‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 30 sur 52 · AL'X ALENTOURS DU - PARNASSE · texte numérisé non relu

AL'X ALENTOURS DU - PARNASSE

L'exemple ddJapethç, faisant des vers antiques sur des pensers nouveaux et drapant de nobles plis sur des sujets humblement modernes, les précédents olTerts par ses poèmes de forme grecque ou latine, par Iphigénie, par Hermann et Dorothée, confirinèrent nos poêles, autour de IHCp , dans la prédilection qui les inclinait vers le monde païen. Pour beaucoTip, ce ne fui qu'un retour à un médiocre pseuflo-classicisme, la reprise d'une tradition aliandonuée, el comme la suite, dans la poésie, de la réaction commencée par la Lucrèce de Ponsard au lliéiltrc. Uautrus, au contraire, abordèrent aver. une intelligence élargie ou affinée ce monde antique d'où Goethe avait appelé la belle Tjndaride pour l'accueillir dans la demeure du <locleur Faust. L'interprétation très libre el 1res sympaltiique des plus vieux symboles de la mythologie, l'amour dominant de "la forme plastique, un égal dédain pour l'elViision romantique el pour l'absence de slyle du réalisme, telles

élaienl les conditions où se pruduisail ce nouveau retour] à l'anlicjue, mieux inrormé el moins superficiel que celui J qui avait marqué la Un du xvui° .siècle : ajoutez que lej^I âmes d<yicales n'élaieni que trop disposées à chercher C d ans l e culte de la beauté hellénique un refuge Q onlre la j médiQÊriii;eL liiJiiideu r des temps.

La critii|iie Me fut^uinl la dernière à sîfmalei-lo ut ce qy i. ] c hez (ioL'llic , t>ou\ait cncouraf^T cette, leadaoct:. Sa ^Le - Bey^, dans sa leçon d'ouverture à l'École Normale, commente la plirase goethéenue selon laquelle » le classique estle sairi^.'el s'éiend surl'imiiortance qu'eut toujours la Grircc pour l'auteur à' /phiQénlc. « Critique, qu'il me soil permis d'invoquer l' exemple H^| plut granit ^tpfLËT't'qufift f GpeUie. de celui de qui l'on peut dire qu'il n'est pas seulemcnt la tradition, mais qu'il csl toutes les traditions réunies : laquelle donc en lui, littérairement, domine? l'élément classique. J'aperçois chez lui le temple de la Grèce jusque sur le rivage de la Taurido. Il a écrit H'ercher^ mais c'est II frlher écrit par quelqu'un qui emporte aux champs son Homère, et qui le retrouvera, mémo quand son héros l'aura perdu. » l'n peu plus lard, dans VArlhte du 13 aoÛj,l838, le fils de Théophile Gautier — iolerprèle évident des idées de son père ^ consacrai^ un article à Goethe cri tiqua d'art, et jusialait sur l'iiarmonie et le soucLdicnnoblissement esthétique qui était le code môme du poète allemand. Pins philosophiquement, A. Tonne[lé, dans un de ses Fragmenli sur l'itrt et In philosophie, écrivait : " L'originalité, le grand mérite de Goethe, surtout dans ses poésies, c'est IJalliaacc ide- la Tormc anljquc avec .Lsspril moderne; c'est l'application de la forme pure, sobre, nette de l'antiquité à l'expression d'idées d'une conclusion complètement différente; ainsi les terreurs et les séductions mystérieuses de la nature, les besoins infinis de l'ame, le désir, la rêverie.... En exprimant des choses vagues. Goethe

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les a révolues de la forme admirablement bien proportionnée des Grecs.... L'arL est parrait, eL cependant ta vie de la nature n'est ni éteinte ni alTaiblte. Une cbose non précise peut en effet être exprimée avec précision quand la forme rend avec mesure et perfection le fond même, l'idéal, l'essentiel. La chose reste nuageuse, mais l'exprpssion est dégagée des nuages. Les contours de la forme sont arrêtés, sans que ceux de l'objet perdent quelque chose de leur caractère flollant. »

Les poètes aussirendaient hommage à l'Oljmpien de Weima r. Une des comparaisons préférées de Gjm^ignJ'ail allusion à celle « blanche Tyndaride " quetioethe donna en mariage à son docteur Faust, et dont celui-ci eut un fds, le séduisant et éphémère Eupliorion. A ndré Lcfèvre^ dans la préface de sa FlUte de l'an, s'autorise d'une pensée de Goethe pour proclamer le lien qui rattache, par un perpétuel échange, l'homme et l'artiste au monde extérieur; les dieu.<c grecs ne sont nullement déplacés dans notre siècle, puisqu'ils sont 'i des figures amies, prophétiques, qui nous devancent dans l'air et sur les ondes, comme pour y préparer nos conquêtes ■>. L'n large éclectisme, chez le Banville des Cariatides, nomme Goethe non loin de quelques

