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LA VIE DE GOŒTHE

He | sophi que. Fe utilisa leurs ouvrages, et tout en étudiant à la

fois la vie du poète et ses écrits, il mit tout son talent à dégager son individualité. Le premier, il a fièrement ne devant la critique incertaine, la figure de Gœthe.

Aid ’est pas question ici de porter un jugement absolu sur

lœuvre de G. H. Lewes. De récents biographes de Gœthe, Bielschowsky, R. M. Meyer etc., bénéficièrent d’études et de - documents inaccessibles à Lewes. Mais, quelles que soient ses lacunes, l’étude de Lewes reste juste et vivante. Il n’est pas de

point essentiel sur lequel il se soit trompé, et si sa documen-

-tation n’est pas complète, son interprétation générale n’a pas

été discutée. Avec celles de Bielschowsky et de R. M. Meyer, sa biographie émerge encore au-dessus du flot croissant de la litté-

rature gœthéenne.

Ce qui nous intéresse ici, c’est ce qu’elle SPROTTE de nouveau pour l'époque. Il faut l’ ‘apprécier d’un point de vue historique. Depuis les essais de Carlyle, aucune étude d'ensemble n'avait paru en Angleterre. Cette Vie de Gœthe s’alimentait à des sources qui venaient d’être ouvertes; elle faisait connaître aux Anglais, et pour la première fois, toute sa carrière littéraire, Carlyle s’était appuyé uniquement sur Poésie et Vérité, Sarah Austin avait traduit les Mémoires de Falk et du chancelier de Müller, Oxenford, les Conversations avec Eckermann et Soret — connaissances fragmentaires qu’il fallait relier. Lewes sut fermer le cercle, en incorporant dans la chaîne de nouveaux anneaux. Carlyle avait adopté sans réserve les récits de Poésie et Vérité. Pour Lewes au contraire, l’autobiographie de Gœthe n’est pas la source principale, elle constitue un document parmi les autres et veut être corrigée, complétée par eux : là en ‘effet, dit Lewes, Gœthe nous parle beaucoup plus des autres que de lui. De plus, le spectacle des folies juvéniles et des passions éphémères lui apparaît brouillé par la brume des années :

« Jupiter, trônant sur l’Olympe avec sérénité, oublie qu'il fût jadis, avec les Titans, un rebelle. » Aussi Lewes fait-il appel à -

des documents plus vivants, à la correspondance de Gœæthe, si vive, si différente de ce complaisant arrangement : lettres à la comtesse Stolberg (1839); lettres aux amis de Leipzig (1849);

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lettres à. Rtne et à Charlotte (4854). Pour. Pépoque ‘de, : Weimar, Lewes mn — outre les Annales (Tag und Jahreshefte), les Communications de Riemer (4841) et les lettres de- : Gœthe, publiées par ses soins en 1846, le livre de Carus (1843), la correspondance avec Knebel (1851) et avec Charlotte de Stein (1848 à 1851). Qu’on ajoute à cela les recherches qu’il fit avec George Eliot en Allemagne, les informations verbales qu’il put recevoir. d’Ottilie, d'Eckermann, de Rauch le sculpteur, et les renseignements qu’il obtint par correspondance, et l’on reconnaîtra la valeur documentaire de son ouvrage. Pour enrichir son pays, Lewes explora la mine avec patience et serupule : il ne se contenta pas, comme Carlyle, d’en retirer, hâtivement, guidé par une intuition de génie, quelques lourds ét rayonnants lingots. | ÿ Il lui dédia son ouvrage : « A noue Carlyle qui; le es mier, enseigna à l’Angleterre le prix de Gœthe, en témoignage d'estime pour ses rares et nobles qualités. » Pourtant, il est difficile de trouver deux esprits plus opposés; au dogmatisme: étroit de Carlyle, Lewes oppose une tolérante universalité à son mysticisme ardent, un positivisme irréductible. Les sympathies de l’un vont au romantisme allemand, l’autre est attaché à l’idéal antique et au ciassicisme français ; la critique littéraire du premier est dominée par des préoccupations morales; le . second cherche dans l'écrivain, non pas le penseur ou le sage, mais avant tout l'artiste. Enfin Carlyle a le mépris de la science : elle est pour lui l’alliée des mécanistes, des athées et il ne s’occupe pas de Gœthe savant. Lewes est un physiologiste, et c’est à lui que revient l honneur d’avoir révélé la valeur scientifique: de Gœthe.

