CHAPITRE
LA RÉFORME DUAMATIQLE
ex|illquer
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èluilions en Fronce dvgc un soin si ciirieui k Ihiiln ije nos voiains d'Allemagne, uous ajons néglige préci^émenl l'homme auquel 11 doit son eiisleace, et qui A lui seul est i. plus riche que tous ses
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Nietzsche s'est indigné d'enlendre le commun des Allemands méconnaître la valeur respective de leurs deux grands classiques au point de les nommer d'une haleine el d'employer des formules comme <■ Goethe et Schiller ", ou même .. Schiller el Goethe «'. Il est certain que le^rpmantisme frsni;ais, s'il lui arrivait de citer les poêles allemands qui pouvaient aider son assaut contre le Ihéâlre classique, disail ingénumenl •< Schiller et Goclhe ", cl bien souvent mCme " Schiller «loul seul. L'auleur de Marie Sluart
placé très haul, tout prés de Shakspeare dont il semblait être lin disciple plus moderne, un lieutenant plus accessible et plus conscient aussi, « le romantique avec préméditation )i, Schiller fort avisé des ressources scéniques, ami des coups de lliéaire. de la grandiloquence dramatique, des grands heurts de passion et des larges elîusions de sentiment; G^jelhe, décevant par la variété même de ses formes successives, par le paganisme d'une Ipkigénîe cl le classicisme d'un Tasso, déconcertant aussi par ce qu'on savait de 3a vie, sa situation oFfieielle,. ses ronctions de conseiller d'unjrjnce : telle fuli d'iine manière générale, la conception que se fit le Romantisme, dans sa période la plus militante^ des deux poètes dTamaliqucs de l'Allemagne.
Quelques journaux donnaient, çà et là, des nouvelles de H'ei/ma7;des revues, de loin en loin, publiaient un extrait sur la vie de (i oetli c; cl l'aulcur de- Werther devenu le Nestor des auteurs germaniques », le ^ patriarche de In littérature allemande », surintendant el ministre, s'apparentait beaucoup moins aux rêves révolutionnaires de^ la jeune France intcHccluetle que la figure un peu indécise, mais sympathique, do Schiller, mort Jeun e et pauvre, cnlhousiasle et sentimental.
Et quoi de moins encourageant, pour des jeunes gens qui tenaient de V 4.(Je magne la meilleure partie de leurs notions sur le théfliro de Goethe, que ce jugement d'ensemble de Mme de Statl sur sa carrière dramatique? « Dans les pièces qu'il a laites pour filre représentées, il y a beaucoup de grâce el d'espril, mais rien de plus. Dans ceux de ses ouvrages dramatiques, au contraire, qu'il est très difficile déjouer, on Irouve un talent extraordinaire. Il parait que le génie de (ioethc ne peut se renfermer dans les limlies du thérttre; quand il veut s'y soumettre, il perd une portion de son originalité, et ne la retrouve loul entière que quand il peut mêler h son gré tous les genres. » Cepen-
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danl, les escarmouches livri^cs dès le cominencenient du siècle entre classiques el fiilurs romantiques mettaient assez souvent en cause l'auleur de Fau^l el de Guel:. « Les Anglais mêmes, écrivaient les liébats, le 2G janvier !ft04, repoussent de leur scène les drames gernianiquei qu'on a commencé à introduire sur la nAtre. S'ils appellent invasion dex barbares cette introduction des pièce» de Kolzebue, de Schiller, de Goethe, etc., i|uel nom deVons-nous leur donner? Il Et si, d'après divers principeseslliéliques et moraux, leâ RèJlej:iom mises en 1809 par Benjamin Constant on lôle de son Wailemlein, le Cours ilfi Ulti^riilurf dramatUiue de Schlegel, en 181*, et tel ai-licle un peu Holtant de Ch. Nodier, vantaient les traits de vérité et les libres beautés que renfermait l'œuvre dramatique de fîoethc, il ne manquait pas de voix pour lancer l'anallième contre l'auTenr (|ui, ■■ dans son Goetz de Ûerlkliingen. fait changer ci'i'iiiunitlf-sir fois le llièAtrc » [DébaU, 10 aofti 1822), ou contre ce drame « qui ajoiir litre Fausl^ où le diable arrive au premier acle, déguisé en petil-mattre, et enlève dans la dernière scène le héros de cette comédie charmante >■ (Béhiils, 13 mars 1820).
