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1res monographies Je vies monotones, mais iolérieuremenl agilées, bien d'aulres Gelions metlanl en scène !e trio du mari, de la femme et de l'amant. Le suicide ne les dénouera pas toujours, tant s'en faut : la religion, comme dans VArlhur de GuUinguer ou dans Votitpt'-, recueillera ces cœurs inassouvis; dans le Jacques de George Sand, le sacrifice héroïque du mari dénouera la douloureuse complication 0(1 se déhatlnnt les âmes.
On songe encore h llerl/i^r fjuand l'écrivain présente au lecteur une mt^lancolie de jeune homme plovant sous l'oppression de la destinée contraire, un chercheur d'idéal heurtant du Front les étoiles et Iréliuchant dans la vie, un grand talent, un génie ignoré se repliant douloureusement devant l'indilTérence du monde. Car ceux-ci ont aimé sans doute, dans la confession du héros de Goethe, celte indépendance ombrageuse qui lui Taisait préférer l'inaction la plus périlleuse à une aclivilé qui risquait d'Être accompagnée d'humiliations. Chez quelques-uns de ces méconnus, l'idée de la « fatalité ■• du génie exacerbe encore la souffrance causée par le sourd dédain du siècle pour les ômes supérieures. Le Clialterlonjlp Vigny , est la pers onnifi cation de ce type, où l'amoureux désespéré s'cITqce derrière le^éiiTêTgnôré : et le Torqualo Taaso de Goethe, sorte de Jean-Jacques ou de Gilbert détianl et soupçonneux, a sans doute contribué dans quelque mesure à déterminer la psychologie du poète qui ne trouve point sa vraie place ici-bas. Ce n'était nullement l'amonr, selon l'auteur de Slello, qui nous intéressait dans Werther, Paul, Roméo, Desgrieux, mais le malheur; et Vigny songeait dès 1832 à peindre, tel qu'il l'imaginait, le jeune homme entraîné vers le suicide non par dépit amoureux ou par lassitude et désenchantement philosophique, mais par le sentiment que la société n'avait pour lui ni sympathie ni intelligence — ni véritable emploi, en somme. " Je ne demande à la
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société, écril-il, deux ans plus tard, dans sa Dernière nuit J de travail de Chatterton, que ce qu'elle peut faire. Je ne la prierai point d'empécher les peines de cœur el les infortunes idL'aleR. de Taire que Werther et Saint-Preux n'aiment ni Charlollc ni Julio d'^langes; je ne la prierai pas d'empôcher qu'un riche désœuvré, roué et blasé, ne quitte la vie par dégoât de lui-même et des autres.... Mais on pourrait ne pas laisser mourir celte sorte de malades.... : ces jeunes désespérés qui demandent le pain quotidien, et dont personne ne paie le travail.... »
Le Joseph Delorme de Sainte-Beuve se rattache à la même lignée : " Werther jacobin et carabin », disait GuizoL, mai« aussi Werther soulTroteux et pauvre, flme dépareillée de poêle par surcroît; et aussi l'Élie Mariakev de Houlay- Paty, dont la morbidesse, si étrangement dolente, confine si souvent à la pathologie, et qui ne cache pas son admiralion pour SOS modèles :
El déjà Doue causions des lettres de Werllier, De Vali^rie aussi (Madame KrQdener, Cette femme inspirée), el puis du vieux Goethe Dont la [ii'osG csL encorii une œuvre de poËte....
