‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 27 sur 52 · II. M., 2 juillol isai.p. [U · texte numérisé non relu

II. M., 2 juillol isai.p. [U

là, cela esl plus que singulier, en morale d'abord, el puifli mCme les idées qui oe tienuenl pas direclemcnl à la moraM sont ou lourdes, ou fausses, ou pUL'riles. C'est sincèrereieD^ que je dis que probablemenl je n'y comprends rien..

J.-J. Weiss, dans sa Ihi-se sur Hi:rma»n el Ooroihée^M remarque en i8o() que « si nous voulons bien prendrt l'hypollièse de Goethe telle qu'il lui a plu de l'imaginer » il en a tiré, en somme, ■> la victoire de la vertu réfléchie suq les emportements de la sensibilité ». Au contraire, Camille Selden, dans la préface qu'elle met eu tète de sa Iraduo* lion des Affinili's, en 1812, songe surtout à " l'éternelUi inconséquence du cœur Jiumain » et è « l'impossibilité àtà se soustraire aux décrets du sort ».

Dumas fils semble avoir — avant de se brouiller avec Goethe — pratiqué sérieusement ce livre. C'est un chassa croisé l'ort analogue à celui des Affinités, et peut-être inspiré par lui, qui, dans le Héifent MuHd de cet écrivaiDjI dissocie les couples de Des Grieux el Manon, de Paul « Virginie.pouramenerde nouvelles combinaisons. L'affinité,! ici, est surtout une loi d'opposition, et l'auteur — di^lait significalif — en attribue l'énoncé à Goethe lui-mSmeJ B Vous avez ajouté, lui écril le Régent Mustel, que, le cœuri ne vivant que de contrastes, et les quatre types que e connaissons se rencontrant. Des Grieux aimerait VirginieJ Manon aimerait Paul, et que ce serait bien heureux encore si Virginie n'aimait pas Des Grieux, et si Paul n'aini Manon. »

Ailleurs aussi, Dumas fils se souvient des.lj^nifi's: dans si NouieTk lettre de Junius, Evlfacie daté du 20 décembre 1870J où il fait allusion au phénomène qui peut faire de « l'enfand engendré par le mari... l'image vivante, au moral et au phy4 sique, de l'amant qui n'a jamais su à quel point il étaîlj aimé Bidansl'^/ranjciv'surloul, où cette liradede Rémoniovl (acte II, scènei) est toute pénétrée de l'hypo thèse goethéenned

LE LENDEMAIN DU îiÛMAXTlSME. 19t

« L'amour fait partie tie l'évotulion de l'i^lre; il se produit à un certain âge, ItidépendammenL de Loutc volonté et sans objet déterminé. On éprouve le besoin d'aimer avant d'aimer quelqu'un. C'est par là que l'amour appartient à la physique, qui traite des propriétés existant à l'intérieur des fiires; tandis que le mariage est une combinaison sociale qui rentre dans la chimie, puisque celle-ci traite de l'action des corps les uns sur les autres et des phénomènes qui en résultent,... Si vous êtes assez ignorant ou assot maladroit pour vouloir combiner deux éléments réfractaires, au lieu d'obtenir des Tusions, vous ne constatez que des inerties, et les deux éléments restent éternellement en face l'un de l'autre, sans pouvoir s'unir jamais. »

A mesure que s'étend et se précise la connaissance que la critique franijaise prend des travaux scientifiques de Goethe et des détails de sa vie, les Affinili's s'éclaireront de jours plus Trancs et plus pénétrants. A. Méziëres y verra surtout la confession d'un amour d'arnëre-saison; Mme Arvède lîarine les rangera nettement parmi les écrits scientifiques de Goethe, mettant en action, " tel qu'il le concevait, l'un des problèmes philosophiques Fondamentaux que soulève la chimie >>; Rod insistera sur la hardiesse morale du thème proposé, et sur <• le sentiment profond de la destinée, maîtresse irrésistible de nos sentiments, de nos douleurs, de notre vie, qui combine leur marche à sa guise et fait servir à ses fins secrètes jusqu'aux incidents les plus insignifiants en apparence ». 11 arrivera mi'mc qu'un ppèle ait la coquetterie de rappeler jivec sympathie la.lectlire qu'il fil de ce livre :

Les parfums dans l'air mol a'cxaltenL : Il a plu : L'air est plcio de vapeurs qu'un crépuscule bleuté.

La lullf aérknne indéeise esi de Gcictby DoîîTIes Afiiniléa éleciiveç m'onl plu '.

1. Roiicrl de Monte^quJou, le» Pcrlts Bouget, is^jg^sunnct L\.

iga GOKTHE EN FllANCB.

