IMPASSIBLES
COMPRKHENSIFS -
La personn alilé de Goethe. teUeqifon la\'il se dégager succ^styêînënt de-afiS-JS-^^Pires, de sa correspondance, de ses cnlreliens, des Lémoignages de ses familiers, u'a pas manqué de s'imposer peu à peu à l'allenlion de la Frapce. Il y avait là, en effet, un homme, qu'on ne devinait qu'à demi à travers l'écrivain, et qu'il fallait coiinaUre par d'autres documents que son œuvre proprement dite. On peul même soutenir qu'à mesure que celle-ci apparaissait pjus vaste etplu;! coraplexfi»-ët que dimJttuait l'cfticaciiéimmé- '' diale de M>j7Acj- ou de /"ausi^.la pcrsonoalilé de l'éciiivain-^*^ prenait unp valeur indépendanje, presq^ue distincte de 8es ouvrages. Il est rare que la postérité, en accueillant décidément un homme notable, que ce soit Achille ou Thersite, au nombre de ceux dont elle daigne conserver le souve-
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nir, ne simplilie point jusqu'à une formule rudimenlaire % sens qu'elle altribuc à son individualité, à son rôle dam le conflit permanent des forces, k ^a conception de la t Dans son instinct de n'admettre et de ne retenir que l « représenta tifs •>, elle resserre parfois à l'excès la s flcalioD des hi^ros du passé, et se satisfait aisément d image approximative, pounu qu'elle soit nette. française a dû- plusieurs fois retouchar et rectifie r le i trait (j^u'elle s'est fait de la personnalité deUoelhs, i documents inédits, de nouvelles préférences nationale: les besoins de la polémique ou de la justiiicalion c varier, comme il est naturel, l'image de cet étranger d le nom persistait à franchir les frontières. C'est s urtoal entre 18C0 et 1870 que le public français a"eat arrC deux conceptions assej; voisines de la figure moralfi Goethe : Goethe « compréheosif » et Goethe " Toutes deux avaient été ébauchées aux flgcsj toute.s deux se retrouveront aussi, avec -le grossissi de quelques traits, au delà de cotte époque, Les i renseignés parmi les interprètes français du poète tâché de compléter ou de rectifier les linéaments cssentid: de ces deux portraits typiques que celte décade, liérement, était en train de fixer : ils y réussissaient d'si tant moins que l'attitude de Goethe — indépendan de telle ou telle œuvre — se trouvait agir, dans ce t( sur quelques-uns de nos plus notables esprits.
L'intérêt de curiosité, el presque de scandal e, qui tache & tous les hommes célèbres, fut le premier m.Q| des renseignements que des revues ou des récits de v donnèrent sur l'auleiir de Werther : anecdotes traduites d MiiiUkbj Magazine, en 1801, parla Oêeade phiioso aperçu biographique de Catteau, en IHIO, dans son Voyagi en Allemagne et en SiinJe, impressions de M me de Stafil dans son Allcmagjie, lettres de Spocriin, en 1820, dans 1
LyCf'e français, article de la Biographie nouvelle des Coiiteviporaiiis, en 1822. Comme il s'agissail de ce Goethe de Weimar que nos interviewers français, de leur cùlé, vont trouver si imperturbable dans sa séréuilé, la première ébauche du personnage olympien et marmoréen s'indique déjà et s'estompe.
Chose bizarre, l' autobiograph ie de Goethe ne rencontre guère de criliqnes attentifs. Plusieurs journaux signalent chez nous la publication du premier volume, en 1812 : mais ni le Moniteur du 27 juin, ni le Mercure du môme mois, ni la Gazette de France du 19 mars, oe s'avisent de l'intérêt qu'offre cet ouvrage, Mme de Staël et Camille Jordan le jugent également médiocre. Stendhal, en 1817, après l'apparilion du quatrième volume, écrit sarcasliqucmenl : « On lira la vie de Goethe, à cause de l'excès de ridicule d'un homme qui se croit assez important pour nous apprendre, en quatre volumes in-8°, de quelle manière il se faisait arranger les cheveux à vingt ans, cl qu'il avait une tante qui s'appelait Anîclien. Mais cela prouve qu'on n'a pas en Allemagne le sentiriu-nC du ridicule.,.. ••
La traduction de la première partie des Mémoires [jar Aubert de Vitry, en 18-23, fut mieux accueillie — mais pour des raisons assez secondaires, semble-t-il; on ne s'aper^ul point que celte explication d'un grand écrivain par luimfime. cet essai d'auto-interprélation d'une destinée illus- Ire, avaient leur intérêt propre, indépendamment des renseignements fournis par Goethe sur les événements contemporains, n Le récit de la vie et des voyages de Goethe est au vrai l'histoire de la fondation et des progrès de l'école romantique », déclare le Moniteur du Si novembre 1823; les DêbnU, le 30 juin 1831!, Iroiivent (iue Goellie n'y parle pas assez de lui. Maurice de Guérin, le 6 février 1833, note dans son journal : « Ce livre m'a laissé des impressions diverses. Mon imagination est tout émue de
Marguerite, de Liicinde, de Frédùrica. Klopslock, Ilerdei Wieland, Gellerl, Gleira, Biirger, cet élan tic la pot'sie alleî mande qui se lève si belle, si nationale, vers le milieu dtl xviii' siècle, loule celle fermentalion de la pensée des tâte^ germaniques intéresse profondément, surtout en face d l'époque actuelle, si féconde et si glorieuse pour l'Aile magne. ><
Surtout, on^est ravi de se renseigner. auj>rës de l'au» leur môme de Werther cl de Faust, de l'origine de.qii£l qiies persouiiages favoris : on contente une curiosité mal satiB^ faite jadis par l'indiscrétion de quelques Lraduct< Hevue encyclopédique recommande à ses lecteurs « des révé|| lalions sur les circonstances et le caractère des héros et d l'héroïne de Werther, celte composition si fameuse daoM le genre romantique, la narration passionnée des amours réels de l'auteur ». Dans la môme revue, en 1824, PatînJ s'écrie : » Avec que! intérêt n'avons-nous pas appris, danqj les Mémoires de Goethe, oii il avait trouvé son Werther, a Charlotte, sa Claire, sa Marguerite, et tant d'autres per« sonnages auxquels son art a communiqué cette seconda vie. celle vie immortelle que l'art donne aux personnagi réels ! " Si bien que les figures qui animent les œuvre fictives de Goethe font torl à l'écrivain, le véritable héro!(J| de celle-ci — lorsqu'on ne va pas jusqu'à écrire, commQri le Mercure du XIX' siècle, que c'est " l'histoire un peifl longue de la vie d'un écrivain dont les ouvrages sont plu^a dignes que les actions des regards de la postérité, quoiqu^;^ celles-ci n'aient rien que d'honorable ».
