‹ Goethe en AngleterreChapitre 9 sur 93 · LA RÉACTION MORALISANTE TE · texte numérisé non relu

LA RÉACTION MORALISANTE TE

. Ils ent surtout Cabale et Amour et Stella, mais le second acte s'inspire aussi du Comte Benjowsky (1). La satire destinée à . Gœthe, dans VAntijacobin, est d’ailleurs très nette, elle est tout entière, ou à peu près, dans les deux Pierres scènes, œuyre , de Hookham Frere.. os Le décor du premier acte Dir comme tre Stella, une : auberge de gros village qui se gratifie du nom d'hôtel de la Poste. Nous sommes à Weimar. Le parodiste nous décrit minu- tieusement le prosaïque « bar- room », où il y a, sur le comp- toir, des gelées, des confitures et un reste de poulet froid. Mathilde (Cecilia) descend de la voiture de poste et demande aussitôt à diner. Impossible avant deux heures. Alors la sentimentale Allemande se met à soupirer « avec un regard. qui exprime sa déception » et s’abandonne à des envolées sur son amour perdu. Hélas! en matière culinaire les changements sont possibles et même recommandés : « Le bœuf de demain succédera au mouton d’aujour@’hui, comme le mouton d’aujourd’hui à succédé au veau d'hier. Mais lorsqu'un cœur a été une fois possédé par un objet aimé, c’est en vain que nous chercherions à combler le vide par un autre. » Le cor du postillon retentit. Une autre voyageuse, Cecilia (Stella) entre dans l’auberge.

Elle se répand en comparaisons lyriques sur le beau temps présent et le premier amour. Mathilde ne laisse pas échapper | cette occasion de vibrer à l’unisson d’une âme sœur et invite Vétrangère à diner. Toutes deux s’exaltent et chantent à l’envi le duo des amoureuses délaissées. Elles s’embrassent, se jurent éternelle amitié (2) et se déclarent trop émues pour goûter au gigot, garni de choucroute et de compote de prunes. Alors paraît Casimir (Fernando). Comme Werther, il porte « un habit bleu clair avec de larges boutons de métal » et les cheveux liés à la catogan. En apprenant que Mathilde est là, il l'invite aussi à diner et embrasse le domestique dans un transport de joie et de philanthropie. Le troisième acte n’est pas écrit. IL contient

(4) De Roebue: ; (2) Maraizne. — À sudden thought strikes me. Let us swear an eternal

friendship.

CS — Let us agree to live together.

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simplement, disent les parodistes, « les écisireiséments et Vars rangement final entre Casimir, Mathilde et Cecilia » et « res.

semble de si près au dernier acte de Sella, que nous renonçons

à le mettre sous les yeux de nos lecteurs ». Au cours du qua-

trième acte, Casimir rencontre son vieil ami Beefington. Affligé

de ses deux épouses, il se plaint à lui de son « esclavage domestique » et il lui raconte comment il fit la connaissance de

Mathilde, dans une chaumière de paysans, alors qu’elle distri-

buait des tartines aux enfants pauvres. « Nous pleurâmes, nous

nous embrassâmes et nous retournâmes ensemble à la maison :

elle devint la mère de mon Pantalowsky (ravræ, love). »

Comme on le voit, Werther partage encore avec Stella la satire

de l’Antijacobin. L’exaltation des héros gœthéens devient aisé-

-ment ridicule dans une atmosphère aussi prosaïque. Le détail vulgaire ou même quotidien, la description réaliste de la cui-

sine, les préoccupations matérielles de ces rêveurs qui .n’ou-

blient pasle « toasted cheese », tout cela forme avec leur lyrisme

un contraste outré et d’un comique facile. Les parodistes attei-

gnirent leur but et les puritains leur surent gré d’avoir raillé

cet immoral M. de Gœthe qui avait osé donner à un conflit

domestique une solution peu rassurante dans son inattendue

souplesse.