Mais il a fallu que ce roman aUendll, plus que d'à œuvreSj une conjoiicliQn de circonstances favorables. commenlflirc fontii- sur la biograpliiu de son auteur Burloul, la révélation du sérieux insoupçonni!: el de l'infs'^ tigable persévérance des éludes scientifiques de Goelhe, i laissaient pas d élre indispensables. Il ne pouvait guère,^ d'autre ^art, élre çilé ayec quelque estime avant l'époque | où~Ié'roman jisyebolqgique se mettrait en quête d'anc^Lrea J [P. Bourget citera souven t les Af fnlfèj dans ses/*rê/'ncfi»J et da^S^sesJ'Jtud^s) et où dos litres de romans comme I'ë'ik-J preinti^, le Fenaent, etc., témoigneraient à eus seuls — synt-v bolisme ou allégorie à pari — qu'il existe desanelofjies pro-l foudes entre les phénomènes moraux el les phénomëneo f physi<|ues. El il se trouve ainsi que ce livre, avec sa tliése. J douloureuse et hardie de la force redoutable et aveugle da'l l'amour, est reste lettre morte pour 1 époque littéraire qui I a le plus célébré la fatalité de Ib passion, el que celte psy- i chologie assimike a un dynamisme n n été comprise qu'aiL moment oii le romantisme ftait chose périmée. C'c^que, < ni par son litre énigmatique ni par la matérialité de SQW hypothèse, les Affinités ne pouvaîenl plaire à des généra-l lions littéraires soucieuses d'idéaliser à toute force la.1 gassion. et pour qui l'amour, s'il élait fatal, était aussi J divjn- . . .

Il est très légitime de rallaclier aux fictions romanesquai de Goethe un épisode de sa propre vie qui, révélé en i ne passa point inaperçu en France, et dont la donnée, à c moment, frappa moins peut-élre comme document h pliique que par son raractère de nouvelle sentimt Signalée en 184:2 par un article de Ph. Chasics dans lot Délini'i, la correspondance de Goethe el de Beltinaiul li duite l'année suivante par S. Albîn, el commentée par d0:| nombreux comptes rendus. On y put lire comment i jeune fille de Francfort, lutin mobile qui joignait l'imagi-]

LE LESnEMAIN Dl" nuMAMISME. llKt

nalion italienne à la rêverie allemande, sYpril pour les cin(]iianlC'hiiil aa^î de (îuelhc d'un anioiir singulier et charmant, et la Façon dont le poète vieillissant se caressa le cœur à cette exaltation tout en la tenant à distance. Silualion curieuse, ù laquelle Sainlc-Iieuvc consacrait encoreTinTeûnielon en 1850. et qui inspirera peut-être, plus tard, la nouvelle que P. Bourget inlilule VA^c de l'Amour. Pour l'instant, c'est l'attraction exercée de loin par une renommée littéraire sur une jeune lectrice enthousiaste qui inspire une œuvre française : Balzac écrit en tSH Modeile Mignon . Son héroïne s'éprend pour le poMe Canalis (l'un amour que celiù-ci compare lui-môme au « cas « de Beltina. •< Une Jeune llllc de rAllemagoc, écrit Canalis è Modeste .Mignon, a, dans Tivresse de ses vingt ans, adoré Goethe : elle en a fait son ami, sa religion, son dieu 1 tout en le sachant marit^. Mme Goethe, en honne Allemande, en femme de potle, s'est prêtée à ce culte par une complaisance 1res narquoise, et qui n'a pas guéri Bettina!... N'étant ni lord Byron, ni Goethe, deux colosses de poésie et d'égoïsme, mais tout simplement l'auteur de quelques poésies estimées, je ne saurais réclamer les honneurs d'un tel culte.... "

Le charme romanesque dont s*auréolait Bettina (devenue Mme d'Arnim) aussi tard qu'en 1847, attirait auprès d'elle Edouard Grenier, chargé d'une mission diplomatique k Berlin : et le mystère de la Fameuse correspondance, nous raconlenl ses Sov-venin lilléraires, intriguait encore le jeune Français, grand admirateur de Goethe, qui interrogea Mme d'Arnim et obtint un jour cette réponse : « Eh bien, oui, c'est ce que j'aurais voulu et aimé lui écrire I u

En somme, les romans de Goethe — \Vrrtfi''r excepté — ont surtout servi à faire saillir des divergences d'esthétique entre la forme, si allemande, du roman d'éducation ù la

GOKTIIE EN FRANCE.

Vri//(i'/ni Hfeisler, cL les préférences françaises pour le r d'une crise ps)cliologi(|ue déterminée, d'nne nventun bien définie, d'une action nettement agencée. Non ions, semble-t-il, les héros qui, munis dès l'origine iùllt! caractère et d'une psychologie donnés, agissent > mément à ces tendances, alors r|^ue les Allemands trouvenl plaTsir à voir évoluer devant eux un personnage en q de sa vraie individualité, el qui se met en route, à Iraverfl la vfe. à la recherche de son moi définitif et de sa vocalic vé niable.

