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losophique plutôt qu'un drame », et qu'à la vie active qui convient au théâtre, Goethe a substitué la vie contempla-
Mais n'élaient-ce point ces défauls eux-mêmes, de-ilructeurs de toule émotion dramatique, qui conTéraient — au goftl de quelques-uns — sa vraie splendeur à l'œuvre où la vierge admirable manifeste la vertu souveraine de la douceur féminine? « Je reviens, écrivait Doudan le 11 août 1S38, à une opinion de mon extrême jeunesse, quand je ne trouvais rien de plus beau au monde que ]'//j/it?''/it> en Tauiide de Goethe, précisément parce qu'il n'y a là ni vérité locale, ni observation minutieuse des passions, et que ce sont presque des abstractions poétiques qui ont juste assez de formes pour ne pas échapper à lu vue et rien de plus. Relisez cette /phigénie en Tauride. Si vous ne vous ennuyez mortellement, vous serez ravi, mais il faut un tact particulier pour y prendre plaisir,... n El Araiçl sVfijùe, dans une lettre de Berlin, le 4 août 1317 : i- Mon D^ieu, qu e celle Iphiijinie est une belle chosoT'Ce calme antique, cette forme parfaite, cette perfection achevée m'ont pénétré jusqu'à la moelle des os.... »
Assez fréquemmentj^ l'issue du romantisme, on invoq^ue le précédent d' IphigiStiii; pour légitimer la forme trajjifiue et l'inspiration que les poètes dramatiques redemandent à Sophocle ou à Euripide. En dépit de ces mentions ducs à des critiques un peu érudits, la pièce continue à n'avmr en France que peu de sympathies visibles. Une traduction en vers, par E. Borel, parait en 1833 : elle est éditée à Stuttgart, En 1861, l'original fait l'objet, en Sorbonne, d'une des thèses d'A. Legrelle — mais c'est la thèse latine : Du celeberrima npud Germanvs fabula gunr inscriOili'v Jpliigenia Taurica, Taijifi, cependantj a'éprend d'une vive admirRUon pour <' l'accent incomparable et la sublimité sereine » de cette œuvre; il en parle avec émotion dans la Philosophie de
aet GOETHE EN" FRANCE.
f'arl, dans l'Jdèul dajis l'ai-l. Surtout, dans les £ssaU i critique et d'histoire, il lui consa cre une l ong ue im^dita parue d'abord dans les Débats, le 3 mars 18fi8, sou litre : Iphi^énie A Sainte-Odile. Car il avail visîU*, en i la forûl vosgienne et l'anlique sanctuaire voué à la viergi d'Alsace; et il associe, en une sorte d'aflendrissementj orphif|utî, " le plus pur chef-d'œuvre de l'art moderne » ['(^motion religieuse qu'il éprouve h se trouver en pleii buis, " dans un des grands temples naturels». " De Id* poèmes sont les abrégés de ce qu'il y a de meilleur et d plus élevé dans le monde » ; et l'Iphigénie de Cioetlie, un« sainte qui n'a pas connu le cloître et les désharmonief mystiques, est la prêtresse du culte le plus éfevé qui s puisse offrir à des flmes humaines, i. Si l'on veut savoir e quoi consiste le vrai sentiment religieux, c'est ici qu'il faut venir; il n'est pas une extase, mais une clairvoyance; J ce qui le fonde, c'est le don de voir les choses en grand e en bien; c'est la divination délicale qui, à travers le lumullO; des événements et les formes palpables des objets, saisifl les puissances génératrices et les lois invisibles; c'est l facullé de comprendre les dieux intérieurs qui vivent dansl les choses, et dont les clioses ne sont que le.s dehors. Un I pareil sentiment n'oppose point les dieux à la nature, il les f laisse en elle, unis à elle, comme l'âme au corps. » Et ] (toethe était loué, non de l'équivoque mérite d'avoir faitJ une Iphigénie antique, mais de l'harmonie qu'il avail suJ rétablir entre deux tendances que séparait un divorce de"! quinze siècles, ■■ L'homme a opposé le surnaturel et lail nature, et l'épuration de la conscience humaine au déve-l loppemenl de l'animal humain. Il a cessé de considérer la*! vertu comme un fruit de l'instinct libre, et d'allier les déli'»' ealesses de l'Ame à la santé du corps. Le divorce subsisle,H et jamais peut-être l'accord ne reviendra; après les grand» I arlisles de la Renaissance, un seul poète, Goethe, l'a