Goethe n'était pas mort, et l'on ne songeait pas encore A découvrir la formule intérieure de sa longue existence, quel plusieurs voixavaient préludé k des reproches qui se feront i bien souvent cnlendre. <( Son génie, écrivait la flrvtie eiift/clopédii/iie on 18^, n'a jamais élé employé à revendiquer pourses compatriotes l'exercice des droits sociaux, cl sous
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ce rapport il n'a rendu aucun service à sa pairie. » Dans le C/oie, en ^827, de Rémnsal affirme (iqo i< Goelhe^na été au^ prises oi avec les événements, ni avec les passions ». Nous retrouverons ces objections, grossies et amplifiées^: elles n'ont encore, pour l'instant, qu'une signification documentaire. Il arrive aussi, et fréquemment, qu'on identifie le poète de Faust au plus inquiétant de ses personnages, au négateur sarcastique, à Méphislophélès: des chroniqueurs superficiels s'en tiennent volontiers à celte interprétation, el J. Janin ne se fait pas laute de la développer brillamment. M?rae à la mort du « patriarche de la littérature allemande ••, peu de jugements d'ensemble se préoccupent de dégager la vraie signification de cette vie supérieure, le principe directeur de celle persistante el multiple personnalité. J.-J. Amptre seul, ou à peu près, agacé des reproches qui commencent à s'élever contre son grand poète, fait ressortir la beauté do son efl'orl pour « maintenir l'équilibre entre ses facullés : il voulait lout recevoir, mais tout dominer.... Égoïsme, dira-l-on; comme ai l'emportement de la passion était bien désintéressé, A cela je réponds : Goethe a sympathisé avec ce qu'il y a eu de meilleur dans son lomps et dans tous les temps, el il était adoré de ceux qui l'approchaient. »
Un de ceux précisément qui avaient approché le maître do Weimar, le Genevois Sorel, publie en i83â, dans la Bibliothèque universelle, des Nolics sur Goelho : elles ont peu de retentissement en Krance; mais elles y pénétreront plus tard en partie, ft la suite et comme complément des E/itieliens avec Eckermann. Pour l'instant, et la campagne romantique n'étant plus dans le vif de l'offensive, les reproches adressé» au « calme » de Goethe s'acc cnluent el se pressent. Henri Hein e rappelle dans l'Europe littéraire du 13 mars 1833 les attaques de la Jeune Allemagne contre le demi-dieu de Weimar, et son École romantique j revi endr a
eucore; Sainte-Beuve, en février 1834, regrette qu'iioe nouvelle coDception île la grandeur, due à Napoléon, Bjron el Goellie, s'insinue dans les esprits : ce dernier y a contribué <i par son calme légalement railleur el plus égoïste peuttUre " (|ue l'ironie de Byron; E dgar Quin et, dans ses Éludes sur rAUcmagne, e n IH3 G, estime u gîic l e mani^u o de^harUé et d'entrailles iut ie caractère constant de Goethe. Son syslème de neulralilé permanente dégénérait avec l'ûge en manie. Je ne sache pas qu'aucun homme, non pas même Alexandre, fils d'Ammon, soil descendu au tombeau avec une salisraction plus intime et plus incurable de sa propre divinité..-. Faciamui experimenlum in corpore vili, ce fut toujours sa devise. Amour, désespoir, pairie, lorre et cieus, tout cela eut justement pour lui la valeur d'uo sonnet régulier. »
.Semblables reproches seront désormais l'ex plica tio n la plus fréquente du caractère même de Goethe. Pour avoir réussi à intellectualiser ses plus vives sensations, pour 5;'élre refusé ix abandonner ia gouverne de sa vie. cl n'avoir pas voulu que le cœur, ehez lui, alTaiblît la tête, l'accusation d'insensibilité égoïste sera souvent, on lésait, formulée contre ce lucide génie. I.es poêles, d'autre part, rôvent Justement d'action sociale, d'aposloJal, de vaticination politique : comment n'en voudrait-on pas à ce contempteur de la littérature à tendances, refusant de desc endr e dans l'arène, de mettre sa lyre au service des revendications constitutionnelles ou de l'indépendance nationale? Pulithch Lied, ein garUig Lied. Aussi y a-t-il déjà quelque (iriginalité f) dire, comme George Sand, en 1839. dans son Essai sur te drame fanlasli(jue : " Goethe n'était pas senl&ment un grand écrivain, c'était un beau caractère, une noble nature, un cœur droit, désintéressé.... C'est une grande figure sereine au milieu des ténèbres de la nuit, n
Il est inutile d'énumérer tous les jugements que celte
11 IMPASSIBLES ■■ ET " COMPUÉHESSiPS ».
sérénilé cl celle haute compréhension de Goethe, que sa façon de se (■ délivrer " par la poésie de ses souffrances morales, ont suscités chez nous comme en Allemagne. Jusqu'au moment où de nouveaux documents informent le débat, on vil assez communément sur une double idée : l'admiration pour l'écrivain, l'éloignement pour l'homme. « Talleyrand de l'art u, écril Sainte-Beuve en 1835; « une âme sèche ", prononce Lamennais en 1841 ; « le grand Méphistopliélès ", décide Michèle! en 1842; - un homme que j'admire, mais que je n'aime pas du tout «.confesse Ch ateaubria nd en iHii.
Beaucoup, chez nous, vont rester sur celle impression défavorable ; sans cesser de reconnaître la porti-e înLellectuelle de l'œuvre de Goethe, ils se refuseront à attribuer à l'homme lui-même une valeur analogue. Vi ctor Hg tîo, en particulier. resle^irréducUblc; lui que tant de choses séparent du génie de Goethe, il persiste à ne voir dans son équilibre qu'indifférence, dans sa réserve que lAcheLé:el le granil Allemand à son gré. qe n'est pas Goethe, c'est Beethoven.
Pour des esprils plus attentifs, de nouvelles sources permellronl peu à peu une meilleure et plus équitable îaformaiion : mais l'ancienne légende est si tenace <|ue le commun des lecteurs français, même s'ils admirent l'universalité de son esprit ou la beauté de ses créations, hésitent à lui demander le réconfort et l'édification que l'humanité aime à chercher auprès de ses grands hommes, !l est le vaste cerveau que David d'Angers a sculplé en un marbre colossal, l'intelligence universelle dont chaque Jour fait découvrir à la France un nouveau domaine — histoire naturelle, critique d'art, philosophie; mais il n'a plus rien d'humain, et nulle commune mesure ne semble exister cotre sa grandeur et la moyenne de l'humanité. Banville s'extasie en IHil ;
Goellic, ilonl la [icnsée Élail un uniyecBi.