On combaïlâit encore dans les ténèbres : combien élaienlils, ceux qui se reportaient au texte original, ou qui recherchaicnl, dans le iS'ouveiiu Théillre ntlemand publié à la (in de l'ancien régime par Friedel et de Bonneville, les Iraduclions de fjorli el de Stella qui y figuraient'/ Mais voici qui va préciser les arguments et renseigner les curiosités : le libraire Ladvocal entreprend, en 1820, la publication de ses Ckefs-d'a-iiere dn tlMlrci. •'■Iran/jers; el le s vin^t-ci n(| volumes de ce répertoire Tonl de bonne heure la plus large pl'âcé & l'œuvre dramatique de Goethe. Sauf le Fuusl, dû à de Sainle-Aulaire, un Goetz de G. de Baer, el quelques autres pièces, ce Tut Charles de Hémusat — ayant appris l'allemand pour lire Kant — qui traduisit, avec son ami de Guizard,
le théâtre de Goethe presque en entier, et qui accompagna de notices plusieurs pièces. Le baron d'Eckstein blâma, dans les Annales de la lillératitre et des arts, récleclisme avec lequel les entrepreneurs de cetle publication donnaient, eo même temps que des beautés avi^récs, des !■ bagatelles a qui ne méritaient pas l'honneur de la traduclion. On reprocha aussi à Ladvocat d'avoir accueilli des draraalisles étrangers do troisième ordre, alors que Shakspeare et Alfieri étaient exclus. En général, la critique fut favorable à celle entreprise. Ch. Nodier la commenta, dans les Débats^ de feuilletons sympathiques, et le .Moniteur universf^l pouvait dire, le 21 novembre 1823, que " les noms de Schiller el de Goethe ont retenli en France.... Egmont, Clavigo, Iphigénie, Torqualo Tasso et Faust unt été dévorés par une foule de lecteurs avides de connaître et de juger les productions originales de ces muses étrangères. »
La publication de Ladvocat n'était point terminée que déjà le théiUre de Goethe avait sollicité l'ingéniosité des auteurs dramatiques. A cette époque de tâtonnements el de demi-révolte, oii la i/a>S{£Sljiiiyl de Lebrun était considérée comme un triomphe romantique, ce n'était pas encore le désQrdre shakspearien de Goelz ou la fantasUque synthèse de Faust qui pouvait séduire les auteurs en quête d'un sujet. C'est la comédie, plutôt que le drame, qui va chercher dans le théâtre de Goethe des situations el des motifs, quitte à les traiter selon les formules traditionnelles. " De tous les poètes étrangers contemporains, dit lO' Jiiuriial det fîâbats, le H mars 1821, Goclhe et Moratin sont ceux qui depuis deux ou trois mois ont trouvé sur nos petits théâtres le plus d'imitateurs. Les sources qu'ils ont ouvertes aux vaudevillistes sont sans doute inépuisables, puisque tous y puisent à pleines mains; mais les applaudissements du public autorisent ce débordement de pro-
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ductions étrangères; personne ncsl donc en droit de se plaindre.... »