Encore l'âge immédiatement postérieur au rom: pouvait-il trouver un charme mi-fanlaisiste, nii-i à l'aventureuse équipée de Wilhelm ; el des œuvres comn] Consuelo ct te Capitaine Fracasse possédenl, à des degré différents, quelques-uns des caractères qui font la singula9 rite artistique de II'. Meister. Mais il était difficile que même génération s'intéressât à l'hypothèçe foncière des Afj tillés : ce roman tient en effet d'aussi près que possib l'activité scientifique de Goethe, el ce n'est que vers 18i que la France — en dehors de son Académie des Scienct^ — put se rendre comple de l'imporlancc qu'avait, pour h jusleévalualiondeccmulliplegénic, tout ce côté de l'œuvrt de rioelhe.

.vtc ornuell dans leurs nngs

is vnsle IntclIlKence des lemps

. En uf Goellie,

il a marquê^'MiiErelikb ' i Ip wn

ÎDrVfion nuire ifej Sficnre» nofurtlltt. l. LVl. nrticli- Gueihe. iB45-I

Il ne saurail CLrc ici question de suivre la Irace des idées mêmes de Goethe dans la science française, cl de rechercher quel profit la inélhode el la philosophie scientifiques ont pu tirer chez nous de la Mt'ldinorphose des Plantes^ de Vlnlroduclion à t'atialomifi comparée ou de Vù'-tpèrience considérée comme médiatrice entre le sujet et t'objel. C'est, d'une Tacon moins technique, de la découverte de Goethe comme savant qu'il doit s'agir dans ce chapitre, plutôt que des vicissitudes qu'ont pu rencontrer en France l'idée de l'unité de composition organique ou la méthode de l'empirisme intellectuel. L'élargissement de la notoriété de Goethe dans une direction où l'on ne s'attendait pas à trouver un poète, le retentissement nouveau d'un nom

auquel semblail surGre sa gloire liltéraire, la publicalion € l'appréciation de ses écrils sciealifiques eo France; nouveaux travaux d'approche préparant eux-ni«*mes l'éludi de sa philosophie, l'explication plus approfondie une conception plus complète de la personnalité de l'écri vain : tel doit être l'objet d'une enquête où l'hisloirt littéraire restera plus intéressée que la philosophie dfli sciences proprement dite.

On sait avec quel amour-propre passionné Goethe I toujours défendu sa valeur de physicien et de naturaliste Elle lui fol longtemps contestée en France comme i Allemagne. Il avaJl pourtant, de bonne heure, laissé ^ à des Fran(;aiâ le sérieux de ses préoccupations et de s recherches; et maint émigré, à Weimar, avait pu s'él de trouver l'auteur de M'erCAer penché sur des obsen'atioDj et des expériences inattendues. En I"Ï9G, il prêtait à Mo* nier des ouvrages de botanique; en 1798, il se liait avec le comte et la comtesse Fouquet pour des travaux d'histoire naturelle à entreprendre en commun ; « D'excellentes gens, polis et scrviables, écrivait-il à Schiller le â8 février, et qui sont d'accord et en parfaite entente avec moi; mais on a toujours l'impression qu'il en va d'eux comme de Voss, qui reste persuadé en Hn de compte que, pour faire des hexamètres, il n'y a et ne saurait y avoir que lui.... ■>

La partie la plus illusoire de son activité dans ces domaines, la théorie des couleurs qui devait, dans sa pensée, détrflner la doctrine newtonienne, le préoccupe surtout : il fierait heureux de lui trouver des adhérents parmi les savants français. Lorsqu'en 1807 il va faire paraître en corps de doctrine sn théorie optique, son ami Reinhard demande en son nom à Vitlers de Iraduire en frani,nis le manuscrit de Goethe : » idée tout à fait digne du satnl Apostolat auquel vous vous êtes dévoué ■>, écrit Reinhard le 30 juin. Puis, après avoir exposé avec enthousiasme les

conséquences de cet Anii-yewton, ReiDltard insiste sur la nécensitt* d'une traduction : « Les idées de M. de Goelhe trouveront, n'en doutez point, un champ préparé dans la nation allemande,... mais comment les transmellre aux Français qui, dans aucun sens, ne consentent à se laisser conquérir.,,? A trois ou quatre paragraphes près, le livre de M. de Goethe est français ; mais ce sont précist-menl ces para graphes -là qu'il faudrait savoir traduire.... " Villers promit de s'occuper de celte traduction dans la mesure de son loisir, de lâler surloul l'opinion par un article inséré dans le Conservateur. D'autres soucis l'écarlèrenl de celte entreprise; et lorsqu'en 1810 Goelhe revint à la charge, Villers fit la sourde oreille, manifestant d'ailleurs des théories peu concihables avec l'hétérodoxie de Goelhe.

Trois ans auparavant, en 1807, grflce encore aux démarches du fidèle Reinhard, le l'raiW des Couleurs se trouvait en épreuves entre les mains de Cuvîer. Delamhre, pressenti à plusieurs reprises, verbalement, par Beinhard, répliquait : " Des observalîonsl des expériences! et surtout ne commençons pas par attaquer Newton. » Malgré l'activité du dévoué diplomate et ses vives sollicitations, l'Académie des Sciences refusa de faire un rapport sur le mémoire de Goethe, un tel travail, avait déclaré Cuvier, n'étant pas propre â occuper une académie....