27i GOETHE EN FRANCE.
el en ISiS, avec une dislinclion significative :
el de pareils hommages, même après le Rotnanlisme. soi rréifuenLs. Mais on reste iaquiel devant celte haute figufl déçu de chercher en vain le point frémissant par où demi-dieu s'apparente plus visiblement à la nature < communs mortels,
La corr espondance jivec Bettiaa.-SieogU'g.par£h..Gba3li dans les Débats du 31 Juilliït ISi^lraduiLc l'annôELâulvanl par SeL. Albin (Mme Cornu), ne modifie nullement ce pojg de vue, au contraire. Celte aventure singulière, où, vi lissant cl glorieux, le poète se caressait le rfpiir à la I veur d'une toute jeune adoratrice, est commentée divers articles de revues; clic inspire en IHM la Mod' Mignon de Balzac, et Sainic-Iieuve, aussi lard que 18 lui consacre un de ses lundis. Pre^^uc partout, l'impression est la mftrae ; pour se laisser adorer avec celle Iranquillilé, il faut être, non de chair el di> sang, mais du métal dont sont faits les dieux. C'est à peine une allénualion que d'excuser, au nom d'une vocation impérieuse, le héros souriant de l'histoire, el d'écrire fomme Modeste Mignon à Caaaiis, « son " grand homme ; « Ne m'avezvous pas dit de Bvron et de Goethe qu'ils étaient deux colosses d'égoïsme et de poésie? Eh! mou ami, vous avez partagé là l'erreur dans laquelle tombent les gens superficiels..,. Ni lord Bjron, ni Goethe, ni Walter Scoll, ni Cuvier, ni l'inventeur, ne s'appartiennent, ils sonl les esclaves de leur idée; et celle puissance mystérieuse est plus jalouse qu'une femme, elle tes absorbe, elle les fait vivre et les tue à son prolit. » Le prologue de la C/iarlolle de Souvesire et Bourgeois en !H16, le lldijenl Musiel de Dumas (ils en 1ÏI3S, présentaient en pied un Goethe tout
■ IMPASSIBLES " ET " GOMPHÉlIENSIl-'S "
entier allacliéà sa mission d'interprète de la vie, oubliaDt Je vivre pour ne songer qu'ii *a tâche implacable. De mflme, en 1833, dans une pièce jouée quelques soirs, le SchiUfr de J.-N. Fontaine, un Jeune émigré français expliquait ainsi le caractère de Goethe (qui apparaissait d'ailleurs accessible à quelque émotion) : « Sa grandeur et son calme ne sont point de Torijucil, c'est sa vie mémo, c'est son génie ».
Sainle^gguve, cepe nda nt, découvrait à présent un Goelhe pl us hum^ D, moins Ggé dans une imperturbable altitude de demi-dieu." E n lisant ces lett res de Betlina, on fait comme elle, on se surprend à étudier Goethe dans sa mtre, et on l'y retrouve plus grand, plus simple du moins et plus naturel, avant l'éliqueLfc, et dans la haute sincérité de sa race.... » C'était là, chez le grand crilique, une intuition qui ne {ievait^se confirmer et se développer que plus tard; et il était à peu près seul à signaler celte humanité malgré tout de l'Olympien. La légende est si tenace que la première tentative de Richelot, en 1841, pour faire connaître un autre Goethe à la lumière de divers témoignages personnels, et pour rendre plus vivante l'image que s'en Iraçait la France, est assez fraichemenl reçue. C'e-sl au sujet de celte publication que Chateaubriand fait la déclaration cilée plus haul; John Lemoinnc. dans les ÛùbaU du 10 août 1845, prononce une fin de non-recevoir analogue : » Plus nous considérons l'ensemble de la vie el des ouvrages de Goethe, plus nous sommes confirmés dans celte pensée, qu'à ce grand poète, à ce grand penseur, à ce grand écrivain, il manqua to ujours (quelque chose : la bonté, ce don inné qui ne s'acquicrl pas plus que la beauté, et qui, comme la Cr&ce, ne peul venir que de Dieu. "
Tenace résislance! Elle s'obsline à mettre Goellie hors l'humanité, à contester que ce cœur ail jamais ballu, que ce cerveau se soit abstrait un -seul instant de la poursuite
276 GOETUE EN FUANCE.
inexorable de fins purement ÏDlellecluelles. Les plus bienveillanls accordent qu'il y a eu sans doute, dans sa vie, ries phases très dilTérenles, el que le personnage majestueux et paisible de la vieillesse n'est pas semblable au Goethe des années jeunes; X. Doudan, le l" avril 1810, reconnaît qu'il n'a jamais -i pu bien accorder Werlher el Goelz de Berltchin^en avec (loelhe lui-môme ■>. Mais il Taut disposer de témoigna^ïes que le public Trancais el la critique ne possèdent pas, pour différer ici de la moyenne de l'opinioa, comme DanidStçrn. qui s'écrie en 1849 : « E t l'on accus a un tel génie de n'avoir point aimjil RepjroçIieJ^ngrat^auUint qu'absurde! n
Dès 1855, le grocès^WegrkJ,a publication des lettres se rapponâht à l'aventure de Wetzlar, le livre d'A. Basehet sur les Origines de H'erlhfi; la Iraduclion des M^moirti par la baronne de Carlo«ilz — arbitrairement remaniés el allégés, d'ailleurs, — sont les pièces de cette enquête nouvelle : on ne peut dire qu'elle soit favorable au poète. <■ Si Goethe, déclare Ed. Tjiifirry dans le Moniteur du 8 janvier ISÔti, avait réelIcmcnL aimé une fois dans sa vie, l'émotioo lui en serait restée jusqu'à sa dernière heure. Il aurait désappris pour Inujours l'orjifueil et l'adoration de soimême. Il n'aurait pas fini par être un Dieu de marbre el par se retrancher dans cette sérénité olympienne que rien n'altéra plus depuisqueSchillerrutreIranché du monde.... » Et Taxile Dclord, dans le Magasin de librairie : « II y a dans la vie de tous les écrivains une minute, un cri, un mot, oii la passion so fait jour; n'attendez rien de tout cela d« Goethe; c'est un automate qui a un cerveau... ». Bien rares sont ceux qui comprennent — comme Sainje^BfiiJve dans un article sur Muxsft, le II mai 1857 — que le princ ipe même de la vie sentimentale de Goethe élait , non flan s l'impassibilité, mais àami cette faculté de " se ddlachec-A temps de ses créations, même les plus intimes à l'origine » ,
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et de pratiquer l'art de la délivrance par la poésie. Plus rares encore ceux qui écrivent, comme J.-J. Weiss dans la fleuM frfe t' Imiruc lioti puliliqiie ca octobre 1S33 : « Sous celte froideur, <|ue de douleurs vraiesj Sous ce^mâs que d' impas- J "^ sibitiié, quelle raison ardente autant que s ereine I Quelle sympathie pour l'humanité! On s'y est trompé cependant; et cette faculté de tout convertir en poésie, qu'on admire si vivement dans l'écrivain, on n'a cessé d'en faire un crime à l'homme comme dune marque d'égoîsme et d'indiffé-
^1 défaut de ce frisson du sentiment qu'on persiste à contester à Goethe, on savait voir quelle haute leçon de culture et d'énergie peut donner une telle viel Mais il semble que son universalité et sa persistance dans l'intelligence et la curiosité ne soient que l'indice d'un cerveau merveilleusement organisé, et que nul principe supérieur à une vague faculté encyclopédique n'ait gouverné cette existence tout enlière penchée sur la vie et sur le monde. - Çà et ià seulement, et sous des plumes isolées.uue pensée empruntée à la sagesse et au renoncement goethéens ; A^eL écrit le 26 avril I^Oi : » In der Besrhrankuyiif zeigt ticnersl der Meisler, dit Goethe-. M.ûle résignalioui ç^st aussi la devise des maîtres de la vii ej. Kncrgie résignée. c'esTla sagesse des fils de la lerre. » Au début d'un article sur Longfellow, A. Dudley cite dans la Revue des Deux Mondes, te 13 novembre 1831, cette maxime si noble qui domine l'activité de Goethe: " Celui-làseul mérite la liberté et la vie qui chaque jour travaille A se les conquérir ».