Les plus notables de ces adaptation» françaises, qui reprenaient les situations de « drames bourgeois » de la jeunesse de Goethe, Turent joutas à la fin de Tannée 18â3. En septembre, Merville, transportant en Russie la scène de Cthvjgo, donna à l'Odiion le Frère el la Sœur, ou le Protecteur naturel, drame en quatre actes en prose : afin d'éviter le di^nouement tragique de l'original, el de terminer par le mariage, il dut nécessairement relever son héros, M. de Lutzow, et Blli^nuer sa faute, pour le rendre digne de Mlle Dobervillc, la Marie Beaumarchais de sa pièce. Celte a pâle imitation " d'une œuvre dont on avait parfois goûté. Jadis, l'énergie et la fougue, n'eut pas grand succès. En revanche, au Gymnase, Ei> public demanda è grands cris, en novembre, le» auteurs d'un drame en un acle, /lodolphe, ou Fr-^re pt Sœur : c'étaient Scribe et Mélesville, et la pièce était une « heureuse imitation de le Frire et la Sœur, de Goethe ", écrit Adrien de Jussieu à J.-J. Ampère, le 12 dé cembre. Un succès moins bruyant, mais fort honorable encore, accueillait à l'Odéon, le même mois, un autre acte imité du même original : Guillaume et Marianne, de Bajard. E. Quinet écrivait à sa mère à ce sujet, le 3 novembre : " On vient d'applaudir beaucoup un petit drame, imité de Goethe, par Bajard, Cette émotion populaire a vivement répondu  tout ce que je sentais; c'est un de mes bons jours..., ■) Et Sainl-Valry notait dans la .Whjc; française : u Cette imitation faite avec beaucoup d'esprit et d'adresse a fourni à plusieurs critiques fort savants l'occasion de dénigrer le beau génie de Goelhe el la littérature allemande.... Le public s'est montré moins classique et plus juste... "
En eiïct, .tandis que l'inquiéludc des jeunes esprits el ta curiosité de la foule se trouvaient salisfaite^ à entendre du
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Scribe el du Boyard, le malaise des fervenls de la Iradilion s'fxiialaiL on jnveclivGs violentes. La traduction, par I de Saur el de Sainl-Geniès, des Hommes €él<)bres de Fia au XVIII° siècle avait contribué, en 1823, à ramener J l'attention sur Goethe, dont Aubert de Vilry traduisait les Mémoiret. Le Moniteur vmoer»el,\es Annales delà littérature el des m-ts, )a Revue encijclopédique s'occupaient longuement de ces révélations, qui venaient éclairer d'un jour nouveau des œuvres mal connues.
Aussi Goethe est-il largement associé, en 1823 et 1824, à fous ceux que les classiquesinvétérésconsidèrentcomme les empoisonneurs du goût français. Cassandres éplorées ou bouffonnes Cassandres, les défenseurs de l'orthodoxie dramatique prédisent latin de Troie, « honte! ô démence! s'écrie Lacretelle jeune en ouvrant, le 1 décembre 1823, la saison de la Société des lionnes- Lettres, on vient d'invoquer contre nos classiques, non seulement l'autorité d'une femme bien plus célèbre par la force et l'éclal de son esprit que par la sûreté de son goOl, el dont la bizarre impartialité tint la balance indécise entre Corneille et Schiller, entre ftacine et Goethe, entre Voltaire et Kolzebue, mais encore l'autorité de Schlegel, ce Quintilien du romaRtisme...! Instruirons-nous noire bouche à répéter ces blasphèmes germaniques?... Irons-nous sacritier ii des dieux étrangers qui demandent en holocauste les plus grandes el les plus pures renommées du monde littéraire? Irons-nous déposer à leurs pieds les plus belles couronnes de la France, el nous écrier comme un peuple conquis : l'iue In Germanie! Vivat '/'cittonia ! Mais voyons toutes les conséquences extrêmes qu'amènerait parmi nous l'invasion allemande. S'il faut tout réformer dans notre littérature, à plus forte raison faudra-t-il tout réformer dans nos institutions pob tiques.... Si les brigands, objets de prédilection des peintures romantiques, deviennent Irop rares.