En 18ti, cependant, un an après la publication du Tyaiïtâ'H Couleurs, les Annales de Chimie consacrent plusieurs pages à l'analyse de cet ouvrage. L'insistance avec laquelle Goethe revient sur des phénomènes déjà connus, son dédain pour les mathématiques, qui lui fait « abandonner aux géomètres ■> la solution des difficultés, sont flèchemenl lancés par Ilassenfratz, l'auteur anonyme du compte rendu; mais c'est surtout la discussion anti-new- (onienne de la seconde partie qui est aigrement repoussi'c. La critique de VOpli'/ue de Newton •■ présente un con-

Iraste frappant entre la manière précise et simple avei laquelle Newton expose ses expériences et ses conclusions,'^ et le ton emphatique, vague et ironique, avec lequel M. Goethe nie les Taita les plus connus, et les consÔ'^r quences les plus évidentes ». Nulle valeur positive dansl les hypothèses que hasarde ce racmoire. « 11 est h r quer que, dans le Traité det Couleurs, aucune expérienca n'est mesurée ni analysée; lauteur se retranche toujouwj dans un vague d'idées, au milieu duquel il élude les con-l séquences positives qu'il serait forcé de déduire de I mesure des phénomènes ». En revanche, des ironies et desJ injures à l'adresse des newtoniens : u On est surpris de 1 voir M. Goethe employer de semblables arguments dans 1 un ouvrage de physique, et l'on s'aperçoit trop souveot^J qu'il n'est pas dans la disposition d'esprit qui convient jitl ceux qui cherchent franchement la vérité,... "

Du moins le rédacteur des Annales de Chimie épargne-l-llîl à l'auteur du Traité des Couleurs le reproche qui lui était! particulièrement sensible — celui de dilettantisme s( fiquc — et ne le renvoie-t-il pas expressément à la Ultéra-l ture. Mme de Staël n'eût guère manqué de le faire, et il"! n'est pas bien sûr que " l'esprit universel •> qu'elle signala. fl chez Goethe comprenne son activité scientifique : mai>j| VAllemagrie est muette là-dessus. La voyageuse avait pour^ tant, durant son passage à Wcimac, été mise au courant detv théories optiques de l'auteur de Werther; et à Knebel qur^ tâchait Je lui faire comprendre les idées de son ami suf | les couleurs, elle avait répondu avec sa désinvoltun; d'im-, provisalricc : » Ah! mon ftge est le rayon affaibli de mal jeunesse! ■■ — comme si, remarque Knebel, la jeunesse'! était jaune et la vieillesse bleue....

Ce lilre de savant que ses travaux sur l'optique n'onlj point valu à Goethe, l'histoire naturelle devait le lui c férer peu à peu, non sans qu'un pri-^jugé assez commun, ef ]

PHYSICIENS ET NATURALISTES. l'JB

sa gloire lilléraire elle-raôme, vinssent s'opposer à cet t-ni-ô- Icnieal d'un poêle sous une bannière nouvelle. La tliéorie de l'unilé de composition organique dans les végétaux — la plante tout entière ramenée à une feuille transformée — exposée en 1790 dans l'Essai sur la Mélamorjjliosi' des Plante», n'avait pas élé prise au sérieux d'abord. On y revint lorsqu'en 1813 Decandolle, dans ses Prinripca de la tijmélrie et de la métamorphose des Plantes, exposa sous une autre l'orme, et avec un appareil scientifique plus rij^oureux, une théorie idenlique au fond. VOrgaiiographie vi''jrlaU- du même savant, en 1827, cilail, TTaus sâ~pr(-i'ace, '. nilustre poète Goethe u parmi les anc6( res de cette dp c- Irine botanique. Cependant c'ét ait biea encore, dans la pensée de DecandoUe, un accide nt d e g énie plu tôt qu 'un résultat de méthode, qui avait amené Goethe à sa découveHe : il y parut bien lorsque, la Métamorphose ayant été traduite en ISâO par Gingins-Lassaraz, le botaniste genevois en rendit compic dans la JUbliiilbpqup uinverxelle : un grand poêle, disait-il. s'écarte un instant de la voie accoutumée, jette.un regard sur le monde végétal et, <' devenu momenjanémenl botaniste ». fait une découverte importante " en passant >■. Soret, l'ami genevois de Goelhe, se proposait de protester, au nom de la carrière scientifique de l'auteur de la Métamorphose; niais celui-ci semble l'avoir détourné de toute polémique avec DecandoUe.