d'autres mélancoliques encore, révoltés sans grande énergie, qui sont de môme race, quoique parfois de condition différenle. L'Edouard de Mme de Duras est un plébéien. Bénédict, dans la Valenimc de G. Sand, se révolte contre la médiocrilé de son sort paysan qui ne répond point j\ l'élévation de son flme éprise d'idéal ; Louis Lambert est <i toute une flme capUve ■■, dit Balzac lui-même, alors que Werther est ■■ l'esclave d'un désir » ; c'est pourtant, à un degré réduit, une mélancolie analogue qui pénétre la plainte de l'amoureux de Charlotte el •• ces douleurs d'un pauvre enfant aspirant après la splendeur du soleil, la rosée des vallons et la liberté... >> Le précédent de Werther, devenu le roman classique de
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l'amour scnlimenlal, esl invoqué aussi quand l'expression de la passion prend quelque chose d'exlaliquc el de douloureusement frémissant chez un personnage qui peul ûlre, quant au reste, plutôt actif et vaillant, violent m^nie el impérieux plutôt qu'éploré et larmoyant. L e l obe (ail remarquer (2 mars 1820] que le Bug-Jar^jal dressé en pied par Hu^o dans le roman de ce titre est à la fois « amouivux comme Werther, grand cL forl comme Hercule •>. « C'est WêrlRër en chapeau goudronné >i, s'écrieni les hêbals, le 30 janvier 1832, à propos du nautique héros d'un mélodrame joué à la Gatté. Il y a, de même, combiné à des éléments tout dill'érenls, parfois presque incompatibles, du werlhérisme dans la nuance ombrageuse de l'amour chez Octave de Haliverl, le héros de IWrntunee de Stendhal, dans le Didier de Mnnon Delorme, et chez ce véhément Àntony de Dumas, qui joint le blasphème d'un Franz Moor aux délicatesses de Werther. Co n'est guère que dans des œuvres aussi germaniques de psychologie, de décor et d'accent que Sous les J'itteulsd'A. Karr, qu'il pourra y avoir concordance vérilable enlrc ce werlhérisme en amour et le reste des caractères : et ici les figures de femmes rappellent encore Charlotte, tandis que dans la plupart des autres œuvres qu'a touchées, à ce moment, l'influence plus ou moins directe de H'erlher, les héros masculins surtout ont reçu quelque héritage du traditionnel amoureux à l'habit bleu barbeau.
Assurément, l'adoption de Werther par la pensée française, autour de IH3I>, ne va point sans mainte limitation : il esl certain que, dans Werther, l'âme inassouvie qui sent vivre en soi l'univers, l'être cluniérique qui, même si Charlotte n'existait pas, se tuerait encore par amour de l'idéal et dégoût du réel, a moins conquis la plupart des lecteurs qu'une certaine manière de comprendre l'amour. Mais c'est là une déformation légère, presque insignifiante à cûté de
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celles que subissent communément, pour payer leur nal roliRation, des l-jpus empruntés à des lillératures étrangères. Dans ce domaine puremenl Kcnlimenlal, du moim Werther semble déHnilif. Il est, dit Balzac, du nombre dei œuvres " qui vous donnent ta c\i de presque toules les sifuations du cœur humain enitmour' «.Th. Gautier, i la Préface de Mlle de Maupin, attribue au roman de cœur, ' au roman •■ ardent et passionné >i,pour père Werther l'Allemand, pour mère Manon Lescaut la Française. L' amour j la Werther s'oppose, selon S tendh al, à l'amour àj.ajipn i Juan; et" l 'amou r h la Werther ouvre l'Ame à tous les arUi^ . k toutes les impressions douces et romantiques, au clair de 1 lune, à la beauté des bois, ^ celle de la peinture, en un motj au senliment et à la jouissance du beau... ». Si bien que ce nom — comme celui de Don Juan ou de Lovelace, — ce nom d'un héros étranger en vient & prendre la valeur d'une sorte de terme générique, comme dans ces vers :
La^hantise de Werther, considéré comme le parfait amoureux, est surtout discernable chez les poètes de 1830. Ils comprennent le fétichisme dont les jeunes Allemands de 1771 se rendaient coupables :
nous dit un sonnet de Boulay-Paty ; Th. Guiard associe le dénouement du roman de Goethe à une heure de rêverie h deux :
Et nos yeux s'égaraient dans les champs de l'Ëlher, El lu rAïDis. — Et moi je pensais à Werther Cliargcant l'Aroe falsle, cl prianl pour Charlotte.
