AUX ALENTIIIIRS DU " PARNASSE
tiale ; P. Stap fer commeiile en 1881 Goethe et 3es dev j: chef sd'mivre (tassTques, associant ainsi Iphigéuie et Wem«nn..El ccVdeuK œuvres sont aussi, peut-flre, celles que los programmes de noire enseignement secondaire et de notre baccalauréat classique ont le plus souvent fait marcher côte à ciile. Mais on ne voit pas que cette forme d'art ait ioflutS dans les trente dernières années, sur DOire protluction poétiq ue; rappeler telles œuvres de Coppéc ou de Manuel, c'est évoquer assurément des poèmes parfois émouvants, souvent assez plats, où les » humbles » tml élé sollicités de révéler ce que leur vie peut contenir de drames et d'hérolsmes; mais c'est aussi appeler l'attention sur la dilTérence qui sépare un art qui s'autorise simplement à tout dire, d'une poésie'qui voudrait donner à toutes choses un reflet de l'antique beauté et pour qui la Muse, eu devenant « pédestre », ne perdrait pas ses ailes.
'I Cette pompe de langage homérique appliquée aux relations les plus simples, dans les conditions les plus humbles, a son ridicule assurément, mais pourquoi cette poésie sérieuse ne serait-elle pas dans l'tlme d'un aubergiste, d'un apothicaire, et d'une servante comme dans l'unie de Mme de Clèves? Quand les sentiments sont simples et primitifs, quand c'est le respect pour son père, l'alTeclion pour sa liancée, la tendresse pour son fds, le dévouement pour ses amis, je ne vois pas pourquoi les choses ne se passeraient pas, sauf le raffinement des nuances, avec la même émotion sérieuse, et poétique par conséquent, chez un apothicaire que chez un grand prince? C'est dans la région moyenne, dans les nuances de la société, qu'est la différence, et alors, si un aubergiste parle comme le prince de Ligne, on fait tort à lu vérité ; mais pour aller combattre l'ennemi ft la frontière, pour secourir ses amis dans la détresse, l'élan est le même, cl le langage peut s'élever très bien sans contraste avec la condition..,. Hclisez IJer-
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mann et borothée sous ce point de vue démocratique, ï'ous verrez. « Ainsi parlait Doudan; mais outre que • point de \ae démocralique u — qu invoquait déjà Goetii en 18mi — a beaucoup de mal à se faire adopter par notre littérature, il est possible que le genre de sujets qu'a surtout traités ia poésie des « humbles » et des « iiitirailé ait été plutôt du ressort du Tait-divers, ou de la mors en action, que de ce domaine simplement humain c noblesse de sljle ne serait point dépaysée.
Il n'esl pas indlITéreot de noter qaJiejtniinn^ Dorgt ' ayant paru à la pensée frangaise la peinture par e de la bourgeoisie allemande, ses héros ont con tribué fc-1 fixer pour nous le type du j,eune homme et de la jeune^iïp. d outre-Rhin. Image dont on a exagéré à plait-ir la bonhomîâj et la naïveté, et à laquelle on s'en est pris, dans une cerlaîw mesure, de la terrible désillusion de 1870. E. Renan, dani {'Avenir de. lu ^àence, avait évoqué llermanu naïf et i avec ses amis et dans sa famille, bêle en société, •> l'Iu vrai et sincère, prenant au sérieux sa nature et adora les inspirations de Dieu dans celles de son cœur ». Qum à Dorothée, sa douce silliouelle de ménagère i et sentimentale avait remplacé ou complété les ligure trop romantiques ou trop éplorées de Marguerite c Charlolle. Un roman de Valéry Vernier, Grétn, avait repi sente en l86i deux Français cherchant aux eaux de sur la foi du poème de Goethe, une jeune fille blonde qu eût sa sincérité et sa simple droiture. Après la guerre, Ii colère ai légitime de nos écrivains s'en prend, çà cl 1 ces personnages poétiques trop chéris naguère et tro strictement interprétés comme r.\llemand et l'AUemi typiques. La Revue des Dcvx Mondes publie en 1875. ! ce titre : les Lettres de Herviann el Ùorol/ièe, la correspoi dance imaginaire d'un lourd soldat de l'armée d'il avec sa fiancée : le pseudonyme de l'auteur, P, Albanâ,^
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cache en réalité Mme Caro, qui donne l'année suivante son œuvre vengeresse sous fe lilre des Nouvelles Amoiu's d'Hermann et Dorothée. Paul de Saint-Victor, dans ses Barbama et Bandits, s'en prend à ce couple idyllique qui » nous cachait le peuple de proie ». Et Laprade, dans un de ses Poèmes civiques, inlilulé Bons Allemands, fait à Dorothée les honneurs de la rime :
Bons Allemanils, je n'ose pas redire, Mâme en blîn, tous vos autres exploits; L'Iiifiloire un jour les Afvra tous écrire.
