AUTOUR DE FAUST
Mais voici enfin qu'il est possible à la criUque el au public de conlempler le monstre face à face. Sainle-Aulaire donne en 18^, dans le neuvième volume des Cliefs-d'auvre des Ihéâlres étrangers publiés par Ladvocat, une traduction de Fatal, élégante el Tacile, mais intiniment trop libre, et assez peu soucieuse de l'original pour supprimer des scènes entières, celles où paraissent des personnages mystérieux. La même a nnée est mise en vent e la traduction d'Albert Stapferr~Eêaucoup plus consciencieuse et plus exacfe, assez sobre cependant pour qu'un critique de la Revue eneijclopédiijve, Charles Coquerel, observe que « ce serait induire en erreur les amateurs du romantisme que de leur recommander une traduction qui. en général, est sagement écrite ». Du moins csl-on à mi^me désormais de contrôler en meilleure connaissance de cause des jugements longtemps demeurés approximatifs et lointains; et le .Vonilour universel du 24 novembre I8i3 range Fauxl au nombre des ouvrages qui ont ét<^ dévorés " par une foule de lecteurs avides de connaître et de juger les productions originales des muses étrangères ». De Saur et de Sainl- Geniès donnent une analyse de Faust dans une note ajoutée & leur médiocre traduction des Hommei célèbres de Francu au XVIW sii'cle, et la critique, çà et là, fait allusion à l'intérêt surtout pliilosophique de cette œuvre qui n'a de théâtral que l'apparence extérieure : S tapfe r, lui-m^me, reconnaît que c'est une ■■ bizarre production ».
dépendant l'orthodoxie classique n'a pas désarmé. Bien qu'eilë~airccte d'admettre que la traduction des Tkrdtres itranijers a porté le plus rude coup fi des ouvrages vantés de confiance avant d'être connus, elle ne néglige aucune occasion de dire leur fait, en pleine Académie, à ces " monsti'es informes ». Faust, géuéralemeol associé aux drames exotiques qu'il convient (['excommunier, est cité par Auge r sur le même plan que Goelz; et Népomucènc
as UOETilE EN FRANCE.
Lemercier, le 3 avril 1825, s'écrie ironiquement, au rallie de ses Itemarques sur les hovnes el les mauvaises innovati dramatique» ; « Lisez les avenliires de Fausl qui se voue a démon, et tombe des régions sublimes de la métaphysique dans le lit d'une paysanne qu'il pousse à la potence \ crime d'infanticide et de meurtre d'une mère... ■>.
D'ailleurs, eoyons-en sûrs, la plupart des novateurs qui à cette date, ■■ lisaient " en effet, selon le conseil ironiqt^ de l'auteur de Moïse, admiraient avec un parti pris i logue et tout autant d'incertitude cette œuvre trop indilHr^ rente aux possibilités scéniques, trop dénuée des ordinaire moyens d'action, trop pénétrée aussi de symbolisme cl d métaphysique. C'est^lutôt parmi les indépendants ou l philosophes que parmi les gens de IcLlres, mi>mc ai qù'ilTaut chercher l'inlelligence du poème de Goethe, un N'odîèrclassanl Faust cl Méphislophélès au nombre des n types " admirables de la littérature', un J.-J. Amj)ère discernant en Faust « un Byron idéal qui veut de lâ^vTe plus quelle n'a' ■■, un Quinet toujours prêt à appliquer, dans ses lettres à sa raèré, des souvenirs de Faust à des incidents de sa vie intérieure. Quajit à la littérature active, elle reste désorie ntée devant la complexité du poème. Les AvètiUires âe Faust et sa descente aux evfrrs, par de Saur et de Saini-Geniès (1823), donnent' matière à de nombreux articles oiiilesL parlé du drame de Goethe, « aussi sublime qu'il est bizarre ■>, " où il n'est possible d'admirer que de belles scènes ■>. Et, si désormais l'attention et quelque déférence ne sont pas refusées à Faust, l'impression dominante, c'est toujours que l'obscurité, la darbness visible, envahit l'œuvre, et surtout que la scène n'en saurait tirer aucun parti. II faut arriver ù 1837, et au delà, pour trouver
i. Des types en litUralure.
■i. 1^ Clahc, i. V, p. Ï09; cf. surtoul son compte rendu de la Irad A. Slapfer, au avril cl ïO mai !8în.
