‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 16 sur 52 · LE MAL OU SIECLE · texte numérisé non relu

LE MAL OU SIECLE

cation qui resle idéale, même daos ce qu'elle a de monstrueux ».

Aussi Werlher reate4-il un livre-type, même après le romantisme, mOme quand la rêverie éplorée a cessé dêire à la mode; les jeunes sensibilités peuvent continuer à s'en émouvoir; en revanche sa valeur significative est restieinte et ne touche plus désormais des générations entières.

Il y a longtemps d'aillcui's q^iie, dans le langage courant des journaux et des revues, la bana^lejjériphrase.consaçiée par un demi-siècle d'usage, l' uuCeitr de Werth er, a été rem-^ plac ée par cel te autr e expression, l'aviKwj^^j^t. t'i^g^ vers 182Hj au moment où le petit roman de 1773 perdait jé de son efficacilé actuelle, q ue s'est o pérée cetLcsubslilutio n ^fde cliché s. On était alors en pleine bataille littéraire; et ,-«r* *' Goethe auteur dramatique, surtout le machiniste mjslérieux et le déconcertant philosophe de Final, occupait à son tour et retenait quelque temps l'attention française : d'où une nouvelle adoption, enthousiaste de la part de „

quelques-uns, moins una nim e cependant que la vogue per- '^■-■•■^ "^ '*^ sislanlc de WeHhcr durant une cinquantaine d'années. Adoption moins intime aussi et moins féconde pour la liltéralurc française; car le principe même de la production dramatique de (joethe, son persévérant éclectisme dans le choix de ses formes théâtrales, était d'un faible service pour la campagne romantique. L'influence de Werlher avait élii assurément plus efficace et plus profonde, si l'on aone que g la mélancolie de tout un demi-siècle, celte mélancolie propice à la poésie vraie et qui est presque, à elle seule, un procédé de connaissance et un agrandissement de l'flme, s'est alimentée à la source que les confidences du triste amoureux de Wetzlar avaient ouverte jadis. Les plus grands et les plus éloquents de cet ûge, qui avait trouvé dans la rêverie religieuse et grave le meilleur

de ses inspirations et le plus durable de son lyrisme, auraient pu dire comme Lamartine vieillissant, qui se tournait une fois encore, en 1866, vers cette chère lecture d'antan : « Je me souviens de Tavoir lu et relu dans ma première jeunesse pendant Thiver, dans les âpres montagnes de mon pays, et les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais ni effacées ni refroidies. La mélancolie des grandes passions s'est inoculée en moi par ce livre. J'ai touché avec lui au fond de l'abîme humain.... Il faut avoir dix âmes pour s'emparer ainsi de celle de tout un siècle ^ »

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