G. H. Lewes était, dit Arvède Barine, « un petit homme. chétif, tout grèlé de petite vérole. Ce qui lui restait de figure : était mangé par la barbe et les sourcils. Vif comme la poudre. gai comme un pinson, brillant causeur et esprit facile, c'était un touche à tout, faisant ceci, et puis cela, paraissant, disparaissant,reparaissant, réussissant, ne réussissant pas, et toujours.

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“ r de bonne énour Il it été commis négociant, étudiant en mé- - decine, philosophe, journaliste, romancier, auteur dramatique.

Il avait joué | les Arlequins dans une troupe ambulante. IL avait

scandalisé Édimbourg en faisant le matin une conférence à Pins. titut philosophique eten jouant Shytock le soir. Thackeray s’atten- - dait à le rencontrer un jour dans Piccadilly monté sur un élé-

phant blane, et tout Londres aurait trouvé cela aussi naturel que Thackeray. Il était de ces gens dont rien n’étonne, qui amusent

cn toujours, fatiguent souvent, que personne ne prend au sérieux

et qu’on ne peut s ‘empêcher d'aimer. » à

Tel qu’il est avec ses défauts et ses qualités, Lewes est mieux fait que Carlyle pour comprendre Gæthe. S'il n’a pas le génie aux divinations magnifiques, il a la pénétration et la souplesse. Ses aptitudes diverses, ses multiples connaissances, son expé-

rience lui permettent d'aborder Gœthe de tous les côtés. Il y à,

entre eux, des affinités profondes. Lewes est allé, librement

comme Gœthe, avec le même mépris des préjugés, vers les

problèmes de l’art, de la ‘pensée et de la vie. Il a pratiqué le culte de son esprit et a tendu, de toutes ses forces, vers l’uni-

versalité. IL a la culture nécessaire à celui qui veut contourner

le cercle des études de Gœthe. Comme Gæthe, il.est artiste et

Savant. Il n’a pas le génie exclusif et violent de Carlyle ; il a, par contre, une intelligence universelle, dominée. par le- ni. sens, orientée par le bon goût. IL embrasse tout Gœthe, parce - qu'aucun dogmatisme ne l'oblige à le découper, à isoler passionnément un aspect de son esprit. Autant l'interprétation de Carlyle est partielle et partiale, autant celle de Lewes est large et équitable. L'un s’était emparé du sage, l’autre nous présente successivement le révolutionnaire de Francfort et le- théoricien de l’antique, l'artiste et le savant, le penseur et l’homme.

- Carlyle est un mystique, Lewes un positiviste. Dans ses derniers essais sur Gœthe, Carlyle s'attache plus à la prophétie qu’au prophète, au message qu’au messager. Pour Lewes au contraire, l’homme passe avant l’œuvre, le héros est plus important que son caractère héroïque. Il s’agit moins d’interpréter la pensée que d’expliquer la personnalité. L’existence de Gæœthe est plus belle, plus riche que ses écrits, ou plutôt ses

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écrits ne sont grands qu autant qu’ ’ils participent à dre exis-

tence, et non parce qu’ils décèlent une inspiration divine. La

Vie de Gœthe est avant tout un essai de biographie positive et. d'explication historique. Gœthe plonge profondément dans son

milieu et dans son époque. Lewes reprend, non pas les termes /

. de Carlyle, mais ceux d’Emerson : Gœthe est « le grand poète représentatif du temps », « le secrétaire de son âge ». Pour le comprendre, il faut le replacer dans le milieu qu’ il exprime, et

