‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 21 sur 52 · AUTOUR BE FAUST · texte numérisé non relu

AUTOUR BE FAUST

Hien ne distrait mon cœu De ta chËrc pensée.

Toujours de sa doitlciir Mon rtme est oppressL'e..

Edmond Géraud, si hostile au faniaslique de l'ausl qu'il trouve le Moine de Lewis plus impressioananl, paraphrase la prière de Grelchen dans la cathédrale :

Abandonni>e, au prinLciiips de nieg jours, Par un ingrat qui traliit raa tendresse,

llcine du ciel, préte-moi ton secours; Deviens l'appui qu'implore ma Taiblcsse.

Ne nous éloniions poînl si Alex. Dumas, dans son adaptation de l'IniriijJie el l'Amour de Schiller, s'avise de glisser une allusioD au sort de Marguerite dans une réplique du père Miller, ou si, dans son Don Juan de Marnna, cet infatigable preneur de toutes mains reconstitue pour Teresa la scène des bijoux et du miroir de Fattsl.

n prières

sont les toiles qui décorent l'atelier de l'Albcrtus de Gautier. Et le souvenir de Marguerite est de ceux qu'appellent, chez un homme de cette génération et qui a de la lecture, les arceaux d'une cathédrale'. D'une façon générale, le type des ingénues amoureuses, dans la litléralure du moment, se nuance de candeur et comme de " blondeur » germanique, dans la poésie et le théâtre fantaisiste de Musset, chez Gautier et chez Janin, même chez Balzac et chez Hugo. Musset, il faut le noter, est tenté d'ajouter, h son évocation de la simple et chaste Gretchen. l'indication

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d'un sentimenl un peu trouble : le fréinissement, devanq la virginité, de l'homme qui a beaucoup vécu, comme danftj ce passage du Saule :

El loi, channc inconnu dont rien ne se détuod. Qui 1)9 hËsiter Fuusi au seuil de Marguerile, Doux mystère du loil que l'innocence habite.

Candeur des premiers jours...

... trop vieux pour s'ouvrir. Ion cœur s'était brisé...

Quond lo ciel le donna de ressaisir la vie

Au nianleau virginal d'une enfant de quinze anw,

et l'on sali de reste combien celte impression se trouvai d'accord avec l'ardente aspiration du poète vers la pureté de la jeunesse cl la candeur de la virginité.

U faut bien l'avouer, l'épisode de Orolchen, plus encore que le fantastique de /•'nusi et que l'ironie absolue du pow sdïîhage de Méphistophélès, a contribué à cacher au grg du public Franf^ais la signilicalion profonde du drame dw Goethe : mais avant de s'en indigner, comme ont fait parlais les critiques allemands, il conviendrait de se demander'' si vraiment il en fut différemment ailleurs, et en Allemagne mâme? En lout cas, rien de significatir comme l'irrilalion d'un critique musical qui s'écrie, dans les Di'bals du 23 avril 1830, h propos du Faust de Spohr : « Un f-'aust sans Marguerile esl une monslruosilé qui devrail nous faire repousser avec dédain l'œuvre du nouveau poète ». Voilà un homme à qui le livret du Ftiuit de Gounod n'aurait point paru insuffisant et rétréci! Metlez en face de celle exclamation le Jugement si opposé de Delacroix dans son Journal : » Un compositeur fait un Faust, elil n'oublie que r£"n/'eT'i le caraclère principal d'un semblable sujet, celte terreur mt>lée au comique, il ne s'en esl pas douté, ■■ — et vous aurez les deux pôles entre lesquels oscilla longtemps l'idée que la pensée ri^ngaise se fit du. drame complexe do

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Goethe : le satanisme dissolvant el l'idylle douloureuse. C'est k celle-ci que Louise Colet, dans sa pièce la Jeunesse de Goethe., empruntai! un passage d'une soixantaine de vers, qu'elle faisait réciter à l'auteur lui-même et à son ancienne bien-aimée, Charlotte :

Oh ! '{ue nos mauvais jours enfin soient auliliûâ !

Reconnais ton amant! il se jette à les picdj^:

De ton sombre cachot je viens ouvrir la porle.

— ■ C'est sa voixi... esl-ïl vrai que je ne suis pas niortcf

Vicni-il de rne parlcrî... n'eB^cc qu'un souvenir?

La simple Marguerite qui séduisit l'imaginalion française trouva, à parti r de 1830, son peinire attitré dans A ry Sc heffer, de même que le diabolique compagnon de Fausl eut, aux mains de Delacroix, un pinceau el un burin dignes de lui : semblable' partage devait s'opérer entre compositeurs, puisque Gounpd achèvera de fixer musicalement l'image de Marguerite, à qui Berlioz ptéFérait les vertiges delà Course à l'abîme. A dater de 1830, toute la partie sentimentale du premier Faust défile devant les visiteurs des Salons; Marguerite au rouet, à l'église, sortant de l'église <c fait pflmer, écril Stendhal & un ami, les belles dames du faubourg Saint-Germain ». La série se continuera longtemps, interrompue quelquefois par d'autres sujets, revenant avec prédilection ft cette figure délicate, un peu morbide, dont le peintre peu à peu exagérera la suavité fluide; mais ce n'est qu'en 1846 que Gustave Planche prendra la liberté d'écrire dans la Iteaue des Deux Mondes : » 11 est permis de croire que le public commence à se lasser de l'interminable série de compositions où figurent Faust et Marguerite «, et que Blaze de Bury prendra la défense du peintre et de l'immortel épisode amoureux :

Je les entends «'écrier : Mais 11 n'en finira donc jaiiiaiB, C'est cliose écrite.

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Et Dul n'ûcliapiie â son dcslin;

Toujours Faust, toujours Valenlin, El Marguerite!