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Musse t, plus lard, remarquera
Qu' il Kc console de Werllicr Avec la reine tfc 'N'àvarre ;
mais, en pleine crise de passion frémissante, dans ce même mois de mai 1834 où il confesse à George Sand qu'il « a bien envie d'écrîfe noire histoire », il lui dit aussi : « Je lis Werthur et la Nniivelle Héloise. Je dévore toutes ces folies sublimes dont je me suis tant moqué. » Encore s'il s'en moquait, au temps de sa jeunesse gamine, il en avait tiré le thème de celle fervente invocation à l'éloile de l'amour :
par où débutait la dernière lecture d'Ossian que Werther, déjà résolu à se tuer, fit à Charlotte, anxieuse et Iroublée. Voici donc Werther devenu surtout, autour de 1830, non plus l'honirue de la nature irrité de la société, le bourgeois délîcal soulTrant de venir trop lût dans un monde Irop vieux, ou l'égoïste poussant jusqu'au suicide ladoralion de soi, — mais Je séduisant modè[c^des^cœur8 qui sont toulà l 'amou r, qu j vivent d e lui et pourjui, et auxquels répugne la fai^on ordinaire et bourgeoise de considérer les choses du sentîment. Or c'est ce représentant des amours de romans, ce type d'une espèce d'flraes que le bon sens rassis juge dangereuses et décevantes, qu'une partie de la littérature d'alors, porte-paroles de la raison bourgeoise en face de l'exaltation romanesque et de la fantaisie artiste, s'ingénie çè et là à déprécier. Un livre de 1827, Célestine, vu CHéroine eU roman, par Dalhan, imagine « une jeune personne pleine de sealiments élevés, qui vit avec des héros de romans, entretient avec eux d'aimables relations, leur parle, leur écrit .1. Parmi d'autres personnages échappés aux fictions célèbres, Werther traverse laclion de ce livre; et, dans une
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des dernières lettres, une amie de Célestîne lui annonce le suicide du malheureux, en s'élevanl conlre l'exlravagance chimérique d'un tel acte. " La nature n'a pas placé le bonh eur si loin de nous. Je l'ai toujours dît : on n'a à se défier que de son cœur,... Une chose pitoyable! Un fou qui se lue pour une femme, et qui la couvre A jamais du ridicule d'un pareil scandale I n
Cette mOme année 182", une pièce de vers d'un auteur nommé Flandon du Thcil mettait en scène une jeune Bile que les livres oii l'amour s'exprime en un langage exalté — et Werl/nT est du nombre — précipitaient à sa chute :
Elto a lu Hon olbum, où la mélancolie ïraço Ica noms louchants de Werllier. de Julie, Se croit uno IK'loTsi^, et pleure cha<iui; aiuanl L'un \irb» du précipice, el l'autre au moimmcDt; Sa pilniL- i>ti un ulialet, clans un cloître soupire, Se mire au iKird du lac, tombe dons le délire; Et, suppliant l'amour de couronner ses feux, Dans son maitre ù danaer voit un autre SaJnt-Preux.
Le Ihéûtre bourgeois s'inquiète, de mCme, de l'influence néraste exercée sur de Taiblcs imaginations féminines par ci'l amoureux surgi des pages d'un roman, cl qu'il n'est guère prudent de prétendre rencontrer dans la vie réelle. Dans un drame de Labrousse et Brot, Julielle, donné à l'Ambigu en mars iH3i,une lecture trop crédule de Werther nvuil les conséquences les plus tragiques pour Julielle de Lamarre. Lo méuie charme dangereux émané de ce roman Bgifsail , dans ^tifi fl/w'c ou wokWj' de Scribe et Dumanoir ((îjmuaiie, IHUri). sur Clotilde, la jeune femme du notaire Uoiuiivi'L : mariée au sortir du couvent, impatiente de rcncotilriT un homme qui, mieux que son mari, Répondit au liéro» de kch leeliirc», elle finissait par comprendre que les gruiidfM jihra»e8 des amoureux sont de simples moyens de réduction, non l'expreH^ian d'une Ame supt'ricure et d'uu cii'i»- rare, tl'éluil " WerlIiiT dt'inusqué -, Wertlier ramené