I. Th. Ga\xl\PT, Destinée
AUTOL'H DE PAfST. 143
son cœur ou sous son fronl. La tiécoption i\e Kausl n'esl pas la moins désolée :
Je n'ai pu de mon puiU lirer que de l'eau claire : Le Sphinx inleirogé conlinue à «e laire;
Si chauve et si csseé.
Hélas! J'en suie encore à peiit-itrey elqut taît-je' El les fleurs de mon front ont Tait comme une neige
Aux lieux ou j'ai passé.
Maibeureux ijue je suis d'avoir sans déllancc Mordu les pommes d'or de l'arbre de sciente!
La science est la mort.
Ni l'upas de Java, ni l'eupli-orbe d'Afrique, Ni le mancenlllier au sommeil mai(n6li<|ue
N'ont un poison plus fort.
En effet, pour un 5ge qui ne pouvait connaître les réponses plus consolanles que le si^cond Fausl livrera, loul enveloppées de symbolisme, è rtSlernelle inquiétude, le héros de Goelhe devait surtout incarner celle inquiétude elle-même. Quelques-uns l'ont discernée. « Fausl, écri t GeorgeSand en 1S39, n'est bien compris que de ce q u'on a ppcMc ra rifllocratie des intenjEeniyiS '•■■■ " Avec celle réserve el cette délimitation dont je ne crois pas que nulle litléralure puisse se dispenser, il Taul hien reconnaître que )e contenu du poème n'a point semblé h la France de 1831) étroitement restreint à une idylle et à une Tanlasmagorie, et que les » mystères du Faust " parurent cacher autre chose qu'une aventure d'amour et une apparition du diable. L'exégèse & laquelle les mieux informés de la philosophie allemande, parmi les pens de lellres de celle génération, un J.-J. Ampère, un Edgar Quinel. pouvaient soumellro celte vaste synlhtVse dramatique, manquait assurément de la précision à laquelle tanl d'années il'éludes goethéennes ont permis d'acci^der : mais ni l'ampleur des vues ni lu pénétration intuitive n'y faisaient défaut, Si néanmoins ce symbole de la destinée humaine, avec tout ^. Estai sur le <lrnme ftinlaglii/ae {/tru. d. f). M . ISi», L IV, p. 5931.
U* OOETHK EN FRANCE.
ce qu'il con tient de prédictions voilées, de^ révélations ■ mystérieuses- fit d'indi^^lincls messages, n'a ^Int suscilij - d'œuvres roman tiques analogues, c'est .surtout, selIl^le- ) t-il, à eau «e des curiosités plus h istoriti ues ijue m éLaph veiques du romanlisme français vers iH',U). La philosophie de 1 l'hi stoire de Herd er e{ de yi co, r évélée çd 182". et sajou- j tant à uu goût elTréné de la couleur locale 'que confirmait 1 l'influence de Wallcr Scotl, devah incliner tout e^sai de 1 synlhéaederhumanilé, Iracé h cetteépoque.vçrsledéploie- 1 meiïrdës époques, vers le défilé des âges, plutôt que ver s I une conslructi^^yjibolii^uc qui fût abslraile et distante J de laTision historique : el peut-être les temps où Andrà i Chénier rêvait à son Hermèt auraient-ils été [dus propices 1 à pareille tcntalive. Une intention d'épopée se mêle invin* 1 ciblcment, vers 1830, à toute expression d'une ptiilosophie j de l'humanité. Des œuvres réalisées plus tard, mais qui i ont leurs racines dans ce temps, ne manqueront pas de I s'en ressentir. Lsmarlinc dira dans la Préface de U ChuU ] d'un Ange : « Je veux exposer ia métempsycose de l'esprit; les pliases que l'esprit humain parcourt pouraccomplir ses I destinées perfectibles et arriver à ses lins par les voies de i la Providence et par ses épreuves sur la terre » ; et Hugo, dans la Préface de la Légende de» Siècles, marquera SOD ] désir de tracer " dans une espèce d'hymne religieux à mille 1 strophes, l'épanouissement du genre humain de siècle e siècle, et la transfiguration paradisiaque de l'enfer ter- J rcstre ». Même déroulement, avec une inspiration plus coi- I mogtimqHi; peut-être, dans VA h/uvériis de Quinet : là encore, l'auteur poursuit le dijnamisme de l'humanité en marche, philôl que de symboliser l'activité, les aspirations, les brôssures et les consolatioDS d'un représentant typique du genre humain. Ici, l'inlluence de Faust est visible : légende populaire comme thème central, forme dramatique avec des intermèdes, prologue dans le ciel — cl de nombreux
AUTOUR l)E FAUST. 145
détails, Rachel etTeuillant une marguerite, Mob Taisant, à la Méphislopbélès, le tour des occupations humaines, Ahasvérus el Itachel causant religion, le docteur Alberlus Magnus dans son laboratoire....
