédée d’une préface où s’explique le correspondant supposé. Pensant que le théâtre allemand reflète admirablement les idées révolutionnaires, un certain M. Higgins, à l'instar de Térence qui combinait souvent deux histoires de Ménandre, a composé sa pièce « d’après deux des drames les plus populaires ». The Rovers nous disent, nous le savons dès le prologue :

« How prime ministers are shocking things And reigning dukes as bad as tyrant kings… How two damsels with one lover live. »

« Comment des premiers ministres sont êtres répugnants, Comment les ducs régnants ne valent pas mieux que les rois tyranni- Comment deux demoiselles s'accommodent d'un seul amant.» [ques,

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