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taj^race des emprunts que ne pouvait manquer de produire enlJD nne initiation qui fullenleel incomplète, sans doule, mais qui ne resta point aussi superficielle qu'on l'a dit quelquefois.
Seulement, vers ce moment où Faust va cesser détre une pure curiosité exotique, où l'œuvre du poète allemand tendra h fournir à la littérature française des éléments d'imitation et de création, une sorte de départ a commencé à ae faire, qui distingue et choisit dans l'infinie diversité du poème. Le drame total de la destinée humaine, fe conflit entre les principes d'action et entre les systèmes philosophiques, le jeu des forces naturelles ou morales, toutes ces intentions profondes qui s'esquissaient au moins dans le premier Fous/ sont à peu près négligées, soit pour le fantastique et l'infernal, soit pouf le sentimental et le romanesque. MéphiBloi)hélè3 et Marguerite font tort, en ce moment, au héros qui les rencontra sur son chemin.
Le diohoUuu e semble l'emporter tout d'abord. Les art s dudessm, dont l'induence a été si grande en matière de préïïuëcïions intellectuelles, ont préparé le s voie s. Eugène DelaçTflix, frappé par les compôsîRonrdê Relzsch sur Faust, trêTimpressionné, enlSilj, par une adaptation anglaise qu'il en voit jouer à Londres, et dont le Mépliistophélès surtout lui semble <• un chef-d'œuvre de caricature et d'intelligence ". exécute, au cours des années 1«56 et 1827, les planches desdix-sepi lithographies qui paraissenl^en 1828, accompagnant une réédition iu-i" de la traduction Slapfer*, Son M'^phisliipléli'S (tpiiiirahsdnt ù Faust au saJQQ de IflâJ, son Faust ci M^phistophélès l'année suivante, font saillir, de même que ces lilhograpTîîes; le côté archaïque eï ténébreux du sujet : Tony Juhannot continuera la même tradition. D'autre part, l'influence de Famt, du Famt f antastique. el mystérieux, rejoint ici et renforce le courant qu'avaient alimenté naguère des romans hasai'deux, d'un diaholisme
GorroE EX rtASCE.
iafmwl fie ao àtmiie tfadqae Hase, Mratil oo roof, d'étefldn; t« cercle de sa joaisaance oa He <>on poavoir.
Cml d'alKrnl. le 27 octobre 18^;, aux Nouveautés. Faut drame en |jouacte<i «le Tlt^ulon ei Gondelier avec musi de iifyiacanrl. " La r^polalion dool jouit Fautt dans l< YV.nrft^, le •'Ucc^n iin'il a obtenu sur tous les tbéâln d'AUemaKiic et d'Anglelerre, avail attîn; hier une Totil immense,.. », Privent, le 29, les [Ubah: et. après : con«talé \e* difTércnces exlréroes qui séparent de l'origitu allemand ce méli>drame où Faust, amoureux quelconqui <^vo<[uattle dinble pour lui demauder l'or nécessaire à soni mariage, le feuilletoniste ajoute : « Faust, après avoir si'j longtemps cherch<^ en vain la pierre |ihilosophafe, fera ] eertainement de l'or au tliéAtre des Nouveautés ". En efTet, malgrt^ toutes les réserves que des journaux comme le l Globe crurent devoir Taire, déplorant c qu'un aussi admi- I rable sujet ait été ainsi réduit au néant d'un libretto », lel mélodrame des Nouveauté»^ tint l'affiche tout Ihiver, etil'I compta parmi les ouvrages à succès du répertoire de ce \ théfltre.