C'est UD Alberlus aussi que Geoi^e Sand met en sctne dans les Sept Corde* de lit lyre, drame fantastique de 1839, d'un symbolisme fort dégagé d'ailleurs de toute arrièrepensée historique et épique, où, par contre, se discerne çà el là rinlluence saint-simonienne. Méphistophélcs — qui fait allusion volontiers, dans ses a parte, au précédent du docteur Kaust — suscite chez maître Alberlus la même soif de tout comprendre; mais la suprême sagesse, en dépit des embûches du tentateur, prend possession de l'àme d'Alberlus après qu'il a connu l'amour. Car l'esprit de l'homme, pour pénétrer l'harnionie de la création, doit connaître, lui aussi, l'harmonie, et vibrer de toutes ses cordes, ci Désormais, l'ame d'Alberlus sera une lyre dont loutes les cordes résonneront à la fois, el dont le cantique montera vers Dieu sur les ailes de l'espérance et de la joie : il a aimé. « Une femme, Hélène, est, comme dans /^aus(, rinstrumeni de cette régénération et l'évocalrice du sentiment de l'infini.
Plus encore que dans les épreuves qui mènent l'humanité ou l'âme humaine vers l'harmonie ou la rédemption, le souvenir de Faust se retrouve dans cet élat d'esprit dont le romantisme a bien connu la fougue inquiète cl la fièvre , . démesurée : le désir de se transporter, par le rêve, par la ^i ^ '^ connaissance, par l'amour ou l'action, au delà des bornes quotidiennes, l'impatience â subir les limitations de la destinée, el. puisque l'idée de l'infini hante le cœur des hommes, l'ambition de la réaliser dans une vie surhumaine ou dans une pensée qui s'égale à l'univers :
<Jui de nou8, qui de nous va devenir un Dieu i
Grandiose ou néfaste, ce titanisme dans la pensée ou
i*6 GOKTHE EN PHANCE.
l'action a souvent clamé, dans la lilléralure romantique son souhait d'absolu ou d'immortalité. L'ErapMocle c Polonius l'a connu :
Pour êtancher en moi ceLto Boif invincible, J'aurais voulu franchir tiitis les teints, tous les lieux; M'flaiiccr, loin des liorJs de l'univers visible, Par delà lous ies deux.
J'aurais voulu ni'unir à la nature enliâre; PénÉU-er les secrets île la Icrre et de l'air; Elrc lijul, vivre en tout, dans l'herbe, dans lo pierre. Dans le Teu, dans l'i^llier....
Un moindre panthéisme anime la rêverie fauslienne i quelques personnages de Musset. Lo Tiburce du Saule,
aouIVre surtout de la glaciale pauvreté d'âme que lYludl infatigable et dominatrice a installée au fond de lui. PouJ Je Frank de la Coupe el Us Lèvres, il s'agit moins de déchj frer l'énigme de l'univers que de trouver le secret de a propre cœur :
Pourquoi le Dieu qui me créa Kil-il, en m'animnnt, tcimber sur ma poitrine
L'étincelle liivine
Qui me consumera!
Pourquoi BUia-je le feu qu'un salamandre habite? Pourquoi Ben»-je mon cxur se plaindre el s'étonner, Ne pouvant contenir ce rnyon ([ui s'agite.
Et qui, venu du ciel, y voudrait retourner!
L'Éroslrate d'Auguste Barbier se console en songeant qu'9 y a — môme en dehors des promesses de la religion — ui sorte de prolongement, dans l'être el dons l'existence, > l'homme anxieux de ne point mourir :
Immortalité sainte, û mon noble délire!
But suprême- où mon âme inccsBamcnt aspire.
Ah! la Kloirc n'est pas le seul vaste chemin Qui nous mène k jouir du les splendeurs sans lin.