Blaze de Bury, fidèle jusqu'au bout dans sa ferveur poucl cette Marguerite qu'il a clianLée dans ses poésies, élaît louti désigné pour lui servir de paladm. Mais, aussi bien, en 184f Faust a peril.uJe.pouïoir irrilant ou^'duisa nl que.n pii«JjïiB

' avons vu exercer : !e second Faust seul, auquel la .foulai n'accède pas^^conserve un altrail d'inconnu ou de mjslèrç, mais le /'(iiMi rédui! que connaît le public, classé désor-

• mais chef-d'œuvre, n'est plus en eiïel qu'un chef-d'œuvre parmi lanl d'autres, sans action immédiate el sans aclualilé saisissanlo. 11 arrive rnCme à Bal/.ac de déclarer dans

' la Revue ptirUienne que Mi^pJiislophéU-s est « pilojable ■■ : " II n'est pas de valet de la Comédie- Française qui ne soit plus spirituel, plus éveillé, agissant avec plus de logique et de profondeur que ce prétendu démon... ■>. Pareil arrêt de déchéance sera lancé plus laid par Dumas fils, dans la Préface de VAmi des Femmirs, contre la Marguerite légendaire, " restée sympathique et immaculée dans l'imagination des hommes, celte gaillarde qui s'éprend  première vue, qui se donne pour un collier et qui tue Bon enfant! Où est la vierge, où est l'épouse, où est l'amante, où est la mère dans tout cela? " Ce dur paradoxe n'a point entamé une réputation que tant d'années d'alTeclueuse complicité d'imagination, et la commune tendresse de tous les arts, avaient affermie et assurée. Aux alentours de 1830, mOme les plus sévères de ceux qui réprouvent le « gûcliis ■> de la pièce de Faust, n'ont qu'indulgence et tendresse pour la douce amoureuse; et l'on peul s'étonner qu'au fameux bal costumé que donna Dumas durant le Carnaval de 183^, aucune invitée n'ait déroulé les longues tresses blondes de Grelchen — pas plus, au reste, qu'aucun cavalier n'arbora cet accessoire

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S) commun de déguittenient : les plumes obliques du chapeau de Méphislo.

Faut-il reprendre une objeclion souvenlXailei et régler qucTë romanTisme H méconpu absolumenLla significalioD ,' profonde du Faust, et qu'à s'assimiler en toute sympathie j la l'anlasmsgorie et l'ironie du diable de Goethe, ou la candeur et l'ingénuité sentimentale de la vierge allemande, il a discerné aussi mal que possible, il a ignoré dans^ses propres créations, la psjchologie foncière du héro.sï Sans doute, là encore, le goût du pitloresque a pu faire tort à la pénétration philosophique, et beaucoup en sont restés au Faust occultiste, entouré d'un désordre suggestif de laboratoire médiéval, tel que Ta vu Gantier :

La rÈgle et le innrtcau, le cercle cmbli^iTiiitii|uc,

Le sablier, la cloche et la Lalile mystique,

Un mobilier ile Fausl, plein de clioscs sans nom.

OU encore, avec moins de précision, Sainle-Iîeuve:

et, avec le détail des opérations de l'alchimie, Amédée Pommier :

Quand j'enlre dans ton ali-lier, Je crois visiter la cellule Où t'au&t, Flamel el Haiinond LuUe Avaient leur esprit ramîlier;

Où des livres cabalistiques Sur un pupitre ètaienl ouvcrU, Où se voyaient de» mots mystiques Et de sentencieux distiques Sur les iDurs blasonnËs de vers ; Où (laas de puissantes menstrues Se décomposaient les métaux, Oi'i des substances inconnues Dana les creusets el les cornues Cbau (Talent au chai'bon des fourneaux.

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Mais il n'est pas vrai que la singularité pittoresque c costume et du décor — dont le roman et le théâtre f assurément leur profit — ait été tout ce que le romanlism a retenu de la méditation de Faust dans ,son laboratoire. '. y a eu, pour les hommes de 1830, un autre Faust que c nécroman de conte noir :

L'aurre. vrai docteur Fâuel, baigné d'ombre proromlc, Au[>rts (le an croisËc ëtroilc, à carreaux verts, Pourï^uit de son fauLeuil quelques raves amers. Et dans l'âme sans fond laisse Hier la sonde '.

Parmi ceux qui^ sont allés au delà de l'interprétatiod toute superGcielICj beaucoup A la vérité s'en sont tenus à l facile assimilatiori dc Don Juan et de Faust, " hommf^ dégoûté de tout, dit le fllube, cl qui ne veut un diable c pour raviver son goût blasé •>. '■ Goethe, écrit Stendhal, t donné le diable pour ami au'docteur Faust, et avec un f puissant auxiliaire, Faust fait ce que nous avons tous f à vingt ans, il séduit une modiste. » L'opposition des dcuj types, en tout cas, est courante, et suggère à V. IIugo,dàJ la préface de Cromirell, une antithèse commode : •■ Jujin le matérialiste, FausL le spiritualisle. Celui-là a goûté tous les plaisirs, celui-ci toutes les sciences... Le premier se damne pour jouir, le second pour connaître. L'un est un grand seigneur, l'autre est un philosophe. Don Juan, c^ est le corps; Faust, c^esl resprit. Ces doux drames se complètent l'un par l'autre. » Et c'est à la somme des révélations que proclament ces deux explorateurs de la science et de l'amour et cet autre réalisateur suprême, Napoléon, que la Comédie de la Mort de Gautier réduit ce que Thommu peut savoir du mot de cette vie : la présence du néant sous toutes les formes de l'ambition et de l'amour humains, telle est la réponse que font à la fiévreuse enquête du poète ces trois représenlanls des rêves que l'homme porte dans

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