AUX ALENTOURS DU « PARNASSE
au sein des plus nn?diocres condiUoiis », même ses Nouvelles rusliques, que Taîne égalait presque ti Hermaim l'I Dorothée, « sauf la distance de la prose à la poésie », diïfi-rent pi-écisémenl de la variélé d'art tentée par Goethe parce qu'ils sont en prose. « Les vers de Goethe, écrivait encore Taine, semblent imités d'Homère et le récit de George Sand semble inspiré de Xénophon. ■■ Mais il y a Ift justement toute la différence qui peut séparer romans, récits et contes où la réalité se pare d'un rayon de beauté, mais sans abandonner la prose, d'œuvres où la poésie tenterait d'enfermer l'Hélène antique dans quelque humble demeure moderne. Citerons-nous le poème d'Aline, publié par Valéry Vernier dans la Itevuc des lieux Momlirs en 1856, ou les /lécils poéliques d'Eugène Mordret, ou le Presbytère de N, Martin, ou la Servimle de Louise Galet (dans le Poème de li femme], histoire d'une villageoise alsacienne qui va se faire domestique à Paris, et où VeniiiybUssement des situations ne rappelle Hemiann que de loin'? Marie quitte son Oancé Julien :
■ Vous ne revieniirpi pas, repril-il tristement.
F'as une de là-bas jumuïs n'est revenue !
Ali ! ji- sens bien pour moi que vous êtes perdue.
Adieu donc Marie. » El macliinalemenl
A faire ses paquets i[ Taiduil, en silence.
Puis il les lui porta Jusqu'à la diligence.
Cuvillier-FIcury reprochait ii l'auteur {Débats, 24 décembre 1834) " une de ces surexcitalions d'esprit qui nous font voir les objets plus grands qu'ils ne sont ou qui en effacent toutes les nuances... », et c'était là l'élernel rcproclie adressé à ces magnitications d'une humble donnée par la poésie, à la promotion esthétique, si je puis dire, des personnages vulgaires. >* Il nous est bien permis, écrivait au contraire J.-J. Weiss deux ans plus tard, d'exiger à notre tour des héros bourgeois. » L'Esiaijur flermann et Dorothée
aôG GOETHE EN FRANCE.
(|ue \yeis&, présenlail à la Sorbotine comme Ihèse de doctoral — la soutenance eut lieu le 23 janvier 183ti — n'élail pas seulement, en elTel, le premier travail ij^iii éludièi chez nous avec quelque détail le poème d e G oellie, et qui insistai sur sa porlil-c morale et sur sa valeur -littéraire; Weiss signalait la-propos (l.ural)le^e çetie uiuire qui faisait paraître, « en face du pasteur, du juge et d'Hcrmann, Werther et Faust non seulemeut malheureux, mais petits », et le futur adversaire de la tiltéraiure brutale exhortait les poètes à chercher dans l'hérolisme du travail, dans la grandeur des vertus de famille, les éléments de beauté qu'ils demandaienl k tort à « la restauration du gothique " et ù " un faux idéaUsme ", " Ne craignez point de chercher trop bas vos personnages; faites-nous des laboureurs grands comme des rois, et, s'il se pciil. des Français du xix' siècle auslèrcs comme des RomMÎns de Corneille : ce ne sera pas dégrader l'art, ce sera réhabiliter la vie ! n
La lilléralupo^dujeçond Empire n'était guère prépaïa^fiji répomTrë'à cet appel avec les soucis de régénéralion morale invoquas surtout par Weiss. Ses romanciers inclinaient vers le réalisme, tandis que ses poètes s'absorbaient en des rêves précieux ou s'appliquaient h des ciselures impassibles ou à des évocations chimériques plutôt qu'ils ne se penchaient sur la vie contemporaine. Herm ann et Uo rnlh^t jouit cependant, vers JfifiO, de sa ^lus grande réput aliop . et saJriviaULé-o stylisée <• n'a jamais élé aussi vi vement goûtée en France. Saint-René Taillandier en traduit divers fragments en vers; Philarète Chasies y signale ■■ la vérilablc épopée allemande «; Victor de Laprade, dans son Scntimrni de lu tialure cliez Us moiivvnfs^ met bien au-dessus de Wfirlkcr o ce merveilleux poème A'Hermann et Dorothée, dont tous les personnages, toutes les situations sont si complètement en dehors de la vie el de la sphère habituelle
AfX ALEKTOL-115 m " PARNASSE ». 2;iT