Lewes accepterait plutôt la méthode de Taine que celle de Car

( lyle. Il est hostile à la critique allemande, faussée, à son avis, par la métaphysique et le romantisme. L’œuvre de Gœthe ne

= lui paraît pas un mystère qu’il faut déchiffrer. Là où elle est

mystérieuse, elle ne l’intéresse plus. Les « révélations » de Gæthe le laissent froid. Il admire sa personnalité, son humanité, son génie. Sur ses écrits, il fait des réserves. Son appréciation de l’œuvre est mesurée et saine; tandis que des biographes plus modernes se croient obligés de louer tout ce qui est sorti de la plume de Gœthe, Lewes est justement sévère pour cerlaines œuvres de vieillesse. Que lui importe la pensée, si Part est profané avec une « désinvolture » sénile?

Pour Carlyle, la forme n’a pas d'importance. Ce n’est qu’une apparence, un vêtement illusoire. Qu'elle puisse atteindre à la dignité immuable, à l'éternité d’un « style », c’est là ce qu’il ne soupçonne jamais. Il préfère la profondeur orageuse du roman tisme allemand à la beauté du classique français. Lewes ne partage pas son opinion. Il affecte un certain mépris pour la culture germanique, raboteuse et instable. Comme il l’écrivait en 1845 dans la Revue d’Édimbourg. il aime Lessing parce qu'il est « le moins Allemand de tous les Allemands ». Son chapitre sur . « l’école romantique » marque nettement ses positions : « La philosophie allemande a gâté la littérature, et elle à produit cette brillante erreur connue sous le nom de romantisme ». Lewes aime la sculpture grecque, il pleure devant les marbres . d’Elgin; les œuvres de Gœthe qu’il préfère, c’est JPhgente, ce sont és Élégies romaines, c’est Hermann et Dorothée.

Iphigénie n’est d’ailleurs pas, comme la dit Schlegel, une tragédie grecque. Qui ose parler, s’écrie Lewes, avant Nietzsche,

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ne calme des tragédies antiques ? C’est là une idée fausse. On a jugé les drames de Sophocle d’après les sculptures du temps de Périclès. Ils n’ont qu'une harmonie extérieure, un calme apparent; les masques des acteurs cachent toute expression, mais les âmes sont violentes et troubles, les sujets sont terribles. Folie, adultère, : vengeance, inceste, jalousie, meurtre partout. L ’Iphigénie de Gœthe n’est pas un drame, c’est un poème et c’est une œuvre d'art : « Le grand et solennel mouvement de son évolution. répond aux larges et simples idées qu’il déploie. » Comme un groupe de. statues grecques, un fronton de temple, cette œuvre a un majestueux repos, une parfaite unité. Rien ne semble « fait »; tout croît. et se développe lentement, musicalement. Rien n’est superflu, tout est organique. /phigénie n’est pas une tragédie grecque, c’est un poème ne) pp un poème chrétien.

Il était nécessaire d'attirer lattention de PAngleterre sur l’Zphigénie de Gæthe., C'était de toutes ses grandes œuvres la moins connue. La traduction de William Taylor, réimprimée dans son * Aperçu historique en 1830, la version fragmentaire de Felicia Hemans, publiée après sa mort en 1836, et celle de miss Anna Swanwick en 1843 étaient restées sans écho : le poète classique était ignoré. Ce. n’est pas l’un des moindres mérites de Lewes que de l’avoir révélé. Amené vers cette œuvre par ses préférences personnelles, il a voulu, en même temps, réparer une injustice. Les Élégies romaines sont, d’après lui, « les plus parfaits poèmes du genre dans toutes les littératures ». Vérité et style, émotion maïtrisée, c’est là ce qu’il aime surtout dans ces poésies voluptueuses, où il n’y a rien d’immoral parce qu’il n’y à «rien d’artificiel », parce que la forme est pure et le sentiment simple. La passion lui semble purifiée par lexpression naïve et sérieuse, et il cite avec plaisir la traduction de Théodore Martin :