D és l'ann ée suivante, en 1828, par ait la traduction de ' tlérnrd de Nerval. Tandis que les deux versions antérieures nvnienl ambitionné de dégager simplement Fautt de» voiles que l'idiome étranger jetait autour de lui, la.lE8-i duetion en prose et en vers de Gérard souhaitait d'enJaireJ un ouvrage classique et un vrai livre français, où le chat^J mnni poMequo tlauticra comparé à Êuphorion, fils d'Hélèn»! et de Tiiunt, niirnit transposé dans la langue de Voltaire les'] imaginations et Icsrôvcs d'Oulre-Hliin, Le Funsl de Gérard 1 mérite b lo titre d'JMre cilt'- au même rang que les œuvres 1
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susciU'es par le poème de Goethe, et non parmi les simples trad lie lions : n'y avait-il pas, là aussi, à en croire le témoignage de Ch. Monselel ', l'aboutissemenl d'une longue hantise et eomme la satisfaction d'une lointaine nostalgie Gërard enTant Séduit parla IraJuclion illustrée du Fnusldc Klinger entrevu chez un bouquiniste, trop pauvre pour l'acheter, et gardant au cœur l'obsession de ce mystérieux docteur allemand? On sait le plaisir que prit le patriarche de Weiniar à se relirê^dansle Ftiusl de t ïérard. S'il n'est pas exact qu'il ait écrit à ce traducteur : «Je ne me suis jamais si bien compris qu'en vous lisant ', il n'a point caché sa joie 6 retrouver, en feuilletant celle transcription de sa pensée dans une langue dilTérente, une fraîcheur d'impression que le texte allemand ne lui procurait plus. En dépit de ses gaucheries et de ses inexact iludes, ce fut làle vé ritab le ^ Faiiâi di'B~~roman tiques, l'initiateur de Berlio?. et de Théophile Gautier — le J-'avsl des poètes, en un mot, beaucoup plus que la traduction Slapl'er, si probe et si consciencieuse, qui était plutôt le Fmist des rédacteurs du Globe. Notez que !a critique hostile, un peu calmée les années précédënFcs, reprend ses attaques de plus belle, maintenant que Faust semble prétendre û un droit de cilé dans la littérature frani^ais^. « Ces deux rôles (Faiisl et Marguerite) et trois ou quatre scènes qui s'y rallachent, écrit le Jounuit des Débals, le 7 août 1H2H, commandent l'admiration que l'on accorde maintenani au génie de l'auteur, eomme tout le reste autorise le reproche de barbarie que les gens de bon sens adressent à son drame hétéroclite. >> Gharles d'Outreponl s'indigne, dans ses Promenades d'un Solitaire, contre •< toute cette métaphysique absurde. N'y a-l-il pas un peu plus pour le cœur et pour l'esprit dans TéUmniiw, ou dans le poème Sur la loi imlurelle, que dans tout le
I sepCemlirc Wid.
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bavardage germanique de Faust et de Méphislophél^sî | Mille ouvrages comme ce drame ne Teront pas avancer l'espi-iL humain d'un pas : je dis plus; ils le feront n^lro-a grader. (îoelhe n'est ici qu'un songe-creux que ses admirateurs et ses compatriotes mêmes ne comprennent pas I toujours. " n Je ne trouve, décide la Revue enajchpfdiquf^X qu'un seul ouvrage qui, pour l'obscurilé, le vague et le J décousu, puisse être mis en parallèle avec la pièce de il Goethe; c'est le roman de Pabelais,... l'un et l'autre sem-, bien! être le produit du gtînie eu délire.... Cette pièce vienV^ d'être imitfSc sur un de nos Diéâlres; d'autres imitations 1 s'en préparent, dit-on. Fausl et les ouvrages du même genre 1 seraient-ils destinés à recevoir un jour droit de cité dans la j littérature française? J'en doute. Malgré les efforts des J adeptes du germanisme, le public français s'obstinera j encore longtemps à vouloir comprendre avant d'ad-l mirer. «