Ce n'est pas, cep enda nt, que loua les Parnassiens ou les néo-hellènes de ce temps s'apparentent absolument à la conception d'art qui fut celle «Je Goethe durant uuc partie de sa carrière. La mvlhologie reste pour plusieurs une sorte de figuration aimable ou splendide, et non la désignation même et la person ni filiation des puissances esscnliclles du monde et des notions les plus profondes qui font la trame des destinées cl ries pensées humaines. Les Dieux

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de BjoyiUc ont quelque chose de norentin et de vénilieç, \ alors qu'il pèse su r ceu x de Leconlc dc.L'sl e conuDû-UliB | lourde rêverie hindoue. L'équilibre entre le monde irilé- j rièïïr el îa réalité sensible est souvent dëlruit, chez Gai lier, au profit de celle-ci; l't^quilibre entre rhorarae et la | nature, de niiîme, chez A. Lefèvre, au détriment de celuilà. Il n'en reste pas moins que le souvenir de Goethe s'ira- ' pose assez souvent, à propos des poètes qui tentent de réédifier, en pleine pensée moderne, les colonnades cl les frontons qu'avait enveloppés jadis le fin el grêle paysage de l'Attique. Ba rbey d'A grevîUj appelle Gautier un ■■ fiisjj. ou un H disciple », de " Goethe, l'archaïque u : et le. poète des Emaux et Camées ne raanquf pas, de son côlé, d'invoquer conslamment, à l'appui de son souci de la beauté, n le Jupiter de Weimar, le poêle marmoréen, le^grflfld plastique ... Ou bien, à pi-opos de Leconte de Liste, il écrit : •< Goethe, l'Olympien de Weimar, n'eut pas, m?me à la fin de sa vie, une plus neigeuse el plus sereine froideur que n'en montra ce jeune poète à ses débuts ». Conception erronée de l'attitude mômo de Goethe en face de la vie et des hommes, exagération de son impassibiliLâ, au nom de doctrines qui s'en tenaient à l'art pour l'art, el qui croyaient pouvoir s'autoriser d'un illustre précédent. Bien souvent, c'étaient des temples vides que les néo=ckssiques de IHtiO érigeaient, el leurs ciselures ne faisaient que parer la tour d'ivoire où s'isolait leur rêve : Goethe au contraire a tenté de reconstruire quelques calmes sanctuaires d'où les divinités propices à l'homme n'étaient point absentes.

Parmi les œuvres de Goethe à forme, antique, deuï surtûut, f/ermann el Dorothée el Ipl ji^ énie en 7'auridt\ aUimiit l'allention. Ce sont celles où il s'est le plus efforcé de revêtir de l'eurythmie hellénique, soit un mince sujet moderne, soit une idée morale qui eût sans doulc étonné un

AUX ALENTdCRS DU " PARNASSE •>

ancien, H f^ul ajouter, b. ces deux cliers-d'œuvre de sa maliirili^, la Fiancée de Co)inilie, ballade à sujel antique, pour avoir l'essentiel de ce que notre litf«?raLure de 1860 a retenu de son inspiration " païenne a : c'est là, avec l'attiliide m^me de « rolympicn » de Weimar, ce qui a surtout intéressé cette génération poétique. Sans doute, d'autres souvenirs se laissent discerner. Le Prométhée de Mme Ackermann rappelle les invectives du demi-dieu que Goethe, dans sa période de Slunn und Drang, lançait à l'assaut de Jupiter usurpateur :

Montre loi, Jupiter, éclate alora, fulmine Contre ce Tugilif b ton joug échappé!

Rerusanl dans ses maux do voir la main divine Par un pouvoir faUl il se dira Trappù....

El le truculent Satip'e de V. Hugo, le méprisant h'uïii de Leconle de Lisie renchérissent encore sur ce défi lancé au Dieu, olympien ou bibhque. Ailleurs, ce sont les .^%ies romaines qui font une impression profonde ; Clair Tisseur — qui traduisit aussi VAmynlas de Goethe — rend hommage à la " stylisation » de la volupté môme qui transparaît dans les nobles distiques romains :

Goethe, Je relisais, pensif, cette éli^gie

Où, par le jeu divin d'enchantements secrets,

Tu fais saillir aux yeux éblouis l'effigie

De la noble beauté romaine. J'admirais

Comme à la vie antique associant ta vie,

Tu réglas l'ardeur rnSme aux lois de l'eurythmie,

Au point que dans ton vers, TaiLde frémissement.