Mais voici venir — au moins dans quelques régions de la pensée française — l'heure des réparations etulfis réjiabilitatloQs^ Des urlicjes^e Blaze^de Hury sur la Jeunesfe de Goethe, en 185L ont s igna lé toute rexubéjaDcc et rardfiur Je celui qu'on n'imaginait qu'immobile dans son insensibilité de dumi-dieu; Marie deSolms, en 18ô8j a publié
des Lettres inédiles de Goellie qui augmcnteat les documents direclcment coondcoticls; daus la Itemie germanique, la m^me année, une chaleureuse inlroducLion de Ch. Dollfûs a précédé des exlrails de la Correspondance de Goellie et de Schiller; en ^300, dans ce périodi<|iie, une belle élude du même auleurljace les lignes dominantes de celte personnalité encore bien rapprochée pour une vue d'ensemble, et insiste sur la pari que l'éducation personnelle a eue dans le développement de Goethe : ^ une force qui s'accroît »; el sur la franchise et la modération de ce grand esprit, qui était en raénic temps une grande nioralilé. Mais c'es t surjout entrC-lSfiâ et IStiG que je jtlacent les publications réparatrices, les articles vejig£ursi el les aveuK^de cette vérité inconteslnlde : qu e la Fra nce^ doit s'efforcer de retoucher el de.rcCair&J'image q u'elle a vait, jusque-là, du moi de Goetlifi.
Plusieurs ouvrages, dont quelques-uns ont été déjà cités ailleurs, conlribuèrenl à éclairer, sur la signification et la valeur du poète de Faust, les esprits les plus attentifs et les plus sincères de celte génération. La correspondance avec Schiller, traduite en 1803 par la baronne de Carlowitz, n'y fui que pour une faible pari : cependant Saint-René Taillandier, dans sa préface, y répétait, ce qu'il avait déjà proclamé souvent, que Goethe, dans ses lettres, nous donne bien des preuves touchantes d'une chaleur de cœur, d'une ardeur primesautii-rc dans l'affection, qu'il est stupide de vouloir contesler.
Plus efficace et plus décisive fut la publication — un peu trop lente, malheureusement, el espacée sur un Irtip long espace de Icmps ^ dans laquelle II. Rjc hflft t, de IR^il à 18G4, reprenait et complétait sa tentative de 184i. La préface le disait neltemcnl : « Heureux si j'ai pu tracer un portrait fidèle, cl si, détruisant des préventions, filles de l'ignorance, qui subsistent encore parmi nous, je réussis à
« IMPASSIBLES " ET « COMPREilENSIFS ".
f a i re conn aître Goethe, aussi tli pne d'atTecUon par la généposilé et la bonté du çœur,aus8i digne d'estime par la noblesse et la dignité du çaracLèrc, (jue d'à dm ira Lion paf la grandeur sublime de l'intcUigeDCËl » El ces qnalre volumes sur Goethe, ses mémoires el sa vie, aboutissaient ii une appréciation d'ensemble qu'animait un semblable désir de réhabilitation. « L'empire sur lui même était le contrepoids nécessaire de sa sensibilité extrême... Abandonnée sans frein à elle-mCme, cette sensibilité eût causé les plus grands malheurs. L'équilibre des deux éléments composa une organisation morale des plus parfaites. Ce ne fut pas, du reste, sans de grands efforts que Goethe acquit la raie vertu du calme. Mais s'il se retire parfois dans la solitude, si son visage est réservé, n'en faites pas, pour cela, un misanthrope, un égoïste. ■>
A. Hédoyin, dans le môme temps, achève de publier dans la Revuë~tjcrmaniqui' son adaptation de la biographie de Goethe parLewes : il la donnera en volume, en I8GG, avec cette épigraphe significative empruntée h Jnng-SÏÏlling : " Le cœur de Goethe,. que peu d'iiomines ont connu, était. aussi grand que son intelligence était admirée de tous! " Un article d'Ed. Humberl dans la Biblwthi^que universi-tle s'élève de son côté contre le reproche d'égoïsmc qu'un livre récent, les Souvenirs de Afiice /lécamlcr, adresse à l'hôte de Mme de Staël à Weimar : « Goethe égoïste, quand il n'y avait un incendie dans la ville et aus environs qu'il n'y courût! Égoïste, quand il organisait la milice, occupation qui ne faisallgucrcavancersesouvragesl Égoïste, lorsque, remplissant avec scrupule tous les devoirs de sa charge de conseiller, il rédigeait des rapports, voyait tout, surveillait tout, et régulièrement assistait aux séances du Conseil privé. Égoïste, nonl >>
Beaucoup plus que les .Mémoires, queles correspondances ovi les biographies, la traduction des Coiwn-mtiont ayei"
280 GÛETilE EN FRANCE.
Eckermami, en présenlant^ajuibUc-uu-lout aulra-Geetbl qùëTOTvmpien légendaire, a conlribué à iiclairer le juj menl cles esprits imparliaujL. Ces libres entretiens de l'écti vaiâ allemand avec un admirateur c{ui noie ses pensées d Ditifii re scibili Taisaicnl connallre dans une bonhomie insoup çonnée, en même temps que dans une droiture et une indâl pendance singulicTCS de jugement, le conseiller d'iïtat d« Weimar. Curieux de toulcs les formes de la pensée, rei pei^lueux de toutes les sincérités, répondant sans moi^w et sans pose ù l'investigation parfois inintelligente de s parlenairc, apparaissant enfin dans Texiguïté toute bouf^ geoise de son train de vie, Goethe n'était plus, ici. le hail' lain Jupiter qu'on s'imaginait, humant d'une narine dédaîj| gncuse l'encens des hommages cl des adulations. C'ét^ nn investigateur sincère et modeste du vrai, un vaillaql esprit libéi'é de toutes les petitesses et de tous les dédaînsJ Une de ces belles âmes, comme dit Montaigne, qui sonfl « universelles, ouvertes, et prèles à tout; sinon instruilet au moins instruisables » de toutes choses.
Ce fut une réelle émotion, pour quelques-uns, qu e l'a rivéejlë"^ Goethe nouveau, venaiil en pleine publ icali< des oeuvres coinplctcg dans la tiaduclion Porchal, t milieu de l'enchantement que sa peu^ée métaphysiquw oITrait à la nouvelle philosophie française. En l8Câ, l'édf^ leur llelzel publia, Iraduils par Charles, des Enlreliet qui " désossaient >i l'original, en quelque sorte, el préleoj daienl n'en donner que la substance. Ce ne fut qu e l'ann suivante que parut, chez Charpentier, une traducltoi plus complète, celle d'Emile Délerol-'. fians rin|frvi>I]J divers articles; et pa r liculièrement trois C<ius<-rics de S ^oIm Beuve. avaient signalé lout l'intérCt de celle publication, 4 reconnu que! élément nouveau d'appiécialion elle apporta
ihi dernier
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à l'élude du moi de Goelhe : •< l'ame du grand homme y respire ".