« Blush not, my love, at the thought, thou yieldest so soon to my Trust me [think it no shame — think it no vilenessinthee.» [passion

Lewes consacre tout un chapitre à Hermann et Dorothée. Peu lui importent les discussions soulevées par la critique sur le « genre » littéraire. Qu’Hermann et Dorothée soit-une épopée ou

266 . : GOŒTRE EN ANGLETERRE È | = LI une oies c est « un poème plein de vie, de caractère et FA beauté », d’une matière et d’une technique simples, d'un styleriche et aisé, de toutes les idylles la plus idyllique, de toutes les. peintures la plus vraie. Le sujet plait à Lewes à causé de sa pure « humanité »; pas de déclamations politiques, pas de profes- . sions de foi, mais la vie, l’existence quotidienne, d’où monte l’éternel hymne de la famille et de Famour. La forme le séduit par son classicisme : « une histoire écrite en hexamètres homériques Ëe avec une homérique Simplicité. » Lewes analyse tout au long le poème : il ne semble pas connaître les traductions de William Whewell (1840) et de M. A. Winter (4850), et celle de T. Holcroft —-est justement oubliée. Ici encore, son livre comble une lacune. . Hermann et Dorothée n’a pas sollicité l'attention de la critique, depuis les jours où William Taylor fit l’é éloge de cette « épopée à bucolique qui jouit en Allemagne d’une popularité nationale » Le classicisme de Lewes le rend impitoyable pour les dofaats . forme : Un drame doit être construit, un roman doit être composé, et c’est au nom de l'unité qu’il adresse à Gœthe ses plus durs reproches. Gæœthe n’est pas un dramaturge : tantôt tumultueux et incobérent, tantôt lent et complaisant, il n’a pas le sens du théâtre, il ne sait pas écrire une pièce (1). Gwtz de Ber- : lichingen est une « chronique » pathétique et mouvementée, bien inférieure aux constructions de Shakespeare. Clavigo n’est guère ‘que le « mémoire » de Beaumarchais, corsé par une conclusion extérieure et mélodramatique. Stella est « une pauvre production », « un faible drame», doté successivement de deux He ON médiocres. Eionl n’est pas plus férmement établi : conçu à Francfort, terminé en Italie, il est disparate et. inégal. Le Tasse « est une série de vers parfaits », ce n’est pas un drame : nous sommes spectateurs d’une maladie, non d’une action. La Fille naturelle est aussi riche en symboles que pauvre : en intérêt. Ni la vie, ni la pensée ne peuvent se passer de la forme : l’œuvre d’art est à ce prix.

(1) Les Œuvres dramatiques de Gæthe furent publiées en 1850 par la librairie Bohn. Elles contiennent Gœ{z de Berlichingen, trad. par Walter Scovr,

sue Iphigénie, Tasso, Egmont, trad. Hp SWANWICK, Clavigo, trad par E. À. Bowkinc.

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Lewes Critique également, ‘dans les romans de Gœthe et ses. œuvres en prose (1), la négligence du récit et. l'incohérence du développement. Le, Voyage en Ltalie est « un livre décevant » qui n’a « ni le charme d’une collection de lettres, ni la solide excellence d’un ouvrage réfléchi ». Les Affinités d'élite pou-. “vaient faire une nouvelle : la nouvelle a ne les proportions : d’un roman et le journal d’Ottilie n’est qu’une digression ennuyeuse. Les Confessions d’une belle âme entravent de même la

marche de Wilhelm Meister. Quant aux Années de voi yage, elles

forment « une collection d’esquisses et d’études, souvent inombsiss et parfois indignes d’être complétées. C’est inintelligible, fatigant, fragmentaire, fastidieux, et souvent mal écrit ». Édouard Irving a dit qu’il y avait plus de vraie religion

dans l'épisode des Trois Sages que dans tous les écrits théolo-

giques du temps, Carlyle a noté la profondeur de certaines

pages; mais de beaux passages, dit Lewes, ne font pas un

livre. 1l y a, dans la fabrication hâtive de ce volume, « une impertinence à l’égard du public ».