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rétabli dans les temps modernes, €l il n'a pu le restaurer qu'une fois. »
Tandis qu'une fervente contemplation panthéiste pénétrait ces belles pages deTaine, un autre admirateur d'//iAigcnie était surtout séduit, dans le môme temps, par la signification psychologique du poème. La vertu d'apaisement qui émane de la douceur féminine se trouvait symbolisée par II cette Allemande noble et compatissante, drapée à l'antique, il est vrai, mais qui n'a jamais cherché à se faire passer pour une fdle légitime de la Grèce » : ainsi éerivait Legreile, qui ne s'est pas contenté de consacrer à Iphig^itiii la thèse latine dont il a été question, mais qui en a publié, en 1870, une traduction en vers précédée d'une longue élude. Une dédicace à C. Martha souhaitait la réhabilitation d'une pièce .1 spiriluellement ou involontairpmenl calomniée chez nous ». L'introduction en commentait le sens profond et en raconlaitla genèse. La traduction rendait les nobles vers de l'orifpnal en alexandrins corrects el graves, qu'interrompaient, pour les monologues lyriques, d'autres mètres :
Je voue salue, sTeux, de vos enrants maudits
Moi le dernier, le mallieureui Oreste.
Du soi par vous planté J'ai recueilli len fruité,
Je suis toinlié souâ le courroux cMesle.
Bien qu'elle ait eu en i87-i une seconde édition, la traduction de Legrcllo ne semble pas avoir reculé pour Iphigiinie les bornes d'une notoriété restreinte à cette c-lîte qui pouvait seule en tirer édification el plaisir. P. de Saint-Victor, dans SCS Femmes de Goethe, fait à la noble prétresse une place d'élection parmi les filles du poêle : <■ elle tes domine du froni, comme Diane au milieu des nymphes. ■• La pièce a été traduite i-n I88â par L. Marie d'Hyer, el en 1901 par Kugène d'Eichthal. qui a fait pas.ser en vers, à .ion tour, le charme ingénieux de l'original. Mais aucune scène fraii-
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çaise n'a permis à l'aclion surtout psychologique et moral d'Iphi'jéine de se dérouler devant des spectateurs, et l'opéPB'J de Gluck en a seul fourni, peut-on dire, une sorte d'équiva-'j lent musical. En revanche, le théâtre du Parc, à Bruxelles,* a consacré une douzaine de soirées, en janvier et févriei 1902, à la rcpn^scntation d'une traduction en prose rythmée et en vers due à Georges Dwelshauwers.
11 ne saurait donc être question, jour la grave Jnigédié^ de Goethe, (jiic d'une notoriéti^ enquel quc sorte ésott et comme excentrique k la ]iltéralure__fran£âise. HiOaje dans ces limites, Ipliiijviiie a du moins le mérite d'avoir fourni à quelques délicats l'occasion et le Ihèine d"unc rêverie digne de son harmonie intérieure- El il n'est point surprenant de trouver le témoignage parti culiéremenl distinct de ce bienfaisant contact dans les dernières années antérieures à la guerre franco-allemande, — à une époque où l'individualité même de Goethe paraissait, à quelques Français, synonyme de rassérénement et de médiation consolatrice entre la vie universelle et les inquiétudes de l'homme moderne.
QUATRIEME PAIiTlli; LA PERSONNALITÉ DE GOETHE
CHAPITHE I