Nul ne snil qui l'cmpurlc, ou l'artiste ou l'amant.

Il faut noter aussi qucr/U'^i7/^t(fe de Goethe avait, avant Leconle de Lisle qui exagéra cette innovation, restitué les noms grecs aux dieux helléniques par delù les vagues équivalencpR latines. Mais, en dépit de ces contacts de détail avec quelques oeuvres moins noioircs de Goethe, c'est dans

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.\ou» re t'humerons ver^s nos actrienî a;ej.\

AUX ALEKTOL'RS UV " PARNASSE '■ devienl ici une clcclaralion Je foi prolongée :

Un poi!;me d'André Lefèvre, Julie et Trébor, reprcnail le raL>me conlliL tragique cl décisif. La Fiancfe de Coiinthe in"spi rait un tabît^nu d e J obbé- D uval, exposé au Sal on d e 1832 : la jeune fille, vouée par la décision malernelle à l'ascétisme de la religion nouvelle, maudissait sa mtrc et eon ïèle néfaste. Mais ce son t les A'ocei corinthiennes d'Anq^ole F^agce (|ui, à la suite du poème " si toucliaut, si mystérieux et si profond ■■ de (îoethe, <■ doni te génie portail la lumière sur tout ce ([u'il explorait", regrenaient^ct^éyeloppaient celle antique douniie avec le pl^as de beauté^l de piélé. ■< Car je u'aî rien trouvé, disait l'auleur, qui peigtilt mieux le déclin des Dieux antiques et l'aube chrétienne dans un coin de la Gricc. » Ici, une tendresse indulgente était répartie entre les deux conceptions hostiles qui se disputaient la suprématie morale du monde; mais n'est-ce pas à ceux qui vont mourir que le plus cl'émoUon doit aller?

Moi, j'ni mis sur Ion .sein de pâles vioIclLes. Et je l'oi i>einle, Hellas. alors qu'un Dieu jaluu) Arraclisnl de Ion rronl les saintes bandelettes. Sur le paiTis rompu bi'isa tes blancs gpDoiix.

Dqd9 le monde assombri s'cfTacn ton sourire; La grilcc el la beault^ périrent avec toi; Nul au roeher désert no recueillit ta lyre, Et la terre roula dans un obscur effroi.

La dernière scène de la troisième partie, non sans laisser le dernier mot au païen Hîppias, le fiancé de l'infortunée, mettait dans la bouche de sa mère, Kallista, une noble profession de foi chrétienne; mais c'était bien un souvenir

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de la conclusion même de la ballade de Goethe qui iospirail la supi'flme déclaration du paganisme expirant :

Puisque au Dieu de la iiiori lu terre cel asservie, .!(.■ vais chercher eiUeurs la lumière H la vie. .T'aballroi les grands [«ns et les chênes des bois. Afin qu'un seul bûcher noua consume à la fois; Et confiés tous deux à la flamme brillante Dans un même réseau de fldële amiante.

Nous nous envolerons, loin d'un monde odieux, Sur rélinrellc auguste, au sein profond des Dieux.

Tandis que l'auteur des Poèmes dorés se défeDdait d'être hostile fi l'illusion, nécessaire à l'iiomme, qui s'était réincarnée dans le chrislianiisnie, tandis quç des œuvres d'une donnée analogue, chez Leconte de Lisle ou André Lefèvre. prenaient visiblement le parti des croyances agonisantes contre l'aBcétisme et la réprobation de la nature, le livret d'une autre FUmcêe de Cormllw , représentée en octobre 1^7j,écartait vÔImïïâirenient l'idée religieu5e,"la lutte entre le clirislianisme et le paganisme. CçL2Ëéra-deJ)u£ralp, sur des paroles de Camille Du Locle, n' est pa aj a seu le tentative qu'ait faite en France la musique pour frapper de son empreinte celle .'saisissante donnée, peu propre cependaut, semble-t-il, aux exigences théâtrales, Emmanuel Chabrier est mort avant d'avoir écrit plus d'un acte d'une Brisais, sur un poème d'Ephraïm Mikhaël et de Catulle Mendés : une jeune Corinthienne y ressuscite le jour où revient son fiancé, parce qu'elle a juré qu'elle l'aimerait par-delà le tombeau....

C'est ici le lieu de rappeler deux traductions encore qui se rapportent à la tendance plastique ou païenne chez Goellie. Th. Gautier a imité en iSÔI une des épigrammes vénilieunes :

Deux grands lions, rapportés de l'Allique, Font sentinelle aux murs de l'.Vrsenal, PaiBiblcment; — cl pi't's du couple antique Tout est petit : porte, tour el canal.

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