Or, tandis que l'idée de la métamorphose continue à faire son chemin dans les travaux des savants, et, reprise par de Jussieu, de Mirbel, Turpin, devient classiqiie pour les spécialistes compétents, des témoignages aulorisi's signalent de plus en plusje mérite scientifique de Goelhe à un public plus étendu. ■> M. le baron Goethe, président de la Société granil-ducale de minéralogie ", devient membre correspondant de groupements scientifiques français." Cuiw luj envoie la collection de ses discours aca-

démiqucs, Iransmct les remercicmenls que l'Académie de»l Science», en 1B31, lui adresse pour une nouvelle Iraduo^-I lion de sa M^lamorphosn, celle de Soret. ric oITi-oy Saiol Ililaire prend texte de celle publication pour lire l'Académie, le 3 juillet 1H31, une note que les journaix reproduisent, et pour publier dans les Aiwnlen des i nnlurettes un article intitulii : Sur des ÉniU de Ooelhe l donnant des droits au lilrfi de savant naluralhjf. Il expl les raisons d'une longue ignorance de l'opinion à cet ég " ... Couimenl Icnir compte à ce poèlc, à ce profond more liste, d'une haute capacité dans un autre genre, c'est tout à coup et seulement vers le milieu de sa carrièpe».! qu'il en produit des preuves? On ne vil en cela qu'un poJ^Ut'J s'essajaiit de chanter sous une autre forme les grandenrtj de l'univers; une vieille habitude d'admiration pour 1 pot'te n'y lit pas découvrir en outre un savant investiffi leur des plicnomènes de la nature, une autre aptitude « génie, s'appliquant à reculer les limiles de la science dan les plus importants sujets de la philosophie naturelUi Hevenons de ces jugements.... » Suivait un exposé ( théorie de Cioelhe, que Geoffroy Sainl-Hilaire terraitti par ces lignes : " Des observations qui précèdent, je cpt pouvoir conclure que, si Goethe n'avait déjà réuni ass de litres pour être proclamé le plus beau génie de i siècle, il devrait encore ajouter à sa couronne i poète et do profond moraliste ie renom de savant naturaliste, qui lui est dû pour l'élévation de ses vues et sa force philosophique au sujet des analogies végétales n.

Geoffroy Saint-Hilaire, ici, bornait sou examen des litres acicntifiques de Goethe à s^es travaux botaniques; on peut d'autsnt plus s'étonner qu'il ne l'étendlt point à sa philosophie zoologique, que lui-mBme se trouvait d'accoi-d, au fond, avec l'auteur de Vliifroduclion d l'analamie comparée, et qu'il avnit contribué à donner droit de cité, à l'Aca-

demie, à sa théorie de l'uniLé Je composition. On connaît l'amusanle méprise qui, le S août 1830, causa entre (ioelhe et Eckermann un quiproquo imprévu : de « grandes nouvelles Il étaient arrivées de Paris, mais, pour Goellic, la vraie Révolution de juillet, c'était la séance du lît de ce mois, où Geoffroy Saint-Hilaire avait pris en main, contre Cuvier, la défense des idées qui lui étaient le plus chères : l'identité primordiale des types animaux. " La méthode synthétique ne reculera plus maintenant, voilà ce qui vaut mieux que tout. La question est devenue publique, on ne létoulTera plus.... Cet événement est pour moi d'une importance extraordinaire, et c'est avec raison que je me réjouis d'avoir assez vécu pour voir le triomphe général d'une théorie à laquelle j'ai consacré ma vie, et qui est spécialement la mienne. "Aussi ses dernières pages Turenlelles pour expliquer à l'Allemagne le sujet de cette controvei'se : la llevw- médicale, les Annales des Sciences iialttrciles. la Revue encijrlnpédique de Carnot et P. Leroux s'empresseront de donner une traduction de ce testament scienti- Gque du grand vieillard. Le Livre det Cent cl Un lui-mCme publia, sous h^ titre In IVtiluraUsk's français, ce commentaire d'un succès qui, parmi tant d'épisodes d'une vie heureuse, est peut-?tre allé le plus au cœur de Goethe.

Cependant ces traductions ne donnaient que l'épilogue de la carrière scientifique du poète : les pièces mêmes du débat, en dehors de la Métamorphose, n'étaient accessibles que dans le texte original, Mais, le Temps du 31 mai 1836 ayant publié un article enthousiaste sur « les deux plus fïrandes idées du siècle en philosophie naturelle >>, la théorie de l'unité organique et celle des rapports naturels — ta première étant attribuée à Goethe avec un enthousiasme un peu exclusif, — GeofTroy Saint-Hilaire en prit texte pour lire h l'Académie des SëTences, dans les séances des cl 13 juin 183fi, un mémoire fort développé, sous ce

202 UOETIIE EN FUANCE.

titre : Anaiy$e deijravmx xk Goeih» en histoire. naiiirsL Coraidéralionsturïecaracti vedeleurporléSKicni'fi<iMA sensm omnium lui paraissait acqui s à I hj^goUrësejc l' u i organique, et il en i-iipporlail à G oethe pjus d'h onneur g personne. 11 engageait vivement l'auteur de l'arlicle ( l'ëmpsà «accepter la mission que sa position personnelli el le genre de son esprit lui imposaient ", et à publier u Iraduclion des œuvres scientifiques de Goethe : " c'est p ce travail qu'enfin nous connaîtrons en France ce qu'a fi en histoire naturelle, pour en remanier les études, le véné* rable patriarche de la liLlérature germanique >•, celui quj institua « de nouvelles règles pour un plus riche ave philosophie ».