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ques. le drame liisloriquo do (joclhe avait d^jà eu quelque pari dans l'hisloire de la lillt-ralure française. Inséré — apr^s une première Iraduclîonparueà Hambourg en 1773 — dans le A'ouoeaii ihfàii-g atl'-mand de Friedcl el Bonneville, Goelz avait élé l'objet de comptes i'(>ndus peu louangeurs, mais allenlirs. dans le Mcrmre de 1787 et IMit/iA' littéraire
de 178)j. Dès le witr siècle, il avait contribui^ à alimenter les flots un peu troubles de Séb. Mercier, et inspiré les suites de tableaux dialogues où Rnmond de Carbonnières ! retraçait la Guerre d'Alsace pendant le grand schisme d'Occident. Cité par les Jicflexinus mises par B. Constant en têle < de son It'a/fetiïfei». ilavaildonné lieu, en 1809, â de légères polémiques, fort accrues, plus tard, par la publication de j l'Allemagne. Pixérécourt n'avait pas manqué de tirer parti'] des Éléments les plus faciles à imiter de cette pièce militaire et moyenâgeuse : il s'en souvint surtout dans Victor i ou V Enfant de la fnrél, et dans Charles le Téméraire. Nodier, J de son cAté, ne dédaignait pas d'aiguiser la colère de son 1 Jean Sbogar, en 1818, sur l'indignation du vieux chevalier \ de Goethe. Ccst en iSii, enfin, qu'Eug. Delacroix, renseigné par son ami Picrret, le secrétaire de Daour-Lormian, décidait d'offrir l'hommage des arts à l'héroïque destinée I du preux ii la main de fer : projet que le dessin, la lithographie et la peinture devaient en efl'et réaliser concurreift- I ment au long de plusieurs années.
Mais c'est surtout par le Globe et par le groupe de littérateurs qui, en dehors des poètes du Cénacle, se trouvaient J en^cômmunauté d'idées avec cette revue, que Go Hz d e ] Jterlichingen menai;ai( d'exercer une action décisive SUT'I l'évoltition du théAtre Français. II y eut là, parmi ces jeunes I gens avisés et sagaces qui tenaient les vers en moindre ] honneur, un sincère elTorL vers le drame historique en 1 prose, en même temps qu^une sérieuse étude des conditions mêmes du théâtre moderne. Divers articles étudié- j rent le mélange des genres, les trois unités, la question | de l'histoire au théâtre. Mérimée fit de Cromwell le héros 1 d'une pièce, qu'il lui un dimanche devant quelques amis, ' et qui, sans " unités « d'aucune sorte, empruntait son tragique à l'hisloire , son comique au jargon puritain. ] Ch. de Hémnsal, peu après, donna Irclure de son /iisur- ]
LA HBFOIIME DIIAMATICHE.
reclion de Saint-Domingue dans le salon du directeur du Globe.
Mais il importait que cette conjonction de l'histoire et du drame ne se Ht pas hors du ciel nalional : Mérimée raconta, BOUS la forme scénique approidniativc du Goeli, l'insurrection des paysans dans le Bcauvaisis pendant la captivité du roi Jean, et sa Jacquerie, scènes féodales, prit place en 1823 dans le Théâtre de Clara Gazul. On y trouvait, outre le traditionnel morcellement on scènes détachées, plus d'un détail qui rappelait GoeCz : la réception d'un brigand parmi les " loups '>; la « belle histoire du temps des preux » que le petit Conrad se faisait raconter par son précepteur, maître Honnin, et qu'il interrompait par des naïvetés et des vaillances enfantines; une bataille successivement aperçue dans l'instantané de divers épisodes. Un peu plus tard, Vitel publiait les Itarricadea, suivies à peu de distance des Étals de fîluls et de la MorI de Henri III. Luimfime le disait dans la préface de la première de ces œuvres : « C'était le moment où les réformateurs littéraires commençaient à prôcher avec ferveur leurs théories dramatiques, où chaque' matin l'analhéme était lancé contre les pièces de théâtre circonscrites dans une durée de vingt-quatre heures et dans un espace de trente pieds carrés.... Beaucoup de gens crurent voir dans mes scènes historiques une sorte de transaction et comme un moyen d'accommodement. "
Ces tentatives intéressantes avaient le tort grave de s'inquiéler trop peu des possibilités scéniqucs; inconvénient dont avait souffert, comme on sait, la première rédaction de Goetz. et dont Goethe lui-môme s'ingénia à corriger sa pièce en un remaniement mieus approprié au théâtre. Mais, en dehors de ce défaut pratique, ces drames étaientils bieiTle genre nouveau souhaité par Mme de Staël et Benjamin Constant en 1800 et en 1810, réclamé plus
UOETHE ES FRANCE.
