LE MAL DU SIÈCLE. TS
appelé le vague des passions, vers la fin du dornier siècle. Celait, il me semble, à bien des égards, le contraire de la lassitude et de la saliélé. C 'était plutôt une aveugle impatience de vivre, une attente fiévreuse, une ambition prématurée d'avenir, une sorte d'enivrement de la pensée renaissante, une soif elTrénée de l'flme après le désert de l'Empire. ^ Tout cela joint à un désir consumant de produire, de. créer, de faire quelque chose, au milieu d'un monde vide encore. Ceux que j'ai interrogés plus tard sur ces années m'ont dit avoir éprouvé quelque chose de pareil. Chacun se croyait seul comme moi : chacun pensait, rfivait comme dans ime Ile déserte. La force renaissante du siècle les travaillait tous en raOmc temps, et ils éprouvaient les douleurs de la croissance morale qui percent jusqu'aux os. Que de plaintes furent alors exhaléesl Que de larmes sincères furent versées' !... » Plus saisissante encore est la Confession d'un enfnnt dirsièclc, cette plainte d'un des plus vibrants d'une « gënéraïion ardente, pale, nerveuse », mise au monde par les femmes des soldats de l'Empire. A la Restauration, ôcrit Musset, >' trois éléments partageaient la vie qui s'offrait aux jeunes gens i derrière eux un passé à jamais détruit, s'agitent encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l'absolutisme; devant eux l'aurore d'un immense horizon, les premières clartés de l'avenir; et entre ces deux mondes quelque chose de semblable à l'Océan qui sépare le vieux continent de la jeuue Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine oii par quelque navire soufflant une lourde vapeur; lesièele présent, en un mot, qui sépare le passé de l'avenir, qui n'est ni l'un ni l'autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l'on ne sait. A chaque pas qu'on fait, si l'on