AUTOUR DE FAL:sT. 147
L'amoui-, l'amour aussi prolonge sur la terre Drsrra){iles humains l'existence èphémîTc, El i(r;lce ,111 fou tniijrnirs' ard»"!!! de son flambeau, La bnii'- m'in ■■■ '1 1 i"' .luv horreurs du Liimlieau: Totin I'- !' I ■■ ■ ■ |Mra dans la nature
Son! Il- I i'|in- ciY'aturc
Contii- II. , .1 .,,,■ I liMimc lie voluplt
NVsl 4iiiiii 1.UU.C ^.ai|.ii' vers rimmortiililé.
La L^lia dejj.^and, e^lle aussi, se souvient de l'aniLUion démesurée de Faust et de.son^japcemenl vers l'inlinî de la connaissance; l'alisolu dans l'amour possède d'une Iianfise semblable celte nature tilanique. Elle-même compare le frémissement et les doutes de sa révolte passionnée à la déception du docteur de Goethe. "... O vie! ô tourment! tout aspirer et ne rien saisir, tout comprendre et ne rien posséder! arriver au scepticisme du cœur, comme Faust au scepticisme de l'esprit!.., •>
L'interp relation musicale, enfin, de la soiT fébrile et tourmentée de Faust, c'est Berlioz qui la donnera dans sa Damnation, àdél'aut deRossint et de Meyerbeer, qui furent l'un et l'autre hantés, de leur côté, par le héros romantique par excelleuce. Sans conclure par l'apaisement suprême, ni faire, à l'ordinaire, leur part aux éléments de grûce, de douceur et d'émolion dramatique où s'attardera Gounod, Herlioz exprimera magistralement cette aspiration et ct-t accablement proche de^Ja^iitl^gation, et sollicilé par elle, que le romantisme a discernés de préférence dans la songerie de Faust. Et c'est bien à l'âge liéroïf[ue de ce mouvement que se rattache, par ses plus étroites affinités, cette partition qui ne fut exécutée intégralement qu'en ISil), quand étaient tombées, même chez les poêles, les ardeurs surhumaines, et que la réaction avait commencé contre le rêve orgueilleux des Titans qui voulaient escalader le ciel.
La polilique et les préoccupations humanitaires, 0(1 se sont jetés beaucoup de^es ambitieux d'infini, ont hérité do lenrsaspi rations eî les ont limitées en les précisant. D'au-
148 COETHE E5 FBANCE.
t res se son t trausfonnés en de simples JwurgeoU- Vjg s'esl relire dans sa loar d'ivoire. Plu^eurs s ont re loun aux anciennes croyances, ef acceplent les réponses t| chrisUanistne peul donnerai»: inlerro^Uons pai^sioi du doulc et au déscin parement de« âmes, a Wrs 1^ soudainement illunninês par la grSce, tes poêles se n k clïânlcr la foi. Don Juan se fil eriniie'--. » Faust e ,j^tt.^„ aiilânt, ou bie n, s'il ne se eonvertit point, j'e icommu oi
Ûon est prononcée contre son angoisse même, l'hdolh^ ô'Neddy, en 1839, se sonvieni de lui. dans son po^nio A doux ans. pour évoquer le chamie de la dévotion dans Je^ coeur d'un premier communiant :
O vieux Fausl, si l'appel de la dof Iif iiat^cale,
Ëcartaal Ue ta lèvre une fiole inTemale,
A pu mettre en Ion ciuur, d'alhèiâme rndurcï.
Une r^minisceocc émue — ua doux souci
Des kNtg» recoeilleBaits que Jadis, pure cl lilanclie,
Ton enfance à i'êgUse éprouvait, le dimancbc....
Le héros de Volber^, potme de Jean Pécontal, « leux comme Manfred, sa^'ant comme Faust, blasé comM Don Juan ", revient à la Toi traditionnelle. Dans la Bralri de Saint-René Taillandier se manifeste l'espoir dune A turc union de la science et de la foi : et ce sera là, coma Monlégul l'a remarqué, " le caractère et le senlim Irai " des travaux de cet écrivain, connaisseur a\-isé <1 Icllres allemandes. Le poème dramatique en cinq joiimA) de Livia, puljlié en 1836 par Euçéne Robin, et dont Vé sode le plus infjénieux était une rencontre de Faust avf Don Juan, se terminerait par la condamnation de Faui n'était la rWemption émanée de son amour lui-mAin Soumcl, dont on cite parfois la tlii'înr Époppf en téi gnagc de l'intluencc du drame goelhéen, se réclame, du
e (Rn-iic dn Drar Maiti
AtTtUR DE PAl'ST.