Cette traduction, par C.-F. Martins, accompagnée atlas par Turpin, parut en lil37- L'Académie des Scienceftj délégua en I83K, à reffel de lui en rendre compte, deux com missaires, Auguste de Saint-Hilaire pour la partie botanique Isidore GeofTroy Saînt-Hilaire pour la partie zoologique e analoniique. « Depuis dix ans, écrivait le premier, il e peut-être pas été publié un seul livre d'organographïe ( de botanique descriptive qui ne porte l'empreinte des idéei de ceL écrivain illustre. » Le second notait l'analogie, louta de parallélisme et de rencontre, qui se trouvait enlrc les idées de son père el celles de cet esprit « ami de la simplicité et de l'unilé », qui s'élail avisé, à sa manière, de ce que GeolTroy Sainl-llilairc appelait la loi de balancement des organes, qui avait entrevu le fait de la composition vertébrale de la léte el découvert la présence de l'os inlermaxillaire chez l'homme; qui, par sa méthode personnelle el son hoslililé h la philosophie des causes finales, s'était frayé une voie si écartée des doctrine» de son temps.

De pl^iis en plus s'affirmait, en elTet, parmi les savants compétents, l'opinion que ce n'élait pas au pur hasard ou à quelque « excursion » géniale d'un poète dans un

l'UYSlCIENS ET NATL-RALISTES.

domaine étranger, que Goethe avait clù de marquer dans la philosophie naturelle. Littri, rendant compte, dans la Beouc des Deux Mondes, de la traduction Marlins, iScrivaiL à son tour : " A Goethe revient i'Iionneur d'avoir éLé un des premiers frappé de la ressemblance des (Hres, el d'avoir coni^u que ces ressemblances prouvaient l'existence d'une loi commune d'organisation. Il doit être regardé comme un des auteurs qui ont contribué à fonder la moderne et brillante science de l'anatomie philosophique,... Ce n'esl pas à litre de poète, c'est à titre de naturaliste exercé, que Goethe a conçu les grandes idées de zoologie qu'il a, un des premiers, essayé de faire prévaloir parmi les savants. "

C'est sans doute un écho de ces révélations que la pensée notée par Vigny, en 183ti, dans son Journal, a après avoir passé deux heures à examiner un cerveau » : <■ Il m'a semblé plus que jamais qu'une seule furmaliou préside à toute chose el que la tête humaine est une boule semblable à la terre. Nos os sont les rochers; nos chairs, le sol gras el humide; nos veines, les fleuves et les mers; nos cheveux, les forets.... » Fantaisie de poète, qu'on ne saurait comparer que pour en sourire à la méditation intuitive de Goethe ramassant un crflne de mouton au Lido! 11 y a plus de solidité dans lavant-propos ofi Balzac justifiait, en juillet i84â, la disposition qu'il donnait aux actes et aux scènes de sa Comédie humaine^ ca rattachant la dilTérencialion de ses personnages à l'unité de composition, •■< qui occupait déjà sous d'autres termes les plus grands esprits des deux siècles précédenis.... La proclamation et le soutien de ce système, en harmonie d'ailleurs avec les idées que nous noua faisons de la puissance divine, sera l'élerncl honneur de Geofl'roy Saint-llilaire, le vainqueur de Cuvier sur ce point de la haute science, el dont le triomphe a élé salué par le dernier article qu'écrivit le grand Goethe.... ••

Les savants admettent, de leur cùté, le sérieux el la valeur

20i GOETHE E») FRANCE.

<• tnélhodique ■> de racliviié de-GûeLhe daiis les scifînci Cl. Bernanl le cile dans ses Lrçotii: sur les phcnc vie et dans son Intraduction à l'étude de la médecine expér mentale; il reprend l'expression selon laquelle " l'expéri devient la seule médiatrice entie l'objeclif et le subjecUl c'esl-à-dire entre le savant el les phénomènes qui l'en ronncnl «. Flourens, dans l'Éloge de DeeandoUe, qu'il li l'Académie des Sciences dans la séance publique du 19 d cembre i8M, rend honneur au précurseur de l'illustli botaniste. « Cet homme, dont le génie fut universel et l éludes presque sans limites, est le premier qui ait vu, dai la transformation d'une partie en une autre, tout le c nismc secret du développement de la plante. » Le Dielio» nniri- de> Sciences naturelle*, dans le volume consacré à \ Biographie de.i plus célèbres naluralisles; ne manque pas ti Taire la place convenable, en 1845, à l'écrivain pour c » l'élude de l'histoire naturelle ne fut pas un simple caprif^ ou une distraction à ses innombrables travaux; ce fui i œuvre sérieuse el dans laquelle il a marqué l'empreiol de son génie... ». Les journalistes sont plus difficiles 1 convaincre, el Aimé-Martin n'a que railleries, dans la Déliais du 3 avril 1839, pour la variété d'aptitudes de * poète el romancier, qui s'annonce à présent comme a misle, botaniste et géologue, el qui fut bien d'autres cho! encore.