Les imitations auxquelles cet article fait allusion, c'étaiti d'abord le Faust en trois actes doni la Porte-Saint-Marlia f donna la première le 20 octobre 18:28, sorte de féerie à •' grand fracas, dont les auteurs, Uéraud et Merle, avaient \ sollicité Boieidieu de devenir leur collaborateur. L'auteur. 'j de la Dame blanche avait refusé, dès le 9 mars, d'entrer dans \ cette combinaison qui eût transformé le •< drame " en opéra-' comii[ue, et fait passer, peuL-élre, la nullité de son texteait \ nom des droits qu'un lîvrel aura toujours d'être insiguiSant. Le Fiiiisl de la Gallé resta donc un « drame en trois actes, à grand spectacle, imité de Oocllie •>. Une mise en scène J superbe en Ot le succès, et aussi le nom de Frederick! Lemaltre sur l'affiche. ■■ Le rôle de Méphislophélès, écrit I l'artiste dans ses Souvenirs, était d'une nullité tellement j désespérante, que je ne Irouvai rien de mieux, pour arriver! à lui donner un peu d'importance, que d'y introduire une j sorte de Valxe infernale que je composai en compagnie de (
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Coraiie, el du diable en personne, je crois.... " Aime Dorval jouait Marguerite, et c'est elle qu'on voyait coiich<5e dans les in-pace de l'Inquisilion, désespérée et pantelante apr^s avoir subi les plus horribles tortures. Le tableau final, hardi comme un décor de mystère médiéval, coupait le lliéAtre en deux, représentant à la fois la canonisation de Marguerite cl la damnation de Faust, le Paradis et .se3 anges surplombant l'Enfer et ses dénions. Il ne fallait pas moins que ces macltineries inusitées, et la ronde du sabbut qui entraînait une bande furieuse de diables el de sorcières, et le lalenl des principaux inlerprètcs, pour faire un sort à cette piètre adaptation, où Faust n'était qu'un « vieillard corrompu, disent les Oéliali, qui ne voudrait revenir à la jeunesse que pour s'enivrer des plus grossières voluptés », où Méphisto donnait la mesure de sa perversité diabolique en séduisant Martha, veuve jeune et coquette! Mais, tandis que Goethe lui-même, dans son lointain Weimar. s'inquiétait de voir son. œuvre la plus chère ainsi travestie et dénaturée, les Parisiens se portaient en foule a la Porle-Saint- Martin et faisaient, à tout le moins, un succès au décorateur et au machiniste. « L'flme du poète allemand, grondait le Globe, a disparu dans l'imitation. » » il y a là, exultait un spectateur contemporain, des scènes et des émotions extraordinaires ; c'est un spectacle comme on n'en a encore jamais vu, et dont les bizarreries sont de nature à piquer la curiosité et à la satisfaire..,. »
Un Fauxt, un peu plus lard — en mars et avril 1829 — tint assez longtemps l'affiche de ta Gafté : était-ce l'adaptation en trois actes de Nodier? La môme année, le médecin Roussel publiait anonymement son Fau»t. ou les Premières Amours d'un m'Uap/iysicien roinatiliiiue, et faisait du vieux docteur allemand un homme de trente-cini] ans, de Méphistophélès, sous le nom de Cimbar, un personnage inquiétant et mystérieux, « assemblage monstrueux de qualités el de
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vices, de vertus el de crimes », gal(?rien philosophe et Figaro J du bagoe : aussi limait-il les barreaux de la prison pour j faire évader Faust et Marguerite. Quant au Mt'pkislopht'tit 1 en trois actes en vers de Lesguillon, les répétitions eo | furent arrêtées par la censure, et il failul le régime nou- 1 veau des théâtres pour permettre en 1832 la représentation |l de ce mélodrame très simplifié.
Eniïn, achevant de familiariser le public parisien avec I une partie, au moins, de la donnée de /■'aiisl, un opéra italiesl semi-serio en mars 1830, le Finisl de Spohr quelques 1 semaines plus tard, le Faiistoj\e Mlle Berlin "en 1831 (a' la Malibrancn Marguerite) affirmaient le droit de la musique J à s'emparer du drame de Goethe. Dès le iTl avril 1829, du I reste, H. Berlioz avait adressé à Weiraardeux partitions de J la musique écrite par lui sur I/uil Scènes de la traduction. 1 Gérard, et un fragment inédit en avait été donné, dans UD-'I concert, le 1" novembre de la même année. Et, là encoretl comme dans les planches que déchit^it le burin furieux àéM Delacroix, le fantastique et le sinistre l'emportaient : c'était déjà le Faust réprouvé que la Unmnalion, a quinze anel de là, devait entraîner dans sa vertigineuse course 41 l'abîme.
