‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 19 sur 52 · LE LYRISME ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

LE LYRISME ROMANTIQUE

la Germanie cessQ un peu d'être le pays de toutes les can-

de urTjt des rêves iminâtériels les plus éthérés pour deve- .^^k^a

nir le réceptacle de toutes les fantasmagories, des mystères ^ t

les plus violents parfpis et les plus diabolique s, le refug e

d' une sorte de moyen âge att ardé aux saillies de ses doD-

jonsetJapJLilajis les teuebres.de sçs fûTÊls....

Or, la Muse du drame irrégulier ayant rencontré, vers 1828, la Muse du fantastique, elles étaient allées de compagnie chercher le Faust^ « tragédie informe », semblait-il, et « diablerie » avérée à coup sûr, dans la pénombre inquiétante où restait cette œuvre singulière. •

Mt.

En sa i]ualitii de drame philosopliic)ue, Faust porla d'aboiti la peine de sa double nature : lesuns y vire nt sa rloul une tragédie exlr^memenl mal faîte, les autres une plittosophie très peu distincle. Comme la première partie de l'œuvre fui seule connue, môme en vVllemagne, jusqu'en 1832, il l'allul quelque temps pour que le public discernât, dans le po6me de Goethe, autre chose qu'un drame d'amour ou une fantasmagorie. Ce pend ant r^lan romantique, le gé nia [désir de s'élancer par delà les conditions et les liRiitatidris humaines se trouvait trop d'accord avec la psychologie iniliale du héros légendaire, pour que la fougue des jeunes liommes de ^lti3Q n'ait pas sympathisé avec la rêverie ardente du docteur allemand.

Mme de Slael, dans son Allfmogne, avait longuement analysé le premier FilusI et Iraduil quelques scènes de cet « étonnant ouvrage ". Très ncLlement, elle avai t fai t du diable, du diable méchant et railleur, le véritable hérogje la pièce; la " révélation diabolique de l'incrédulité » lui

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avait semblé ôlre le principe mt'ine de cette création, devant laquelle elle restait déconcertée, l'roissée dans son enthousiasme el dana sa dévotion à toutes les valeurs positives, déçue d'éprouver que Famt, qui h étonne, émoul, attendrit », ne laisse pas « une douce impression dans l'âme ». Et. lout en rendant justice à la puissance de suggestion exercée par une œuvre qui " fait rédécliir sur tout... et sur-j qvelijue chose de plus qur loul «, elle avait expressément marqué que ce drame <> n'est pas un modèle » el que ce « chaos intellccliie! » devait ôlre tenu plutôt pour la verti-, gineuse gageure d'un homme d'espril que pour une oeuvre d'aTtrCependant, on avait Joué en 1808, sur la scène d'amateurs de Coppet, des scènes de Faust, que Schlegel, sans doute, commentait abondamment. "■

Comme Mme de Stafil, Benjamin Consta nt avait discerné surtout, dans l'œuvre encore incomplète de Goethe, une sorte de testament intellectuel du svm' siècle, incrédule, ironique et négateur, " une dérision de l'espèce humaine, — écrit-il dana son Journal, le 22 pluviôse an XII, — et de fous les gens de science. Les Alle mands y trouvent une profondeur inouïe; quajiLà moi, je trouve que cela vaut , moins que Candide; c'est tout aussi immoral, aride eljJepséchani. et il y a moins de légèreté, moins de pTaisanteries ingénieuses et beaucoup plus de mauvais goût. ><

Mais la lendance philosophique, trop indistincte pour l'instant, déçoit encore bien moins que n'effarent la complexité et la singularité de la forme : la lutte est à peine engagée entre classiques el romaDUquësTqïjë déjà Fausl seTt'âTïpouvanlail, Moyenâgeuse, « métaphysique » el incohérente, ce tte pi èce est considérée, à distance et par ouïdire, comme le lyptatbevé.deia 'i jjoésie iVénétiquo m, L'Anti-Homanlii/ue du vicomte de Saint-Chamand, publié en 1816, regrette dès 18U qu'on n'ait pas laissé aux marionnettes " ce composé d'horreurs humaines, de gaietés dia-

boliques et de démence poétique » : il n'en juge d'ailleurs m que sur le rapport de Mme de Sla5l et de Schlegel. Le ] succès de la iVariS-Sluart de Lcbcun en mars 18ip — pre-4 miëre bataille rangée où les romantiques aient pu crier J victoire — fïtfredoulcr aux classiques une invasion élran- 1 gère où Faust ne manquera point d'avoir sa place; et les ■j Débals écrivent, avec un tremblement, le 13 mars : « Don [ Carlot, H^'alienslein (ïi'c) et les Brigands ne tarderont pas A i fondre sur nous. Je ne désespère niCme pas de voir incea- | samment à l'Odéon un drame de Goethe, qui a pour titre 1 Faust, où le diable arrive au premier acte, déguisé en petite 1 maître, et enlève dans la dernière scène le héros de celte | cométiie charmante..., » Et le m(*me journal, le 28 juillet, pense caractériser suffisamment le Mnnfred de Byron, songe d'un malade, en rappelant le souvenir de Faust, où u le Diable paraît en habit français, l'épée au côté, et le chapeau à trois cornes sous te bras. Au lieu d'un diable, on en voit dix ou douze dans Mnnfred. » Il semble d'ailleurs qu'à celte date, où la critique n'est guère renseignée que par des témoignages de seconde main, l'hétérodoxie dramatique de la pièce paraisse à peine plus déplorable que i'intervenlion du diable. La Heoue enci/clopédiijue, rendant compte, en 18iJ, du roman de Malurin, Mclmolh Ihe M'anderer, s'empresse de remarquer que ce « monumeul de la dépravation du goût " peut M donner une idée d'un ouvrage entièrement analogue à celui-ci, la pièce allemande du célèbre Goethe, intitulée ta Docteur Faust ou In Seience malheureuse, qui a l'ail de tout temps une grande fortune en Allemagne ••. Au reste, le drame philosophique de ^ Goethe va, en eilct, participer assex longtemps en ■ France des mêmes destinées que des ouvrages issus de ce romantisme grossièrement diabolique auquel les romans d'Anne Radcliffe et le Moine de Lewis avaient dû naguère leur succès.

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