Mais un poMe y salirait sa voix.
Puis vos Grctctiens, vos cliasles Doroihécs N'y croiraient pas, connaissant votre ardeur; Théclo, Mignon en seraient attristées....
Le second <■ che f-d'œuvre. classique -» de Goçlhe, Iphigénie, est^e tous ses ouvrages celui qui a le nioias directement agi sur notre liltêraturc. Conrormémenl à son essence même, ce drame de vie intérieure, sans grande action visible, mais Loul pénétré d'une eurythmie înTmie, a enchanté ou ému des flmes plulùt qu'agi sur des manifcslalions littéraires, el le déroutement de ses longs plis lents n'a guère occupé les polémiques. Dès 1799, \'illers rendait compte de celle pièce dans le Spectateur du Aard : tout en signalant les imperfections théâtrales de l'œuvre, il en louait la <• noble et sévère ordonnance »; el, Français déraciné, il s'attendrissait jusqu'à donner une imilatlon du monologue de l'exilée :
Après lui, Mme de Slaél, qui lient à " l'inlérél plus vif, el l'allendrissemcnt plus intime que les sujets modernes peiiveni faire éprouver n, conlestnit l'efficacité pathétique
A'Iphiijème, sans refuser d'en admirer la haute poésie, la
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noblesse et la pureté. Elle non plus, qui regrelta si Iong-1 lemps le ruisseau de la rue du Bac, ne manquait pas dfrl sympathiser avec les plainte» de l'héroïne transportée loio de la patrie, « En effet, l'exil, cl l'exil loin de la Grèce, pou-^ vait-il permettre aucune autre jouissance que celles qu'oi trouve en soi-même?,.- » Et, nouvelle Tauride, Coppeia avait vu, en I8D8, la pièce de Goethe jouée sur son IhcâtrA^I d'amateurs, avec W. Schlegel, Werner et OelilenschlSgerl dans les rôles principaux,
Mme de Staël insistait, comme W. Schlegel dans e Cours de lUtéralure dramatique, sur la dignité un peu froidoî et sur la calme simplicité de celle œuvre, à laquelle était] décerné un périlleux certificat d'hellénisme : c'était luîil préparer des sympathies trop respectueuses pour n'étrol pas Liien réservées. Aussi le Romantisme passa-t-il à c de cette tragédie : de Guizard, son premier traducteur, jugeait sévèrement ; pour déterminer l'appréciation plui équitable d'Albert Stapfer, il ne fallait guère moins, peut* être, que l'intelligence plus avisée de son ami J.-J. Ampère qui sut parler dignemenl, dans le Globe, d'une pièce qui n'était, au dire de Stapl'er, qu'un " coup de massue » p V les admirateurs du père de la tragédie romantique ".
Quant au classicisme agonisant., qui pourtant invoq à l'occasion, contre les prél'érences de ses adversaires,] l'exemple de poètes » tragiques » tels que Grillpai semble avoir ignoré Iphigt'jiic. Sa réputation d'ennui lui j tort bien longtemps, et aussi la fausse interprétation quïl n'y voyait qu'un effort plus ou moins heureux pour ticlier l'antique. J , Janin alla jusqu'à prétendre que l'héroïne! sortait, en réalité, d'une Université d'outrc-Hhin où clte-I avait appris l'argutie métaphysique, et Saint-Marc Girardin 1 n'eut aucune peine à démontrer, dans son Cours, que lesM personnages de la pièce sont tous « des penseurs, et noni plus des héros », entre lesquels se livre <■ un dialogue phi--