récemment par Stendhal? Assurémenl, on renonçait ici k l'alexandrin, ce ■■ cachc-sollise », cl l'on \ laillail en plein drap dans la chronique du pass*^. Mai^ on y conrondait, i •vrai dire, l'hisloire dialoguée avec le drame hislorlque, ta succession immédiate des " tableaux » avec Ta cohésioD arlîslique, la véracité des détails avec la vérité de l'impression totale. Si avisés qu'ils fussent, lesjeunes doctrinaires de ] ce groupe manquaient du sens de la vraie vie dramatique; •* même dans leurs théories, ils faisaient trop bon marché ' de nécessités qu'un honame de théâtre juge impérieuses et obligatoires : le centre d'intérêt, la progression dans les destinées et les caractères, la dépendance manifeste et la i causalité visible des faits historiques. Rémusal avait eu raison, dans le Lycée français de 1K20, de réclamer « cette ' liberté intelligente qui transporte sur le théâtre les hommes ' tels qu'ils sont, avec leurs faiblesses, leurs incohérences et \ leurs inégalités »; mais n'annonçait-il pas lui-même \'et~ i reur primordiale de tous ces elîorts en définissant ensuite ' la vérité historique, « ce caractère irrégulier et fortuit, bien connu de quiconque a considéré les affaires de ce J monde ailleurs que dans les livres. Voilà le genre de beautés i que je souhaite à nos tragédies futures.... n
Continuée par un homme de théâtre qui eût été soucieux I de chercher dans l'histoire antre chose que ces « clous » oh ; Dumas accrochera ses tableaux, celte tentative issue, à travers 6'oe(:, des Histoires de Shakspeare, aurait peut-être ' donné à notre romantisme son drame historique en prose. L'impérieuse intervention de Victor Hugo, lyrique prestigieux qui n'entendait pas abandonner l'usage des vers au ^ théâtre, vint, dès la Préface de C'romu-ell, proclamer les | droits d'une autre forme de drame. Car c'est le drame historique cher au Globe, — et non, comme on l'a cru, des ' mélodrames opposés, eux aussi, ii la doctrine classique, — queV. Hugo éconduit si poliment dans son manifeste. « On
LA REFORME UBAMATIOL'E.
senl que la prose, m^ccssairemenl bien plus timide [que le vers], obligt^e du sevrer le drame de loule poésie lyrique ou épique, réduile au dialogue et au posiUf, est loin d'avoir ces ressources. Elle a les ailes bien moins larges, Elle est ensuite d'un beaucoup plus facile accès; la médiocrité y est à l'aise ; et, pour quelifuen ouoraijes distingué); comme ceux çwe CM derniers temps nnt vus paraître, l'arl serait bien vile encombré d'avortons et d'embryons. ■• On ne s'y trompa point au Globe, et Bémusal, rendant compte de Cromwell, ne manqua pas, dans le numéro du 2 février iS:i8, de rompre une dernière lance en faveur de la prose. « Pour être moins belle et moins nombreuse, la prose n'est pas dépourvue de charme et de noblesse, Goelz de Berlichinyeu a son genre de grandeur et d'idéal, et Goethe s'y montre plus poète à mon sens que dans le Tasse ou V/plngénie. La prose peut ne rien ùter A l'intérêt, au pathétique même.... •■ Mais c'étaient là les dernières cartouches d'un parti en déroute ; avec la revendication d'Hugt» et Jasanction que lui donnèrent ses pièces en vers, touleune forme de drame, chatoyante, oratoire, sans ré alism e, véritable ni souci sérieux de l'histoire, s'imposait décidément.