" Nous avons tous, confcssaiL Sainie-Beiive, plus ou moins, sur la foi des i)remiers lémoin^ ej. visiU'urs guJ no us en oui parlé, cru Goethe plus insensible iju'il nerélail.... » Pareil aveu se glisse dans plusieurs des comptes rendus qui furent consacrés, soil aux Enlretieiis de la traduction Charles, soil aux Convermtions de la traduction Délerol. Quelle joie de trouver a un homme véritable au lieu de la créature surhumaine » qu'on avait imaginée I Et, pour ceux qui depuis longtemps révéraient celle haule intelligence, quel délice d'expliquer désormais autrement que par un cœur insuffisant la sérénité des dernières années! Daniel Stcra le remarijue avec raison dans un des^ialogues de son ù'tnte et Gueike, il y avait eu une •• erreur française » qui " allribuai t h la j euness e de Goethe la force de son âge mùr et le calme de sa vieillesse u. Erreur tenace assurément, et que les découvertes répétées que font les critiques de bonne foi nébranlent pas complètemenl. Il est si commode d'avoir une formule simple qui prétende caractériser l'individualité de chacun, même lorsqu'il s'agit d'une existence de quatre-vingt-trois ans !
Si Goethe a conservé aux yeux de beaucoup de Français la figure impassible du vieux sage de Weimar, et si sa séréiiilé leur a paru la sécheresse d'un cœur éteint, ce n'est pas r.iiile d'avoir été avertis de leur erreur. Le livre de Daniel SIern, un peu apocalyptique par instants, ajoutait l'hommny,ç d'une admiration dévotieuse à tous les documents quolTraient les récentes publications. Parmi les comptes rendus élogioux que suscita son livre, un des plus péné- Iranls fut celui qu'Emile Mogiégut lui consacra dansje Moiiiimr universel. « Le Cœur de GaeUtei quel bel essai il y aurait à faire sous ce titre, écrivait il le 30juillel 18(^6; après loiil ce qu'on a écrit sur le poète, lo sujet est encore presque
neiiT..,. (joelheeûtété parfatL s'il avait su davaulage aima voilà 90UB sa forme la plus douce le reproche que tous t adressent, môme ^es plus fervents admirateurs : voyons fl peu ce qui en est. Loin de ne pas savoir aimer, il n'était qid trop accessible aux dangereuses émotions de l'amour..; Il était né avec un cu-ur riche, chaud, facile à séduire, mais aussi avec une intelligence ferme, sage el grave. C'est dans celte intelligence qu'il trouva son salut.... Son intelligence laissa toujours son cfeur libre de courir les aventures : seulement elle refusa toujours de se laisser duper par les sophismes et les excuses dont il aurait pu couvrir ses erreurs et ses fautes. L'art de la vie Ici que le comprenait Goethe, et personne ne l'a compris aussi bien <juc lui. consistait dans l'applicaliou constante de celle ntaximc : faire servir noire expérience à notre perri'clionncmenl individuel, et accepter toute épreuve non comme une humiliation ou un châtiment, mais comme un nouveau moyen d'éducation el comme une initialion h un degré supérieur de vérilé > Admirable jugement, qui met toute la signification morale de Goethe, non dans l'enrichissement d'esprit auquel son exemple pourrait inciter, mais dans le perfeclionnemenl intérieur cl tlans l'harmonie el la fermeté de son développement! Jugement asse^ isolé, d'ailleurs, à sa date; car si, dans ces dernières années de l'Empire, le précédent de Goethe a agi sur quelques membres de notre élite intellectuelle, ce fui plulAl par la haute compréhension dont quelques fragments critiques, çà el là, avaient donniî l'avant-goût et dont les A/émoiTes el les Enlretwns apportaient un nouveau témoignage, — ou par 1' " olympianisme - même derrière lequel sa vieillesse avait dissirau!»^ les derniers tressauls de son cœur.
Saiole-Bcuve a subi, à un degré que ses bipgraphesont insuffisamment marqué, le prestige du Goethe décoJirerl par la France des années sotxanlf, de ce vieillard s
illard s'iot^^J
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ressant aux formes diverses de la pensée et s'elTurçanl de les relier, cherchant, pour juger les choses de l'espril, à se dégager de toule habitude et de toulo tradiliOD, et à découvrir la " loi intérieure •• au nom de laquelle prononcer reloge ou le bliime. Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, Jules Troubal, nous a signalé quelle révélation ^'avail été, pour son " patron » et le grojjpsjlc ses-inlimés, (juftla. publication de ce-li.vre des. Entyetiem. Puis le maître, le 14 juin 186C, remerciait Daniel Stern d'avoir, par son œuvre, complété l'initiation. ■■ Bien que, dans ces dernières années, j'aie lâché de mieux connaître Goethe el de me pénétrer de lui, je ne suis, en l'étude de celte grande nature, qu'un novice et un aspirant. " Du moins y avait-il eu, <• ces dernières années », dans l'esprit de Sainte-Beuve, une incontestable modification en ce qui louche l'esercice mflme de la critique. En 18^^ dans un article sur Gayle, Sainte- Beuve pouvait écrire de VoUaire : " un grand esgritciilique, le plus grand, à couj)^ sûr, depuis EajJe ". A préscnl, ce nesl plus le scepticisme el l'agililé ironique, lumineuse sans doutè^mais sans sympathie, d'un Vollair e, qui lui semble la forme supérieure de l'esprit critique, mais plutôt la fajon dont un Goethe sjnslalle, pour juger d'une oeuvre, au cœur des choses, et presque à la place de l'auteur lui-même. La flexibilité multiple de l'interlocuteur d'Eckerraann est préférable aussi t l'absence complète de facultés créatrices de Bayle, qu'il louait jadis, à cette espèce d'atonie et d'aniorphisme de lempéranienl qui devait rendre si facile à l'auteur du DinUonnaire 9on universel crilicisme. « Legrand G oeth e, le maître de la criliq^ue, écrit-il le 20 février 1860 au directeur du Moniteur, a établi ce principe souverain qu'il faut surtout s'attacher à l'exécution dans les œuvres de l'artiste, et voir s'il a fait, et comment il a fait, ce qu'il a voulu..., " Dans son arlicle sur les EnircUem, il n'hésite pas à écrire ; « Goethe, le plus grand des critiques modernes
ast GOETHE EN FRANCE.