Aussi un nouvel exégète de l'aclivité scientifique i (ioethc, E. Faivro, pouvail-il déplorer, en 1838, que ! réputation de ce grand homme dans le public eût si ptn profité de l'adhésion que ses idées scienlifiqui enlin trouvée dans le monde savant. « Beaucoup de paj sonnes, écrivait-il dans la Ilevue contemporaine du 31 ao<U parlagenl encore, à l'égard de Goethe, un préjugé bin ancien el toujours répandu. Goelhc est poêle, dès lors c n'accorde aucune altenlion à ses travaux sur l'histoù^

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nalurelle, et sa réputation liUéraire Tait méconnallre les services qu'il a rendus comme savaut. 11 y a près de trente ans que l'auteur de Werther esl morl; on public tous les jours des commentaires sur chacune de ses œuvres, ou garde le silence sur ses grandes conceptions, sur ses belles découvertes en aoatomie et en botanique. Sans doute, les savants les connaissent et tes apprécient; mais le public éclairé les ignore.... Écrire sur ce sujet, ce n"est pas seulement réparer une injustice, c'est combattre un préjugé dont Goethe a cruelJemenI soull'ert. •>

Les articles de Faivre dans la Hcvuc conlemporaine, complétés et développés, parurent en volume en iH62. et s'ajoutèrent à la traduction de Goelhe que Porchat publiait depuis i8o8. Cet examen analytique et critique des Œuvres seienlifitjues ne se contentait pas d'exposer la vie du savant et ses travaux, de délerminer la valeur de sou effort, dont les écueils avaient été « l'ardeur de l'imaginalion et l'amour immodéré de soi-même «, et de commenter une Tois de plus se^ doctrines, idée de métamorpliosc et principe d'unité do composilion; Faivre consacrait toule sa troisième partie à la Science dans les Écrits lilléraires et esthiiliqui-s de Goethe. Comme il prenait le soin de recher- .. cher en quoi Goethe poète et romancier avait été tributaire / de Goethe naturaliste, il faisait enfm le pojit, si l'on peut / . dire, entre deux ordres d'activité dont on connaissait la ' concomitance et le parallélisme, mais dont on ne faisait guère que soupçonner la profonde et inséparable connexion.

Cette fois, le charme est rompu. Des articles de journaux, -" même s'ils font leurs réserves, saluent l'admirable perception de la force évolutive et do la nature créatrice qui se manifesta dans l'activité de ce chercbeur infatigable. Daniel Stem va consacrer uu fragment de dialogue de son Itante et Goethe à « ce grand principe qui va désormais présider à tous les progrès ". Mieux que Blaze de Bury, notant

imédiate des '

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simplement, jadis, que << la contemplation immédiate des innombrables mystères de la nature éveille en lui les pressenlimenls d'un ordre fondamental, harmonieux >>, mieux que Musset, pour qui « le grand Goethe quiLlait sa plume pour examiner un caillou el le regarder des heures entières, sachant qu'en toute chose réside un peu du secret des dieux «, no s écrivain s, de l863ji tH"fl, sql iifinL r.eite rare union de deux^ grandeurs diinsJe-Jii6iiie Jnianiie^" Le génie de r.oelhcécritEdouardL'Hôtedansl'Ji-fis/edu 1"avril l«62, véritable microcosme intellecluci, reflétait dans son prisme tout ce que l'esprit humain pouvait concevoir de plus grand el de plus beau. Il résumait dans son entendement toutes les harmonies naturelles ou de convention. " Lamartine, dans son Covrs familier de lillrralttrp, voit en lui " le Voltaire et le Cuvier allemand dans un même homme ». Laprade célèbre chcK ce moderne » l'antique union de la poésie el de la science dans une sorte de sens universel de la création ». SajnU'-lîeuve reconnaît qi ic " le profil J4.ue Goethe tiro-jde l'éludiTde la nature devait être moins direct qu'indirect, moins public qu'individuel, cl servir moJilis iLsa^gloirc-qu'A son perfeclionnement ». Caro, en dépit des critiques qu'il adressera au panthéisme de Goethe, convient que » l'art el la science, il les a réconciliés dans l'harmonie de son libre et puissant esprit... ». El le bolaniste alsacien Kirschleger, étudiant encore une fois, en 1865, la Htèlamorphose dei Plantes, ne peut retenir un cri d'extase : » Plus nous éludions notre poète-naluralisle, plus nous sommes obligés de nous écrier avec Kncbel : du i'neyichûpfUcher! »