De tous côtés, d'ailleurs, autour de 1830j le diable sort des trappes el conclut des pactes avec des humains avides ou jouisseurs. C'est une sorcière qui l'évoque dans Y Amour el la Mort, aux Variétés, en 1828; il joue son rôle de tenlaleur déguisé dans le Moine de Fontan, imité de Lewis, à i'Odéon en 1831. Il se prendra dans ses propres filets dans le M''pkhtuphèUs de Lesguillon, en 1832, au théfltre du Panthéon. Dans la poésie, tandis que les Légendes françaiiet d'Edouard d'Anglemont, en 18iii, mettent assez rarement en scène des apparitions el des pactes diaboliques, quatre de ses iVuiivIles léijendes, en 1833, nous présentenl Satan dans son rôle do conlraclaiil perfide. Le héros du Mdmolk
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réconcilié de Balzac a obtenu du diable la toute-puissance et l'oniDiscieuce. Un contrat joue soq rAle dans la Peau de chagrin. El les écrivains eux-mi^mea, si nous en croyons un passage humoristique de la Phi/sioloi/ie du mnria/jc, auraient volontiers appelé ce pouvoir qu'il leur plaisait de mettre au service de leurs personnages ; « Rentrè chez lui, l'auteur dit alors à son démon : Arrive, je suis pr^t. Signons le pacte! — Le démon ne revint plus. »
Il est vrai que Méphiatopbélès n'avait pas besoin de surgir du monde infernal, de mener la Ronde du Sabbal que Victor Hugo lui faisait conduire dans ses Ballades, de présider la cohue de sorcières et de démons qu'évoquaient VAlberlus de Gautier ou le Mfpkisiophéli's d'Emmanuel Arago, — pour venir grimacer et ricaner parmi les bousingoln. Romanciei-s et chroniqueurs se rangeaient volontiers parmi la descendance de Méphislophélès. Telles tirades de Gautier et de Musset, tels passages de Balzac et de j. Janin, de sèche ironie et d'impertinence cavalière, poussaient à l'extrême les procédés de raillerie que le byronisme comportait (non sans un arrière-fonds de lyrisme et un reste d'attendrissement), et aboutissaient au sarcasme absolu que le diable philosophe de Faust semblait patronner, u Un de ces hommes dont nous disons, en les voyant : // en faut poui-lant comme ra ", écrit Balzac dans le Père Goriot : et ce sont les termes d'une réplique qui désigne le compagnon de Faust. Dans une pièce jouée au Vaudeville en I82!l, Une IS'uil de Paris, un jeune homme naïf se laissait entraîner, par un Aléphistophéiès en chair et en os, à toutes sortes de débauches, fort ordinaires au demeurant. Dans la Salamandre d'Eugène Sue (1832), un satanique de trente ans, Szail'ée, entraînait dans l'abîme le jeune Paul, après avoir — pur dilettantisme du mal — ruiné toute notion morale chez sa victime. Un peu de celte malice méphistophélique aniroedes perso nna ges de B alzac ;
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agrémentée de plus de verve que <le diabolisme, elle inspir Ularjislas, qui donne de si întprudents coni^eils au jeuntri Rosemberg, dans la Quenouille de Barbeiiiie de Mussel.l Th. Gautier rêvait de l'amplifier Jusqu'à repréfiCnler,- ' sous -le titre et sous les traits du Vieux de la Monlii'jne,.\ un eorruplcur génial arrivant au pouvoir suprême on 1 exploitant l'humaeilé tout enliùrc par la satisfaction do 1 ses vices. Môme sans aller jusqu'A celle ampleur dai l'influence et dans l'acLion, il est certain qu'une sorte de J persiflage parliculier eL d'ironie un peu sil'flanle rappelle, I dans le ton de ta plaisanterie des gens d'espril de 1830, J la raitlerie du diable philosophe; et Charles de Bernard, . dans la (iazelte de J'raiirhe-Comté du 26 décembre 1831, constatait que <■ le sourire silencieux et tordu de Méphistophélès a remplacé le rire franc et épanoui de nos pères, le rire qui d'une oreille à l'aulre va.... »
Cependant l'autre élément accessible et aisément assimilable de Tausl, l'épi sode de Marguerite, na point perdn ] ses droits. Classiques et ronîantiques, de bonne heure, se sont accordés àgoùler le charme douloureux de (îrelche! Par pitié pour sa longue souffrance, Mme de SlafI a pria 1 sous son indulgenle protection » son état vulgaire, son J esprit borné ». Le baron d'Eckstein, dans les très conser> \ vatrices Annales de la lill^rature et des arts, s'est écrié e 1833 : " ... délicieuse par sa franchise et sa timidité,.-, il n'y j a rien de pareil dans la poésie du siècle ». Le hargneux j critique des Débnts, le 1 août 1828, lançanl l'analhëma .^ contre le drame do Goethe, n'a fait exception que pour « la « grâce et le déchirant pathétique » de ce rôle. Les lyriq ues k s'empressent de recueillir sur ses lèvres la h»l|itdn 'jjlfgj'l de Thulé. Ulrich GuUinguer lente de rendre, sous le titre \ de Siarguerile, le lied pénétrant où l'amante douloureuse I gémil sa mélancolie et son repos évanoui :