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Carlyle avait révélé le sage, le penseur ; Lewes cherche à dé-

finir l'artiste et le savant. Sans doute Gæthe n’a pas afteint tou-

jours la perfection formelle, mais il est pourtant et avant tout

‘un artiste, parce qu’il a toujours subi la tyrannie de l’art, parce

qu’il a, «sans hâte et sans trêve », créé de la beauté, parce qu'il

a voulu pétrir et modeler la réalité, mettre la vie en formes, faire

avec son limon des statues éternelles. Carlyle n’a pas assez insisté sur la nature artistique de Gæthe et c’est là la nouveauté du livre

de Lewes. Pour Carlyle, Gœthe est un semeur d’idées. Lewes est

peu sensible au contraire à l’enseignement des drames ou des romans. Illes considère en premier lieu comme des œuvres d'art, et c’est au nom de l’art qu’il les admire ou les critique. C’est ce qui explique son appréciation de Wibien Meister et de Faust.

AE Le Voyage en Italie fut publié dans l’Autobiographie de SRE trad. . J. W. Mourison, Bohn, 1849; les Affinités électives, traduction un parurent chez Bon en 4864.

. Les six premiers livres de Wilhelm Meister et le Prenier Faust à sont de purs chefs d’œuvre. Lewes rejette avec dédain l’interprétation de la critique allemande. Il les explique, non par l’idée, mais par la vie. A la critique philosophique il substitue la critique biographique. Wilhelm Meister fut commencé avant le Voyage en Italie, alors que Gœthe se consacrait aux représentations dramatiques de Weimar. Directeur de théâtre, régisseur etacteur à la fois, il n’avait pas d’autre intention que de peindre la destinée d’un comédien et d’en préciser l'esthétique. Intuition remarquable qui devait être confirmée par la découverte de la Theatralische Sendung ! C’est seulement plus tard que Gœthe eut l’idée de donner à son roman une portée symbolique, que se dessina la théorie de la culture et de l'éducation, et qu'il inventa « l'alliance spirituelle » qui protège Wilhelm Meister. Lewes rappelle cet aveu de Gœthe à Eckermann, à propos de Wilhelm Meister : « Une vie riche et multiple, placée sous nos yeux, serait suffisante en soi, sans aucune tendance définie, ce qui, après tout, n’intéresse que l'intelligence. » Les derniers chapitres où s’exprime la théorie de l’éducation, et qui paraissaient si importants à Schlegel, sont pour Lewes les plus médiocres. Ce qu'il admire le plus au contraire, c’est la première partie, l’odyssée des comédiens. Tous ces personnages le retiennent par leur finesse et leur vérité; Aurelia, Mme Melina, Philine surtout, « la plus originale et la plus difficile création du livre ». Il est séduit par la poétique beauté de Mignon et du joueur de harpe. Ces caractères qui nulle part ne sont décrits, mais se révèlent progressivement eux-mêmes, forment un contraste frappant avec les pâles figures de l’abbé, de Thérèse et de Natalie. Dans les Années de voyage, la vie est remplacée par Pabstraction, l’homme est sans passion, le style sans couleur, « la famille mystérieuse de la Tour est une absurde mystification »..Les Années de voyage, sont un crime contre l’art, et peu importe leur sagesse! Là où l'artiste qu'il aime est inférieur à lui-même, Lewes est impitoyable. Il admet qu’une morale se dégage lentement d’un livre, mais il proteste contre une prédication qui s’étale aux dépens de la vie. Ce qui le frappe dans les Années d'apprentissage, c’est ce que Novalis appe-

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