<)u poëLe... On se ticmandail s'il était possible ile donner à des sujets modernes, et surloul à des scJines prises dans la vie familière, la noble simplicité, l'iilégance, la pureté de contour, l'élévation de style propres à l'art grec. Goethe a ri^Holu celte question dans liermann et Dorotfiie. Mais l'exemple est encore unique jusqu'à ce jour. »
L'exemple est-il moins unique après le poème de Pur- Hftli-, la lenlalive dont s'honorait Laprade vers le mi^me temps'? Saint-Marc Girardîn et Ponlmarlin pi-éri^Taienl, « pour l'invention el pour l'action ••, Pernelle à Hn-mann, oii Goethe, selon celui-là, avail laissé prévaloir l'universel sur le particulier au point d'efTacer l'individu et de faire " le tableau abstrait de la condition privée >>. La plupart des critiques, au contraire, estiment que le style trop littéraire, l'élégance trop soutenue, des frémissements de lyre oii l'on n'altendail que les pipeaux rusticiues, déparent le récit des amours de Pierre et de Pernelle, l'Iiéroïsme du franc-tireur, le long veuvage de Pernelle. L.i filialion, en tout cas, n'est pas douteuse. Laprade s'esl défend» . d'avoir fait une imitation " en s'inspiranl de cet art incomparable, en visant aux mêmes qualités, en admettant une méthode à peu près semblable à celle du grand artiste « : réserve légitime qui ne nie point l'inlluence el la dépendance, qui limite la dette à l'étude des procëdé^i et ù l'applicalion des principes arlisUques de l'œuvre antérieure. C'est bien, dans Peruelte comme dans Hemtann, une idylle à fond d'épopée, les plus amples événements politiques venant loucher, d'une répercussion lointaine, do calmes, d'obscures destinées. Bien que l'épithète homérique .«oit à peine employée par Laprade, certaines tournures à peu près constantes qualifient régulièrement « le pasteur bîenairaé >■ ou « le docteur à la franche figure «, el dans l'anonymat laissé à. ces aclifs comparses de l'action (et reproché à l'auteur par certains), il y a un souci de géné-
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lalili} visiblement inspiré par Goelhe. Un souvenir dirt
d'/Iei-mann, c'est sans doule aussi le molif de la fontaine a
Les conviés Boiivcnl s'y penchaient pour s'y voir Le ciel s'y redélait tout bltu, pur de nuages, El (le son vif azur bordait ces deux visais.
Des U'vres et des yeui mille signaux elinrmanls Couraient sur ce cristal entre tes deux amants....
Par un biais significatif, la Pemelte de Laprade redevieoj assez vile une sorte d'églogue et de poème purement rupi tique, alors ipi'une des plus admirables singularités d'ffetv maim l'Iait de conserver son caractère bourgeois, son clécoi et sa figuration de petite ville, en lout cas : mais qui voit que la réhabilitation poétique de la petite ville est, France, une entreprise plus malaisée encore que lulilîsa-I lion " en beauté » de la vie quolidieune et des destinéesl coutumières? La même remarque s'applique aux poèmei où Autran a célébré ses Laboureurs cl ses Soldais : c'est| bien la l'iàie et le Tambour, non point le piano ou le coraeî à pislon ordinaires, qui accompagnent le récit de lear^ rurales aventures.
Bien que surtout présente ù la pensée française à un65 époque où la réaction réaliste s'accompagnait chez queSfl ques-uns d'un souci d'hellénisme, la significa tion d'tfgr * T?iii)(ii et Dorothée ne sera point oubliée des âg es qui su i-J vront. Il est fort vraisemblable, élant données l'amitié d», j,-j. Wciss et d'Edmond Aboul et l'importance altribuéol par la lliésc de doctorat du premier à la glorificatioD>| des verlus domestiques, que le Homan d'un brave hommt^ esl un lointain elfet du poème de Goelhe. On cite volon-J tiers celui-ci, h propos de transposilions de l'antique aul moderne, comme les romans de Mme Juliette Lamber;J D'assez nombreuses traductions, celles de Fournier, deJ Coluet, de Léon Uoré, de L. Belney, s'ajoutent à des réédi-l lions, comme celle de Bilaubé dans la fSibliotkétjue nati(^-M