sa Prrface, de Danle, Mtllon et Klopatock, non de Goethe : en ell'et, c'est pour l'humanilé, mais en dehors d'elle, que se joue le codQH des puissances supérieyres qu'il prélend mettre en scène. En revaDche, jVdolphe Uuoias reprenait le vieux paraUélisme établi entre deux types surhimiaios daD!» sa Fin de la Comédie, i>u la Mort de Faust et de /A>n Juan, reçue à la Cométlie-l-*raQi;aise en 1836, Interdite par ordre supérieur. La utAme aauée, dans Joci'hjn, Lam^^J^e faisait venir le nom de Faust sous ta pliime de son héros, mais avec la plus siguiBcative des restrictions i
Dans mes veilles sans lin je ressemlili;, ma sœur,
A re Faust enirrê A^s (ibiRrea île Picole,
De hi science biunainc éblooiss«ml sjmbole.^.
Oui, c'est Faust, 6 ma sœur, mais dans ces [luils Étranges,
Au liea d'esprila impurs, cooeotè par les an^s!
Oui, c'est Faust, ù o m auju r^mais Fausl avec un Dieu!
Plus nette encore élail l'attitude d'un poème de 183^, la Vallée de Jomphal d'EdmondTexïer. L auteur citait lenéros de Ooellie au tribunal de Ilîeu en môme temps «jue Napoléon, Byron, et un Poète. Foust^Qofessait l'erreur de son pacte inrcrnal et la tristesse de sa foi perdue :
Ed vain pendant cent ans j'ai eliercbé la Le rnondt^ glane encor dans le cbamp de t'ern Oh! (ta«de Tots, bien haut élevant ma priËre, Je rivais dans mes nuits un avenir metllettr!
reur (jni pèse sur ma vie, OL! i|uelle lai^e route unverle ii t'èlTE hsoiaini J'allais par ta science au somiitcl du génie, Et le monde par moi se déroulait sans fin...
Mais le Poète seul, qui, resté croyant, s'était contenta de prier, pourra s'asseoir à côté du fils de Dieu. La vie éleraelle refusée à Faust pour " un moment d'erreur •> : quelle déchéance pour celui qui proclamait en mourant, après une existence tour à lour orientée vers toutes les activités et toutes les préoccupations, le pouvoir de rédemp-
150 OCIBTHE EN FRANCE.
tion du travail ! " Celui-là seul esl digne de la liberté comme^ de la vie, qui doit chat]ue jour se les conquérir à nouveau. > L'irruption du préjugé chrétien esl aussi diRcernable dans J le soin que Dlaze de Bury prenait, en 1840, d'accompagner I sa traduction de /"'ausl et du Second Faust d'un Esmi sur la * mystique qui mettait la Vierge Marie, la Reine des Anges au suprême échelon de 1' " échelle d'amour » du poème.
D'ailleurs, si nous voyons la pensée française s'écartei au nom de l'ancienne foi, du poème de Goethe, d es œ uvrga I comme celles que nous venons de citer se servaient encofft | de celle forme même du drame philosophique dont Fg^utt 1 nous a révélé la souplesse et la complexilé. C' est là, poiiT | notre litLérature, une acquisition durable due à IVcuvre de 1 Goethe, Il faudra, par la suite, Ctre un romantique invétéré 1 — je songe au Souper du Commandeur de Blazc de Bury, à 1 rimnpiei' de //ariem de Gérard de Nerval, à une adaptation! projetée par Dumas père — pour tenler encore une utii salion théâtrale des principaux éléments fournis par drame allemand; la forme pluldl livresque du drame philosophique, prèle à accueillir toutes les variétés d'art et t pensée, se retrouvera au contraire â des époques fort é gnées du romantisme. C'csl le souvenir de Faunt qu'oi rappellera, à propos du Futura d'Aug. Vacquerie, de Villiers de risle-Adamj.de la T-'ntnliou de saiul Anloin de FTauberl, des drames philosophiques de Qçflg œuvres complémentaires de la Légende des Siècles en liberlé assurément, lointaine descendance de la " méditation dramalisée de <^Joj.^lliÊ.