Er ^'aulre part, le drame des situations brutalement émouvantes, du pathétique facile, de In couleur locale plaquée, des coups de théâtre poignants et injustifiés, triomphait dans le infime temps avec Dumas. L'auteur i\'He7>fiï/lel sa cuur parle, au VIII" livre de ses Mémoires, de sa lecture ■■ du fameus drame de Goethe, Goets de Berlirbiiigeu -. Cet habile dans l'art d'illusionner et d'émouvoir distingue « trois ou quatre scènes noyées dans ce drame gigante.sque, qui m'avaient paru surhre à un drame " : et c'est d'un simple conflit accessoire qu'il s'agit, " de la situation de la femme poussant l'homme qu'elle n'aime pas â tuer l'homme qu'elle aime >■; le vieux chevalier à la main de fer, la cause qu'il défend, le milieu
loi
GOETHE E.N FHANGE.
tju'il évoque, sonl oublit^s pour un t^pisode secondaire,! innis (ïniouvaal, la iluplicilé d'Adélaïde eolre Weisliogeal et FrnnlK....
Car c'csl bien ainsi, au fond, que le tbL'àlre romantique 1 se servit des prt^cédents étrangers et shalo^peariens donti il sVtail réclamé Jadis. Sa vraie vie oi^nique n'est ni dans 1 |p déploiement d'une action historique qui Irouve en elle- J inO.me son centre d'intérêt, ni dans le développement d'u caractère délerininé par les conditions de son temps él% réa({i8sant ensuite sur les événements; son intérêt, son j oflicucité sont ailleurs, cl Duma» s'abusait lui-même lora- J qu'il répondait A des détracteurs qui l'accusaient de pla- J (tint : <• Je pris les uns apn^s les autres ces hommes dej Ifénic, qui uni nom Shaktpeare, Corneille. Molière. Cal-1 domn, Scbiller et Goethe. J'étendis leurs œuvres comme i doN cadavre» Hur la pierre d'un amphithéâtre, et. le scalpel I fl lu miiin pendant des nuits entières, j'allai jusqu'au cœur clierclicr le» sources de la vie et le secret de la circulation du ann^.... » V.c sont plulàt des disjecla nfmbra que I« rythmii lu^nie d'une vie dramatique nouvelle que le roman- Wniiw oui allé chercher dans lu tradition ^hakspearieona. J San* dnuli\ en ce qui concerne spécialement le théAlrfrl d» tiucthe, lotîtes les pièces qui pouvaient Tournir un él^l ment iln palliétique ou de routeur locale ont suscité cbocJ niiundi'" imiliitioMMOu des adaptations. C'est une transcrip- 1 lloti di> (iofli que A'ci-wim- le Fou, drame en quatre actes el eu vrpiÉ, do Cordelier |>p|«noue,jouéôrOdéon en mai 1831, el iid Keruo\, le fou d'AdnIhert. dénonçait à celui-ci les Hinoiira coupables d'.VIélaVde el livrait l'adullère aux KrancN-JuKeN. Kijmoiil, la plus belle des pièces de Goethe au Kfé de Mme de Slaol el de J.-J. Am[>ér*, el qui dès IHii inupirail Eug, Delacroix, est adapté, k Marseille d'alinnl, puis au théfllrc du Panthéon, en aoOl IHZi. dans le Comte eCK^monl de RiquJer. En revanche, te Comte
LA HEFORME LlFlAMATIOrE. 105
d'EgtnoiU de Senfy (Odéon, octobre lH4i) ne devra presque rien à celle élude de caractère dans le cadre de l'Iiisloire qu'avait lentéo Goethe, cl qu'adaplera encore Rolland dans un drame en vers [Odéon, mai 1847).
