‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 24 sur 52 · LE LENDEMAIN DU ROMANTISME · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DU ROMANTISME

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Ni le commencement du xix" sitcle, qui vil paraître les premières Iraductions de H'i/Ae/m^/eiï/er, ni le romantisme de 18.'(0, qui, de confiance, lenla de s'annexer cette œuvre après tant d'autres productions exotiques, ne tirèrent, de ces essais d'initiation, intelligence réelle ou vrai profit. Dès 1190, de Pernay, émigré à Weimar, avait traduit le 6" livre des Années (CappreiilisnQtie et clierché en vain à inléresser à la publication l'imprimeur Unger. LeïS avril 1797, Mme de Staël écrivait à H, Mcisler : « Goethe m'a envoyé, avec la plus superbe reliure possible, un roman de lui, nommé « WiUams Mcisler ». Comme il était en allemand, je n'ai pu qu'admirer la reliure \el Benjamin assure entre nous que je suis mieux partagée que lui qui l'a lu). Mais il

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faut que dans voire bonlé vous fassiez parvenir de ma part à Goethe un remerciemenl superbe qui jelle un voile sui mon ignorance el parle beaucoup de ma reconnaissance e de mon admiration pour l'auleur de Werther, » L'auleurds M'erfAer invoqué à propos de Goethe apaisé et assagi, opp< même à celui-ci; le roman de jeunesse barrant presque Ufl passage aux œu^Tes de la maturité : voilà, nous le un phénomène assez ordinaire. Pour Mme de Staël enil particulier, même quand sa connaissance de l'allemand élu de la lillérature allemande se sera précisée, et que Scidegrf'l l'aura guidée à travers les arcanes intellectuels d'outre- f Hhin, elle se contentera de vanter les « discussions îngé-l nieuses et spiriluelles ■• de H îlhelm Meister, el ne parlagernl niillemenl l'admiration i\e son guide*, el du romanlisfflftil allemand loul entier, pour une œuvre trop calme à son grtM et >< une intrigue de roman dont l'intérél ne vaul pas csj qu'elle fait perdre ".

« Ouvrage Iris admiré en Allemagne, mais ailleurs [)ea1 connu n, pouvait écrire Mme de Stai'l en 1810. Des Iraduc- J lions françaises, mais maladroites, et dos comptes rendus^ J mais dédaigneux, avaient pourtant, avant cette date, essayé 1 de faire accéder aux Anni^en d'apprentissage le public qui! naguère avait accueilli Wrriker avec enthousiasme. L'une 1 des traductions, publiée à Coblence en 18(11, ne fut pas'l terminée et resta à peu pri's inconnue. Une autre, parua t en 1802 à Parts, était due à un traducteur même de Werther, C.-L. de Sevelinges : trois pclile volumes qu'accom-' pagnaienl « des figures et des romances gravées ». Et 1 quelles romances! les chansons insérées dans ll'itAefml Mchter étaient gauchement rendues, avec une fausse naïveté lamentable :

Bon Iraubaclour, sans nul souci Peut se mellre en voyage ; Partout il trouve un doux abri.

Partout joyeux vicage...

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ou encore :

Je puis encor soDgcr à vivre,

A-lrrcd revoit te Joui-; Un Dieu, lorsque j'Hitaia le suivre,

Le rend à mon amour t

Fan fan dans sa fa i blesse

Ne pul te secourir,

Fanfan dans sa Iristcsse

N'avait plus qu'à mourir....

Fanfaii, c'est Mignon; Alfred, c'est Wilhclra; et celte modiltcatiou de prénoms, disait le (raducleur dans sa préface, était « le moindre des cliangemenis qu'il s'est cru autorisé il faire ». En clTel, " nombre de chapitres et de passages ne peuvent avoir de sens ou d'agrémeal que pour les personnes ramiliarisées avec les mœurs allemandes; nous les avons élagués, autant qu'il a élé en noti'e pouvoir j.. En dépil de ces suppressions, et malgré l'aveiiissement du Iraducteur, prévenant « les amateurs qui ne clierchent, dans toutes les nonvcaulés, qu'un roman pur el simple, qu'ils ne trouveront pas précisément ici ce qui compose leur lecture habituelle ■', Alfred fut aussi peu goûté que possible. Le jugemen t de M.-J. Chéniert dans son Tnlileau^ est représentatif des objections et des répugnances du temps : " Ce livr^esl trop long, quoique abrégé par son traducteur.... Ou reste, une intrigue bizarre et ïnal ourdie; une action tantôt traînante et tantôt précipitée; de.s incidents que rien n'amène; des mystères que rien n'explique; un personnage principal pour qui l'on veut inspirer de l'intérêt, et qui n'est qu'un ridicule aventurier; d'autres personnages que le romancier jette au hasard dans sa fable, et dont il se débarrasse par des maladies aiguës, ou par un suicide, pour faire arriver bon gré mal gré un dénouement vulgaire et froid : tel est le roman d'Alfred, incohérent ouvrage, où le talent qui inspira Wirlher ne se laisse pas mi>rae entrevoir. »

M -J. Chénier ne faisait seulement pas grâce, parmi les

UOETHE EX FRANCE.

personnages secondaires <■ jelcs au hasard dans la fable » à celui que MmedeStaiH avait distingué, et duquel s'épreadi rimagioalioD romantique : Mignon, " créature exlraordi naire ", <• mystérieuse comme un rêve '•. Sous le nom dw Fénella, la traduction de l'éieril du Pic de \V. Scott, e 1823, nous apporte une seconde t^preuve de l'héroioe d Gocllie, dont la descendance va jusqu'à la EsmeraldaJ de IVutre-liame de Paris, et au delà. " Fénella, Mignon,,4 remarque Janin dans les Débuts du i janvier 1830, ce sont! deux CFL^alures identiques, toutes deux appailiennent km Goethe, \V. Scott la lui a prise tout entière. Mais laJ femme-enfant de Goethe est inliniment supérieure à l'imi^n tation de W. Scott. "

Même cnjigne directe, la singulière jeune personne duJ roman allemand est vile adoptée. Une Petite Boh^mi''. de Caigniez, qui attire, en novembre 1816, la foule à l'Am-J bigu, semble inspirée par elle. Sa fameuse chanson, dèSfl Corinne, dès \' Ep\ti-e sur Na/Aes de Mme de StaSl, symbolisov dans loulc son ardente mélancolie l'allirance du ciel italio sur les âmes du Nord :

C'est ainsi que l'entend VAIùerlus de Gautier :

D'innombrables traductions, de X. Marmier £ Toûssenel à Ralisbonne et Ed. Grenier, tenteront de i donner l'équivalent fraui^ais de son Ik-d nostalgique; elîl faTJl ?frc, dès 1835, le dernier des notaires de campagne] pour susciter un quiproquo tel que celui que relate 1 Gerfaut de Ch. de Bernard ; " Je commence — dit un peiutrel — notre propos artistique : Connais-tu le pays oii les^ ncitroilniers fleurissent"? — Il y fait plus chaud que dans \bM

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