Walter Scott publia l’annéé suivante, à Londres, avec une préface historique sur la chevalerie allemande, sa traduction de. Gœtz de Berlichingen. À peu près en même temps, paraissait à Liverpool celle de Miss Rose d’Aguilar. La première, en général d’une belle allure épique, omet toutefois quelques passages qui auraient pu blesser la pruderie anglaise ou alarmer les pré- | jugés conservateurs. Elle atténue l’expression passionnée des - amours coupables qui lient Franz et Adélaïde, elle supprime les” irrévérencieux propos du bouffon Liebetraut sur l’origine du jeu d’échecs, inventé pour distraire un roi faible d'esprit. L'autre version, plus inexacte, révèle les mêmes scrupules } oli- À tiques et contient une description très romantique de la ruine où se réunit, la nuit, le Tribunal secret. Un médiocre roman,

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un Don traduit de l'allemand, avait déjà révélé à l'Angleterre la Dre? procédure de la Sainte-Vehme, et la. bonne demoiselle s’en est inspirée dans ses remarques scéniques pour augmenter par un impressionnant clair-obscur ROM de la funèbre séance. FAQ Ces traductions n’eurent aucun succès. L’Antijacobin Fi - de juillet 1799 trouve très osée la comparaison déjà établie entre Gœthe et Shakespeare et rapproche la sauvagerie des paysans « des outrages des régicides français et des insurgés ‘ irlandais ». William Taylor s’offusque, dans la Monthly Review, de la fréquente trivialité qui dépare cette œuvre complexe, et il . souhaite au théâtre allemand de viser à la simplicité des Grecs. Seul l’éphémère German Museum reste favorable au « célèbre auteur de Gœtz de Berlichingen ». La pathétique histoire d’Allemagne ne parvient pas à émouvoir les Anglais et la belle traduction de Wallenstein par Coleridge, en 1800, ne trouve pas plus d’écho que l'appel de Walter Scott en faveur de Gœæthe. On réagit en Angleterre, au nom de la morale, contre le- drame bourgeoïs et sentimental; on réagit, au nom du bon goût, contre le drame historique. William Preston, versifica-. teur irlandais et partisan des classiques, attaque violemment en 1802, dans une revue jusqu'alors libérale, l’Edinburgh Magazine, le naturalisme de ce théâtre « cannibale » où règnent la terreur et le crime. Il reproche à Gœthe « le style sentimental », « la rage d’être naturel à tout prix » et il s’écrie : « Aristote réclame que les mœurs de la tragédie soient vertueuses.. Avec quels sentiments Rousseau aurait-il lu les pièces. de Gæthe et de Schiller? » Il rend Gœthe responsable de toutes les libertés du théâtre allemand, il l’accuse d’avoir porté grand préjudice au goût national. « Gœthe peut être appelé le père dramatique de Schiller et le grand patriarche de cette écoled'horreur et de sauvagerie. » Preston va même jusqu’à s’effrayer des desseins de la Providence, car peut-être ces goûts sanguinaires, répandus par la Révolution française, sont-ils avantcoureurs de « quelque étrange convulsion morale et politique »? | Les protestants loyalistes s’émeuvent, en eflet, d’une-pièce-

comme Gætz de Berlichingen qui évoque la farouche beauté de la guerre civile. Qu'on songe à l’état de l'Irlande à cétte époque!

Les Irlandais-Unis organisent militairement quatre provinces . et créent un Directoire central qui demande des secours à la

France. L'’insurrection éclate à Dublin, et les Anglais flétrissent cette révolte de l’Ile-sœur, cette alliance des catholiques rebelles - avec les jacobins. Les jeunes gens qui propageaient les idées françaises et les doctrines de Godwin s’assagissent rapidement. ; Coleridge qui, dans ses « Sonnets » du Morning Chronicle, avait attaqué Pitt et chanté La Fayette, Southey qui avait écrit avec lui la Chute de Robespierre et fait de Jeanne d’Are une républicaine, Wordsworth, Campbell et leurs amis se détacheront vite d’un : mouvement qui aboutit, en France, au despotisme militaire.

De leür côté, les prudents descendants de Pope et les survivants du classicisme frémissent aux approches d’une romantique levée de boucliers. A la fin du dix-huitième siècle, le. moyen âge historique et légendaire ressuscite. Thomas Percy avait remis en vogue la ballade, Robert Burns avait ramené la poésie aux sources populaires. Et si Mâtthew Gregory Lewis, pas plus qu’Anne Radcliffe, n’a le sens exact de l’histoire et de la couleur locale, en revanche il commande à un monde extravagant et fantastique et il préside à sa façon à la formation au romantisme anglais.

Il apporte aux jeunes écrivains ce qu'il tient net de Gœthe : la baguette magique qui conjure les esprits, et la ballade, la clé d’or qui ouvre les portes du mythe. Qu’arrive maintenant Walter Scott, attiré par le moyen âge historique de ‘Gaœtz de Berlichingen, qu’il se mette à l'étude du passé avec son infatigable curiosité et sa poétique intuition, et le romantisme tout entier surgira dans un fracas d’armures et de hallebardes. -

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