cl de toUBjeslempa».. », et il vanle cette duclilili: d'esprit et ce besoin de perpétuel agrandissement inlcllectuel, grâce auxquels le maître de Wcimar relmuvait, vis -A vis de n'importe quelle produclion de l'esprit, une sorte d'immédialelé que n'obscurcissait aucune prévention. " Perfectionnons-nous sans cesse el marchons : c'est sa devise; c'est la meilleure réfutation aussi de la critique envieuse et mesquine. » Malheureusement, il n'est pas donné fi tous ceux qui sont appelés à prononcer des arrêts intellectuels d'atteindre à l'activité, à la faculté de renouvellemeut et comme de sympathie successive qui fait la grandeur de Goethe critique. Sainte-Benvelui-mCme n'a pas su, comme ce maître qu'il plaçait si haut, mettre toujours de cAté ses préventions el ses répugnances personnelles. Il le sentait bien tout le premier et il faisait ses réserves lorsqu'on le comparait à Goethe. La chose était assez fréquente dans les dernières années de sa vie. Ce n'est pas tout à fait un coraplimenL sous la plume d'E. Scherer, qui, dans le Temps du l>mai 1862, après avoir vanté la pénétration cl la ilexibililé de Sainte-Beuve, ajoute : " Il ne lui manque qu'une faculté, celle qui manquait à Goellie, la faculté de l'émotion.... Il excuse tout, parce qu'il comprend tout. Il a quelque chose de l'indifférence, j'allais dire de l'immoralité de la nature elle-même. « Auguste Vilu, pur compliment celte l'ois, faisait un rapprochement identique. Et c'est évidemment à un rappel analogue que répond le maître, écrivant le 5 mai 186,") à É. Délerol : '■ Vous parlez du grand Goethe : il avait le calme, il habitait naturellement les sommets. J'étais l'homme des vallées.... ■■
La multiforme cçmpréliension de .Goethe, la sérénité avec laquelle il accepte el s'ingénie à goûler toutes les formes de la pensée sincère, dignes de la raison el de l'Ame humaines, voilà ce qui enchante^ danslc^rand calmmli l'Empire, quelques esprits distingués qui, sans désespéM*-
" IMPASSIBLES " ET >■ COMPHEHENSIFS ". aSo
du proférés, avaient plus ou moins fail leiirdeuil des rêves humanitaires. Il fallail assurément la retraite un peu mélancolique oii vivaient, sous ce régime mi^diocre, quelques nobles intelligences, pour alfirer à Goethe une clientèle fervente. " C'estlrès inléressant el touchant, ces Knlretinns du grand Goethe ", écrit G. Sand le 16 juin 1863. Lamartine les commente longuemenL dans son Cours familier. Flaybgrt s'écrie, aprèsles avoir relus, Ie 2 juillet IHJO : " Voilii^un homme, ce Goethe! ^lais il avait lou(, celui-là, tout pour lui! " Paul de SainL-Victor le considi^re comme le lype de rintelliyence absolue el .suprOnie.EI il faut voir avec quelle gratitude tels arlicles de Laboulaye ou de Ghalfcmel-Lacour, des livres comme l'Année d'un Ermite de J. Levallois, savent parler du sage auteur de Faust,
Mais il est cerlain que rilluslrc exemple du patriarche de Weimar, refusant de descendre dans l'arène des luttes politiques et mettant le progrès collectif dans les perfectionnements individuels, a été interprété et suivi, par ces hommes de 18fi5, dans un sens conforme à leur propre désenchantement et à leur mélancolique attitude en face du présent plutAt qu'à la réalité de ce précédent illustre. Par les services qu'il rendit & l'Ëlat, dans ce grand-duché de Weimar oii lui furent conliés de multiples olfices, Goethe a donné à la chose publique beaucoup plus de lui-mi'me que n'étaient tentés de le faire les intellectuels de l'Empire. Sans doute, en disant, comme Taine : « Taisons-nous, obéissons; vivons dans la science ", on rendait hommage à l'héroïsme de la pensée infatigable et libre, on restait d'accord aussi avec l'espoir goclhéen d'un progrès opéré d'abord par les sommets de l'organisme social; mais on méconnaissait une bonne partie de l'effîcacilé morale que recèle la personnalité du grand écrivain.
Caria vraie grandeur du moi de Goelhe est dans l'idée de H culture >i, et non simplement d'intellectualilé épicu-
rienne. L'ne marche progressive vers une plus noble e tence, voilà, plulftt (jue la séri5nil6 de Tuoiverpelle coinpréliension ou que l'assiduilé d'une conslante rechcrclip. ja leçon morale qu'on peut lirer de la vie de Goe^ie. El c'est pliilùl, ce seïnble, une le£on inleI|cçluei[e quonicsl plu^à en ipj^enir- Sans doule, Tajjic, dans les Oêhah du 2fl janvier 186S, à propos d'un livre de Camille Selden, parle de " s'ëTêver jusqu'à ce di^veloppement complet de soi-même que le grand Goelhe présentait comme but unique et suprême à tout homme digne de ce nom « ; mais cet ami persévérant de la recherche et de rexj)liçaliqri des phénomènes semble réduire, par ailleurs, ce " développement " à une connaissance scienliGquc de l'Iiomiiie.cLsles choses. De belles pages do la Liltéruture nnglaiar, après avoir conduit Bjixjn jusqu'au terme de son aventureuse carrière, opposent auv confuses aspirations du romantisme la pacilîanle doctrine indiquée par Goelhe. » Tflche de le comprendre et de comprendre les choses ", c'est-à-dire, selon Taine. considcre-loi comme une résultante parmi d'autres, nécessitée par des causes comme le reste du monde; et sache, par la science, expliquer ton Hrc aussi bien que l'univers : la révolte, dès lors, et le ■( mal du siècle ■> seront enrayés. Or Goelhe travaille au déploiement de son individualité autant qu'A la compréhension de l'univers, et la science ne lui piasque point la vie.
C'est surtout par une des plus notables manifestations du goctliisme tel que l'a compris essentiellement cette époque, qu'on s'aperçoit par où la révélation du moi de Goethe fléchissait vers une signification incomplète. Th. Gautie r, dans l'attitude de ses dernières années, donnait & sc& intimes l'idée d'un Goelhe français. Lui-môme s'en expliquait à Emile Bergerat. a Oui, je veux vieillir superbement. Comme Goethe à Weimar, je veux donner à ce pays l'exemple d'une de ces vieillesses de poète, sereines
)èle, serei nes M
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el fécondes, qui reflètent déjà la vie supérieure et semblenl anticiper l'imraortalilé. •> El des entretiens, comme ceux qu'a rédigés Eckernoann, devaient fournir ù ce Goethe français (auquel n'avait manqué, disail-il plaisamment, qu'un duc de Weimar) l'occasion de formuler sa pensée et de manifester ses encyclopédiques connaissances. E. Feydeau estime que, par son panlhéisrae, par son génie plastique, par son admiration de l'antiquité, il avait " mille points de contact n avec le poèto allemand : c'est faire assez petit état de celui-ci, et confondre surtout, au profit du bon Gautier, un des aspects de Goethe avec sa plus profonde signification, celle par laquelle un esprit moderne peut s'édifier à son contact. C'est enfin brouiller un peu les rangs légitimes que de s'écrier, comme Léon Dierx dans un Salitl futièbfc adressé au poète d'.4 Iberiu» ;
SaluL à Loi, <iu fond de la vie ^giliémtre,
Salut à toi qui vis dans l'immorlallti^
OCi près de Goethe assis Lu eonlempln.'^ Homère!
En réalité, si l'on fait abstraction d'un petit nombre de traits qui touchent à la nature seule de quelques préférences et de quelques procédés, à la " plasticité » d'une partie de l'oeuvre de Goethe, il n'y a d'autre analogie, entre les deux écrivains, que l'apparent détachement du Weiraaricn et l'impassibilité voulue, ■■ te sublime indifférenlisme " du Parisien. C'est ce qu'indique, mieux que tout commentaire, la préface même des Émaux et Camées :
Pendant lea guerres de l'empire, Goethe, au bruit du canon brûlai, Fil le Diuan oceidenht, Kraiche oasis où l'art rcsiiire.