11 est vrai que les Français n'ont pas la l êle nié taphysjquaa le gofll des symboles, la sympathie el l'intelligence pour li abstractions personnifiées et pour le langage des chose inanimées restent chez nous le privilège de l'éhle. Gautie avait raillé, dans Une lanne du Diable, le facile synthétisma de ce procédé, el l'illuslrc Durand d'Alfred de Musset d
ALTOUIl DE KAUST. 151
faisait qu'exira vaguer d'une fagon donl (Joelhc avail un peu patronné l'ambitieuse immensité :
J'sccoudiailenlemenl d'un |iotine effroyable.
La lune et le soleil se liatlaienL dons mes vers;
Venu» avec le Christ y dansait aux enfers.
Vois combien ma pensée était philosophique :
De tout ce iju'on a fait faire un chef-d'teuvre uniiiue.
Tel fut mon bul i Brshma, Jupiter, Mahomet.
PlatoD, Job, Marmontel, Néron et Bossuet,
Tout s'y trouvait!
Est-ce donc — il est periBis de se le demander — uue manière de Stcand Faust que Durand avait éiucubréc?
Musset pouvait bien, en 1838, viser, par cette raillerie parodique et un peu sacrilège, une œuvre donl la signification intime restait scellée des sept cachets; le poète de JVamounn, qui a surtout vu dans le " noble Goelhe >. une sorte de Bjron plus tendre, apjiartenail^ à upe géné ratio n mal préparée à pénétrer si peu que ce fût le sens du Second Faml^ et à une variété d'esprits peu laite, d'ailleurs, pour s'inquiéter vraiment de ce qui n'intéressait point leur cœur. Ampère, en lttà8, avait interprété cependant avec beaucoup de sagacité l'intermède il'Hi'lèn-:. Lerminier, dans ses études Au-delà du Hhin, analysa longuement, en 1833, ce " drame du panthéisme moderne, de ce panthéisme idéal qui met la pensée k l'origine cl au dénouement des choses ", B Iragédie qui concorde avec la philosophie de Sohelling et de Hegel, chœur lyrique de l'ontologie allemande, prophétie des révolutions iiilellecluelles qui attendent l'humanité n. Mais, la mêrue année, les Éludas sur Goelhe de X. Marmier, en dégitjle l'admiration pour le Second FciuiC qui s y manifestait, y déploraient l'incohérence continuelle el le triomphe de l'allégorie. C'esl, pour Janin, » le Faiinl des Petites-Maisons », pour Eug. helacroix, <i un ouvrage mal digéré et peu inléressaot au point de vue littéraire ■■. Lamennais le lit en IHil, et sa lecture
le confirme dans * quelquefois, écrit- ,({ae ce grand chai
(ÎOETHE EN FRANCE.
athie pour Goelho. « Je me fig' mai 1841 au baron de Vilrolles, .
ilendaiL à merveille qu'il ne s'en- | 'tendiiil pas el riailen lui-in Orne des pauvres nigauds qui se i creuseraient un jour la cervelle pour trouver le mot d'u énigme qui n'en a point.... <•
C'est que la pensée française ne pouvait tenter que sur | de nouveaux frais d'explorer les abstruses arcanes du 1 /■'mut intégral, La provision d'idiVs et de senlimenls a laquelle avait vécu le romantisme ne pouvait lui permettre 1 de soupçonner les messages cachés du poème, — à peine J la nature et la portée de ces messages. 11 fallait une inil tion Bcientifiquc nouvelle, il fallait aussi la prt'occupalion ' ,, grandissante des questions sociales, pour donner à une J génération ultérieure — el qui se détournera du roman- j lisme — le goilt et le désir de pénétrer une fois de plus 1 l'immense mêlée de légendes enclose dan» l'œuvre de j Goethe.
- Du moins !e romantisme a-t-il aimé, dans Fausl, beau- J . coupïïe mystère et beaucoup d'attendrissement; il a com- 1 pris quel idéal de vie intense et supérieure soulevait le héros f au-dessus des bornes assignées à l'activité et à la pensée humaines : et de ces révélations, qui s'ajoutaient à tant d'enseignements et d'encouragements fournis par l'œuvre de Goethe, il a su être reconnaissant à son heure,