Qu'on admette dé.sormais, avec HelmhoUz. que Goethe a eu " le mérite de deviner toutes les idées TondanientaleR qui président aujourd'hui aux progrès des sciences naturelles ", cl, avec J. Soury, que " en dépil de leur méthode souvent dérectucuse, Lamarck, Goethe et Geoffroy Sainl- Ililaire se dressent comme deâ prophètes de la pensée au

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seuil (lu xix' siècle »; qu'où fasse, au conlrairc. peu de cas, avec Edouard Hod ou avec Repouvier. des études scientifiques du poète allemand : il faut reconnaître que c'est bien en lui que s'est réalisée le plus parfaitement la coexistence de l'artiste et du savant, et que son œuvre et sa vie, comme le remarque E. Scherer, « nous montrent les deux puîssanct^s engagées dans une lutte d'un intérêt singulier. •> Goethe reste cité dans les ouvrages français de philosophie biologique, — non sans qu'on assimile parfois à l'excès SOS théories avi-c la doclrine de la descendanco. Edmond l ^rrier lui consacre tout un chapitre de son li\TC sur la Philosophie zuologi'iui; avant /Jancin.

Et les applications ou les conséquences, en dehors de ce domaine spécial? Nous verrons les principales à propos de la philosophie de Goethe ; elles sont le retentissement d'une métaphysique liée à des théories scienti6ques plutôt que l'action immédiate de ces théories elles-mêmes. Si l'idée du dèveloppemeiil, de la Iran f formation êcolulice a pris dans la ponsée moderne une place qu'il semble impossible de reslmndre, c'est, pour une bonne pari, à ce grand précurseur que nous en sommes redevables. V'oîci, d'autre part, une influence assez directe. C'est dans un article du il juillet iSGiy peu après les publications de Faivrc, que Sainte-Beuve expose à propos de Chateaubriand sa théorie de la constitution possible de grandes familles d'esprits, toute une classiGcation fondée sur une sorte de balancement et d'enchalnemenl des facultés; îl y a longtemps que le critique des Lundis a ébauché celle idée; mais ici, il la justifie par une proposition scientifique de Goethe : » Il y a dans les caractères une certaine nécessité, certains rapports qui font que tel Irait principal entraîne tels traits secondaires ••. Plus audacieux, comme on sait, dans l'extension de la méthode des <icicnceB naturelles h l'investigation des sciences morales, Taîne expose Ion-

guement, dans son livre de l'Idéal dans l'art, " le principe de la plus féconde lliéorie des scieDces nalurelles ', le principe de la subordination des caractères, el il poursuit hardiment : •< La régie que nous avons empruntée aux sciences naturelles trouve ici tout son emploi et ss vérifie dans toutes ses suites «.

Mais Taine s'autorisait, dans son application des sciences de la matière au?c choses de l'esprit, de savan Is plus modernes el plus spéciaux que l'auteur de la MiUamvrphose: et c'est surtout, comme il est logique, par sa philosophie queijoethe naturaliste devait agir sur une génération pcépar^e à 1? comprendre. Car cette philosophie tient par dos liens étroiti à son activité scientifique : celle-ci l'a confirmé dgjigson spinozisme et dans son aversiga pour Jes causes Qoales, " vierges consacrées au service de Dieu, disait déjà Bacon. et religieusement stériles .■. S'il est vrai que la géométrie laisse l'esprit au stade où elle le trouve, quoi de plus normal, au contraire, que de voir une philosophie sorlird'une sérieuse étude des sciences naturelles chez un homme qui les considérait — c'est Hnmboldt qui lui donne ce témoignage — comme n la vie intérieure de la Nature ». Celle philosophie ne sera point, dès lors, une simple consiruction de l'esprit, mais plulùt la divination de puissances génératrices, découvertes ou pressenties dans le règne du concret, el sollicitées de s'organiser en un système cohérent. - Qui dira que l'histoire naturelle, Tanalomie el la physiologie comparées, l'astronomie, l'Iiistoire et surtout l'histoire de l'esprit humain, ne donnent pas au penseur des résultats aussi philosophiques que l'analyse de la mémoire, de l'imagination, de l'association des idées? Qui osera prétendre que Geof- Troy Saint-Hitaire, Cuvier, les Humboldt, (ioethe. Herder, n'avaient pas droit au litre de philosophes au moins autant que Dugald-Stcwarl ou Condillacï Le philosophe, c'est l'esprit saintement curieux de toute chose; c'est le giwsliqiie

dans le sens primitif et élevé de ce mot; le philosophe, c*est le penseur, quel que soit Tobjet sur lequel s'exerce sa pensée.... » Ainsi s'exprimait Renan dans V Avenir de la science : « pensées de 1848 » qui devançaient dune quinzaine d'années le moment où la spéculation métaphysique de Goelhe intéressera vraiment Tintelligence française. Le poète allemand fournira le complément et comme rillustraliônde doctrines auxquelles on va demander une .fa^^oo nouvelle de comprendre, el ]'liistûir£ du passé humain et. la vie éternelle de Tunivers

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