Pour Nieaini quilUnt Shakspcare,
Il se parruma de contai,
El sur un TH<.-lre oriental
Nota le eliant qu'Hudhud soupire.
Comme Goclhe sur son divan A VVeimar s'i&olail des choscB Et d'IIaliz elT^uillait les roses,
Sans prendre garde ù l'ouragan Oui Toueltait mes vilreij rermées. Moi, J'ai fait Emaux el Cuméei.
Il ne fautlra guère moins q ue Jes ^yf-npmpnla .If iSTn pour qu'on s'avise chez nous d allénuer cel te co neepLioii dirn Goellie « s'isolani des chosea .. D^jà, dans VAvenir de la Science, Renan avait remarqué que Goellie était, à sa façon, un des créateurs de la pairie aliemaDde. En plein si6ge de Paris, le 8 décembre iSjP, dans une conférence sur la Chanson de Rolnnd el la imlian alilé fraiiraùe, Gaston Paris développait la aiCiue idée ; « Goellie luimfime, tout cosmupolile qu'il élâiL, a puissaminenl contribué à fondur la nation alleinandfi"- Mézières, dans deux articles de ta lieouc drs fJeux Mondea, le \" el le 15 janvier 1871, étudie l'altiUide, en face des préoccupations de SCS compalrioLcs, du " plus libre esprit de l'Allemagne, le plus indépendant de tout préjugé nalinnal, le plus humain et le plus civilisé ", mais ne le jupe poinl si indifférenl k la cause de son pays, qu'il a servie à sa façon, par des voies plus lointaines, mais plus sûres el plus nobles que les « palrioles •• de profession.
Mais avant que ces atténuations soient apportées au pré- *tendu indilTérentisme national de Goethe, son refus de se livrera toute prédication el de descendre dans Taréne a été gourmande de la belle manière par Victor Hugo Fidèle à sa conception do la mission sociale du poète, l'exilé de Guerncsey écrit en i86i, dans son WilUitm Shakespeare : n Quand c'est un poète qui parle, un poêle en pleine ' liberté, riche, heureux, prospère jusqu'il être inviolable, on s'attend à un enseignement net, franc, salubre: on ne pout croire qu'il puisse venir d'un lel homme quoi que ce soil
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mble à une déserlion de la conscience..,, ■■ Et, après avoir cité quelqueB apophtegmes où Goellie a raillé l'inleiiipérance des réformaLeurs qui ne songeai pas à commencer par eux-mêmes l'œu^Te de rénovation : « Ces choses, diminuantes pour celui qui les a écrites, sont signées fioelhe. Goethe, quand il les écrivait, avait soixante ans. L'indilTérence au bien et au mal porte à la léte, on peut en Ctre ivre, et voilà oii l'on arrive. La leçon est triste. Sombre spectacle. Ici Tilole est un esprit.
.1 Une citation peut être un pilori. Nous clouons sur la voie publique ces lugubres phrases, c'est noire devoir. Goethe a écrit cela. Qu'on s'en souvienne, et que personne, parmi les poètes, ne retombe plus dans cette faute.... Il y a eu, dans ces dernières années, un instant où l'impassibilité était recommandée aux poètes comme condition de divinité. Être indifférent, cela s'appelait être olympien.... «
A l'antipode religieux et politique de Victor Hugo, Barbey d'Aurevilly se préparait aussi à « charger avec la cravache de Murât « contre ■■ cette immense personnalité de Goethe, qui remplit jusqu'aux bords le \i\' siècle et bouche tous les horizons de In pensée moderne de son insupportable ubiquité ". Bien qu'il ne doive paraître qu'en 1880, le Goethe et Diderot du matamore (comme l'appelait Mme Ackermann) a ses racines dans cette époque. Il y paraît assez dans l'introductioa mise par Barbey en tète des études réunies sous ce titre assez bizarre; il y stigmatisait l'influence exercée par Goethe sur divers écrivains. « Tout ce qui a de bonnes raisons pour vouloir que l'art soit sans âme est goelhhte de fondation. Théophile Gautier l'a été. Baudelaire , aussi. Sainte-Beuve vieillissant le devint, car, jeune, il écrivait Joseph Ùelorme, et il était vivant (malsain, sentant le carabin et l'hi^pilal, mais vivant !|, Présentement sont goethistes. — qu'ils le sachent ou qu'ils l'ignorent — M. le Conte de l'Isle et M. Flaubert et
GOETHE E\ FIIASCE.
louft ces petits soldats en plomb de la littérature qui se sont appelés eux-mêmes orgiieilleu sèment i's /m/iaMié/fs. »
On nous ast^ure, il est vrai, que Barbey en voulait, plus encore qu'à Goethe, aux coteries d'admiration mutuelle qu> nichaient à son ombre; mais c'est bien .*i la mesquinerie, à l'égoïsme.au bourgeoisisme de ce « charlatan froid « que le connétable des lettres françaises s'en prenait : de ji QU: veau s'élèyc-coatr^ lui Vaatignnj jle l'abBencc d'enthousiasm^et de spontanéité. Nous avons vu qu'elle trouvait, en dépit de tant de voix plus équitables, une singulière résonance dans ce temps où lîarbcy commenijait à l'entonner dans te Pnijs, en liUM, pour la reprendre plus lard en tout loisir. En 18fi6, le livre de Desbaroltes, Le caraetère nlletnand expli<iui' pur In )j/*î/,iio/ojic, reproche à Goethe, malgré son auréole poélique, d'avoir entendu <' évidemment l'art de gouverner posilivemml la vie ■>, et estime que ce* Phidias, « immuable comme un buste d'Apollon '>, est un vrai poète allemand.
