‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 12 sur 52 · LE MAL DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE MAL DU SIÈCLE

petit livre de Goethe. La pièce que joue Potier aux Variétés en 1817 n'est pas seule à tourner en ridicule la langueur werthérienne. En 1819, la Porte- Saint- Martin donue le Jeune IVerlker ou les Grandes Passions de Désaugiers et Gentil. Charlotte est ici, non plus une aubergiste, maïs la ferarae d'an épicier-droguiste : et c'est elle qui sert h Werther la mort- aux- rats qui mettra fin à ses soufTrances, d'où un aiïrcux calembour dans les adieux du héros :

ijunnd demain le jour va renaître, La mort aura... la mort aura.,..

La morl aura fini mes maux!

Repris en 182b aux Variétés, cet acte y avait été précédé, d'abord par le Werther de Duval et Rochefort de 1817, puis par un llelour de HVrMer, ou les Derniers Épanchemenls de la sensibilité, comédie oii Duvai développa, en 18^0, sa parodie antérieure. Albert était toujours l'aubergiste du Blanc-Cerr, dans un village voisin de Munich ; et Charlotte songeait encore, après dix-neuf années, à son cher Werther :

L'amoureux d'anlan, lui aussi, continue à chérir son souvenir; mais, s'arrétant dans ce village, il aperçoit Albertine, la fille de Charlotte, s'éprend d'elle à l'instant et voudrait parlera l'ancienne aimée de l'aimée nouvelle. Albert l'en dissuade : « Ne la désabuse pas, laisse-lui croire que tu l'aimes toujours. » El Werther : •• Si ça vous arrange tous deux, je le veux bien.... '>

Cependant la mélancolie des jeunes hommes continue à s'enivrer des effusions de cet amant que bafoue ainsi l'ironie du boulevard. « Tant que je vivrai, écrit Lamarlin e en tète des Méditations poétiques, je me souviendrai de certaines heures de l'été que je passais couché sur l'herbe ou dans une clairière des bois... et de tant de soirées d'automne ou

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d'hiver passées! à errer sur les collines, tléjà couvertes de 1 brouillard et de givre, ajrec Ossian^ ou Werther pour com- j pagnon^." Le ti^moignage immédiat de sa correspondance ' confirme ce souvenir du poi-le. » Je viens au=sî de lire Werther, écrit-il^ le 9 novembre 1809, à Aymon de Virieu : il m'a fait In chair de poule, comme tu dis. Je l'aime pas mal non plus. Il m'a redonné de l'Arae, du goût pour le travail, le grec, etc. Il m'a aussi un peu allristé et nssonibri. Mai» vivo celte tnslesse-là! c'esl celle que .Montaigne aime tant. « Et, le 30 septembre 181U : u Voici l'automne : c'est le temps'Oùjê deviens amoureux, mélancôTiquo, rûveur, ennuyé de la vie; c'est le temps où je lis Werther, et où je suis souvent tenté d'imiler col aimable et malheureux héros ' (lu roman, » Parmi les futurs écrivains du romantisme, c'esl en parliculîer chez ceux qui vivent en province, avec un décor rustique autour d'eux ou dans les environs, que se rencontrent du semblables témoignages. « Quand j'étais un jeune écolier stéphanois, dira plus lard J. Janin, rêvant aux paysages de Virgile en plein jardin de racines grecques,... il n'y avait dans la ville que deux endroits oii l'écolier pût lire à son aise les Pmsiom du jeune Werther.... ■• Sainte-Beuv e, relracaul sous les traits de Joseph Delormc une bonne part de confidentielle autobiographie, décrit ainsi sa l'éveric et ses lectures : « Il s'asseyait contre un arbre, les coudes sur les genoux et le front dans les mains, tout entier à ses souvenirs, et aux innombrables voix intérieures.... parfois, seulement, de ces lectures vives el courtes i{ui fondent l'ftme ou la brûlent; tojis les romans de la famille de Werthrr et de Dt-lphine : le Peintre de Sahbourg, Adolphe, fieni, Edouard, Adèle, Thérèse Aubert ot Vrilr'rie... i>. — multiple écho d'un mflme gémissement qui venait éveiller une ôme prête à gémir à son tour. Associant la douloureuse préoccupalion de la cnrrière à l'inquiétude pluH gi^nérule du mal du siècle, le jeune Edgar Quinet, en

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