Clai'igo, naguère accueilli en faveur d'un sujet propre au dfarae bourgeois, bénéQcie ù son lour de la couleur locale qui s'y peut insinuer, et Léon Halévy donne à la Porte- Saint-Marlin, en mars 1831, un Bcaumarrhnh à Madrid en Irois actes, où Mme Dorval et Bocage jouenl les premiers riMes : utilisation romantique d'une donnée qui, depuis la fin du xviti" siècle jusqu'à la Marie de Beaumarchais de Ualoppe d'Onquaire en 1832, a souvent occupé la scène française.
Le Tasse lui-même, si dénué de mouvement extérieur, si exclusivement psychologique, avait fourni matière h un w drame historique » : il est vrai qu'Alexandre Duval, l'au leur du Tasse en cinq actes en prose, donné au Théâtre- Français en décembre 1820, ne prenait de la pièce de Goethe que l'idée de l'amour disproportionné entre un homme dt génie et une princesse destinée à un trône, de la jalousif d'un grand seigneur hostile au poêle; il reproduisait quel ques-unes des scènes les plus pathétiques, mais s'effonjait, pour le reste, d'amplifier et d'étendre son sujet. Quanl h la psychologie ombrageuse du poète et h sa méfiance exaltée, ce serait plutôt, nous l'avons vu, dans le caractère du Chatterton de Vigny qu'il conviendrai! d'en chercher un reflet.
Slella — traduite jadis dans le Naueean TMàtre allemand, adaptée par Dubuisson et Deshaye en un drame en trois actes, Zélia, qui avait été joué au Théâtre de la rue de Louvois, Iraduile encore par Cabanis, et redonnée sous cette forme dans les Chefs-d'aïuure des théâtres étrangers^ — atella n'a point ^uscité (l'imitation rom antiq ue djreele. En revanche. la légère bleuelle de Jenj et /intety, après avoir
106 liOETHE EN FRANCE.
fourni une 7''jrolieniie aux Nouveautés et un Pierre et au (jjmnase, trouva sa version française la plus durable dans le livret du Chalet, par Scribe et Mélesville, qui donné k l'Opéra-Comique, en septembre 1834, avec la f;:ra«l cieuse musique d'Adam.
Si le drame romantique a été entraîné assez loin de ti formule théâtrale qui se réclame de Shakspcare, et si t imitations directes des pièces de Goethe ne dépassent g le niveau de la production courante, il n'est que juste d signaler quelques-uns des emprunts épisodiques que 1 nouvelle école fit à cet ancôlre quelle admirait piutôl qu'elle ne le pénétrait vraiment. Dans des scènes c celle que Goethe a imaginée dans Ei/monl pour mettre t présence Machiavel et Marguerite de Parme, il n'est f douteux que le romantisme ait appris l'ingénieux et séduisant artifice qui introduit un personnage connu, ne tenant pas directement à l'action, mais dont l'opinion est précieuse k entendre, et l'apparition émouvante et significative. D'autre pari, comme par Schiller et par Werncr, le romantisme a été initié par Goethe à toutes les ressources du lyrisme dans le dr^me : et l'on sait assez combien les tendances de la jeune école la prédisposaient à accueillir et à exagérer le secours que l'élément lyrique peut donner au développement d'une action ou à la psychologie d'un personnage.