Dans quelle mesure Al e xa nd re^DinnaS-lUs — qui a beaucoup appris do Desbaroltes enmalière de chiromancie — reproduisait-il les leçons du même maître lorsqu'on )8"3 il écrivait, pour la sage traduction de Faust par Bacharâch, la plus indiscrète des préfaces? Jadis, dans son Hégent Muilel, il avait mis dans la bouche de Goethe une profession de foi qui n'avait pas encore l'âprelé de raainlenant, et la thèse de l'insensibilité de l'auleur de W'eriliev n'y dépassait point une très admissible moyenne. Dansj:elle préface-ci, les douloureux souvenirs de la défaite, l'outrecuidance de Bismarck aveuglent le jugement de Dumas. : -1 C'est au nom de celte race latine à laquelle J'appartiens que je prends à parti celui qui, en littérature, représente le mieux l'autre race, dans soD gécie froid, déducleuc, fragmentaire, obscur, né du labeur tenace, des empiétements lents et mystérieux, génie sans inspiration [
ion propr e. |
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sans idéal, sans probité ». Une biographie de Goelhe, u raffiné solennel >■, « Minolaure sonlimental à qui il fallait des vierges », el de qui la volonlô « n'élail en somme qu'un égoïsmc supérieur et doctoral •>, démonlinit combien un tel homme était insuffisant à traiter dignement l'antique légende de Faust. •• Aussi, Goelhe, grand écrivain, grand poète, grand artiste..., — grand homme, non. »
La Revue des Deux Mondes, le Temps, la Remie drs Cuurs Httèrnires jugèrent excessif ce passage aux verges. Flau- ^ b^rt s 'indigna. " C'est bien le cas de s'écrier comme M, de Voltaire ; « Il n'y aura jamais assez de camoulleis, de " bonnets d'une, pour de pareils faquins! a De fait, la virulente attaque du compromettant préfacier passait le but. L es œuvres d e G oethe , en 1873, n'avaient gutïre d'a ctualité . Il fallait l'espèce d e demi-romantisme persistant de Hlaite de Bury pour réunir en volume, cette année-là, ses éludes sur les MaUreMes^n Goetlis- L'histoire littéraire, toute rétrospective, s'occupait de l'œuvre du grand écrivain allemand, mais sans qu'il y vùi là d'application immédiate à faire. Les nouvelles traductions de Faust (outre celle de Bacharach, exacte et lourde, Manière en ISTâ et Laya en iHTà tentent de rendre en vers, fragmentairement, le grand drame métaphysique), une version des Afjlniti» électives par Camille Selden, étaient plutôt le produit de prédilections isolées ou le résultat du mouvement antérieur qu'un eHort de renaissante iuiliation. Des débutants, çà et là, pouvaient encore traduire envers les ballades de Goethe sans qu'il y eût guère ici que des exercices métriques, Restait la personnalilé même de Goethe, qui gardait encore son prestige, celui d'une sorte de classique qu'on ne lit ji;uère, mais qu'on est lier de compter dans son patrimoine intellectuel. La guerre de 1870 ayaut-rompu le charme qui attachait encore h l'Allemagne, sinon le graud public et la presse, du moins quelques maîtres de la pensée et quelques
OÛETIIE EN FHASliB-
publicisles émînents, on se piquaîl déjuger ob jective ment l'œuvre eL l'homQie — l'homme surtout, discerné à ti-avers son œuvre elle-même et d'innombrables documents. Or, ce tte personn al ité qui avait fourni, entre 1 8 00 et 1870, un e manifre d'encouragement èraltUudejie-HuelifnesKraucais, ef qu'on avait aimée pour sa sérënîlé, sa compréhen^on, sa maîtrise de soi, d^ciolt, pour la plupart, de sa haute sign ificatjoji.On peut encore, comme Flaubert, lui envier sa Iranquillilé, mais c'est pour s'en juger incapable. En général, on ne lui accorde plus guère ce ll e valeur crédificalion qu e de libres esprits lui altribuaienl quelnucs aon^ca.aupafavanlt Revirement décisif, dont témoignent des jugements moins préoccupés d'actualité et de polémique que la préface de Dumas, écrite sous le coup des insolences bismarckiennes, ou que tels essais de Barbey, repris entre deux gardes du siège de Paris. Ed mond Schej er publie dans le Temps, en mai 1872, une série d'articjes modérés de ton, sévères d'appréciation, qui laissent je G oethe une imagfl appauvris et comme médiocj'iaée : l'iconoclaslie d'un Dumas ou d'un Barbey i»st ici remplacée par un impitoyable déshabillage. Tout est judicieux dans le détail, équitable même, I et pourtant l'ensemble est injuste, faute d'une ingéniosité j égale dans l'éloge et dans le blilmc, faute de celte secrète I s^mpalhie sans laquelle, au témoignage de Goethe lui-même, « ce que nous disons ne vaut pas la peine d'être rapporté ». M Lorsqu'on essaie, à la fin d'une étude de ce genre, de prononcer un dernier jugement, ou se trouve assez embarrassé. On a devant soi une masse considérable d'écrits très divers, ce qui est sans doute une preuve de puissance, mais ces écrits sont presque tous, soit des tentatives malheureuses, soil des imitations ingénieuses et réussies : il ne reste qu'une œuvre véritablement hors ligne et unique [fjtutt), et encore celle œuvre est-elle un fragment. Goel he a eu une immense activité, mais non pas une forte ii
; initial jve; ... ]
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il n'a pas de naïveté, pa s de feu, pa s d'inventio n; il msnqae de la fibre dramatique et n'est point créateur : la réllesion, chez lui, a fait tort & l'émotion, te savant à la poésie, la philosophie de l'art à l'artiste. ■>
L'injustice consislail précisément à taire que la " forte initiative ■> de Goethe résidait pour une bonne part dans son " immense activité ■>, el â porter l'investigation critique sur les détails de l'édifice sans vouloir prendre assez de recul pour juger l'ensemble ilii plan. Le grand essa^sle anglais Matthc w Arn old le re marquait à quelque lemps de làj quana les Eludes criliijws de Ultérature de Scherer recueillirent ses articles sur (ioethe, — la grandeur de l'écrivain allemand lui vient, non d'avoir été le plus parfait des poëte.s, mais d'avoir joint à un talent poétique considérable une philosophie de la vie singulièrement large, profonde et riche. « C'est en quoi il a pour nous sa valeur et son importance par-dessus des hommes qui ont un plus haut rang comme poètes. Et m<>me, sa valeur et son imporlance comme clair et profond esprit, comme maître critique de la vie. communiquent nécessairement de leur prix à sa poésie et augmentent même son apparence de mérite et de perfection propres.... »
La personnalité de Goethe, négligée ou liUJiiiliée par les a rticles de Scher er, sem bl e en éclie c sur toute la ligne. Le Temps, où le critique genevois revint plusieurs fois à ta charge sur ce terrain, pouvait faire autorité pour la bourgeoisie éclairée de cette époque. La Revue des Deux Coudes, oùjinjrliclc de L. Etienne, le to septembre 1873. aboutissait à de semblables conclusions, complétait la déroute- Une lettre de Louis Ménard, publiée par la Rennissnnce lilli'rairc el artistique du 27 juillet ISTd, « empoignait « le dieu des Allemands, •< le grand Goethe, le plus répulsif dç tous leurs faux grands hommes, le plus vide et le plus. gonflé de tous leurs mannequins x. Le 17 décembre 1874,
liOETIlE E> FRANCE.
Camille Roussel, répondant à Mézières à l'Académie française, le prenait de plus haut encore avec l'individualtté de Goethe, si vantée dix ans auparavant par la critique. " Ce terrible égoïste avait le commerce dangereuï. Ce qu'il a brisé de cœurs et rompu d'allachcmeDls nous étonne; mais ce qui nous étonne encore plus et nous attriste, c'est que, dans la construction de ses plus grandes œuvres, il a fait entrer, parmi des matériaux vulgaires, les débris de ses amitiés et de ses amours.... ••
Ce reproche " allristé ■• faisait allusion au procédé coutumier du poète, prenant les éléments de ses ouvrage<) dans la réalité, dans sa propre expérience et dans les choses les plus proches de son regard. « L'œuvre expliquée par la vie n.tel était précisément le sous-litre des livres de Mézières qui contribuaient à le faire entrer dans la docte compagnie. Comme si, dans la rupLiirc des ancicnnesjillianc^JDlfillectuelles, la recherche objective et sricnlifmue jT0Uvait 8eiile s'intéresser encore à lécrivain allemand, il se trouve eneflet (jue la préoccupation goethéenne on France consisic-pdncipalement, de 1872 à 1880, dans une élude hi si ori queues conditions où s'étaient manifestées ces facultés de tioe lh e. dont il ne semblait plus qu'on pût tirer des exemples et des préceptes d'aclion.