Ailleurs, ce sont des emprunts de détail, un motif, une situation, qui ont passé, du théâtre de Goethe, dans le drame romantique. L'exclamation de Doua Sol dans ffer'
Qun sur ce velours noir ce collier d'or fail l)ipn,
reproduit une naïveté de Claire dans Egmont : « Ahl le velours est trop magnifique.... » On chante un De ProfundU dans Lucrèce Borgia comme on chante le Dies irœ dans
LA REFORME iJRAMATiyUE. li)7
Faust. C'est l'inquiétude du duc d'AIbe, se demaudanL ai Egmonl donnera dans la souricière tendue, que reprend SenlinellJ, au quatrième acte de la Christine de Dumas. Il y a do brefs souvenirs de CœC el d'â'tjmont dans le Loi-mzaccii) d'Alfred de Musset : des protestallons contre la l&chetÉ des temps, des conversations de bourgeois, un babil d'enfant ou un propos d"e(xtésiaslique, 11 n'est pas ÏDdifTërent non plus de noter que le Comte de Carmagnola de Manzoni, qui fut l'occasion d'un article du Lycée français en 1820 et d'une fameuse lettre de l'auteur « à M. Chauvet sur les unités ", est inspiré par E'jmont. Goethe est ainsi, au second degré, un auxiliaire; et Fauricl ne manqua pas, en publiant la traduction de Carinajnota et d'Adelgkis. de faire suivre la prerai(;re de ces pièces de r " examen « que Goethe lui avait consacré dans t'eber A'utist utid Allerthum.
En somme, Goethe, invoqué par les novateurs dans leur campagne théorique contre le classicisme, a fourni plutAI des arguments en faveur de la réforme que des modèles conformes aux aspirations des plus actifs parmi les réformateurs. 11 ne serait possible de rattacher à son drame shakspearicn le drame historique de notre romantisme qu'en oubliant la déviation caractéristique qui entraîna, dès 18^8, les tentatives des auteurs vers des régions fort éloignées de Gœlz el d'E'jmoiit, — ou de la Jacqw.rie et des ^Iflfsrfe^/uix. Remarquer, ainsiqu'on l'a fait, queW. Scott reçut de Gwtz la première impulsion qui détermina son œuvre, el que la couleur historique du romancier écossais fournit toute une atmosphère aux hommes de théâtre de 1830, c'est pousser bien loin la recherche des filiations littéraires, et oublier que l'accent personnel ajouté par un disciple comme W, Scott n'est pas éloigné de couvrir la note initiale venue du drame de jeunes^se de Goethe.
108 lîOETTIE EN FRANGE.
L'éclcclisme artiste ilc l'auteur à'Iphigéma ne pouvait assurément oITrir qu'un appoint provisoire el secondaire à l'affra ne hissera ont romantique : tels aspects (Je son œuvre y ont aidé, mais il y avail, dans l'ardeur mgme des auteurs de 1830, une outrance et comme un égoïsme qui les éloignait de l'espèce d' « indifférence » de Goclhe, attribuant k chaque sujet la forme qui lui semblait organiquement appropriée à sa nature, et passant de Shakspeare à llacine suivant les exigences de son thème. Comment les romantiques auraient-ils compris cette signification profonde du théâtre d^Goclhe, eux— qui n'aspiraient qu'à soumettre le monde, la vie el l'histoireau rythme impérieux de leur moif A ne considérer que les variations des formes dramatiques, l'auteur de Coe/: a eu son heure dans notre littérature, même avant que /"ausf y vint sugg)5rer un approfondissement de la pensée et un élargissement du domaine artistique; mais il n'était conforme, ni à la superbe poussée romantique, ni à la nature essentielle du Ihéûtre de Goethe, qu'un contact étroit el durable s'établit entre les révolutionnaires de la Porte-Sainl-Martin et l'éclectique de Weimar. Ce n'est pas sans raison que, le romantisme ayant triomphé, le portrait de Goethe ne figurait point parmi les douze médaillons d'auteurs dramatiques que le public de l'Odéon, en novembre 1837, fut appelé à contempler au plafond de la salle fraîchement restaurée.