‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 37 sur 52 · L'OKUVRE EXPLIQUÉE PAR LA VIE · texte numérisé non relu

L'OKUVRE EXPLIQUÉE PAR LA VIE

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nique Issrrag- < confussIoD. <

Ce-» parole», trop peu i

nous Bjjpri'nnent qu'il

cher dans la liÎ0);rnph]e ilu poète,

et jusque dans les ilËlsKs inllmea

cit! sa rie, le moltteiir eommcntaire

do ee qu'il fcril. .

I H £xi ÈRES. Avant -propos de Goelftï, 18751.

Pour expliquer à la pensée française la diversilé dea. ouvrages de Goethe, et pour rendre apparent le lien i5troil qui unissail ses avatars poétiques aux époques de sa vie el à leur tonalili^ dominanle, il ne fallait ^uére moins qu'un plus libre accès des sources et des témoignages blograplùquea, et q^ue la croisgaal.e .faveur iju genre de critique où Sainte-Beuve excella. Les Fran<;ais qui, dans le premier quart du mx" siècle, s'étaient placés en face de cette œuvre encore incomplète, mais déjà paradoxalement bigarrée, avaient été déroutés de n'y point découvrir la formule persistante ot'i se résume l'activité d'un Corneille ou d'un Rousseau. Et si Mme de Staël pouvait s'étonner de ne plus rencontrer chez son hôte de Weimar l'ardeur entraînante naguère épanchée dans H'erlber, classiques el romantiques trouvaient aussi peu leur compte à l'espèce de versatilité

liOETin: EN FRANCE.

qui faisail, de l'auleur désordonné de fioelz, le calme p d'Iphigénie. Ce ne^utjiulapris la-Jutte qu'on s'apergul < cet éclectisme était le pacte uii^ine de l'arl des lemp 3 nouveaux, el que la carrière de cet écrivain avait donné l'exemple d'une hospilaliLé et d'une lolârance-que lalillû. rature tout entière devait tâl.oii.tarJ-iiniLer,

Restait à expliquer celle diversité d'inspiration par l'év» lution de Goethe dans sa vie et sa sensibilité. A, Stapf^ en sa Notice de 182;i, avait dit que l'étude des œuvres i pouvait être séparée de l'exposé delà biographie, el tiré d Mi'moires de longues citations. Plus explicilement e et avec une méthode qui lit la joie du vieillard de Weim J.-J. Ampère, rendant compte, dans le ^7/06? des 29 avij el 20 mai 18âC, de la traduction SLapfer des Œuvres drc ligues, avail rattaché l'écfecjJBme polymorphe de G oetI aux vicissitTïtles de son existence. Celte facilité et ceUj indîlTérence avec lesqueUcs il avait pris successivemei toutes les formes, sans s'arrêter à aucune, ne pouvaifli s'expliquer que par la vie même du poète. « Goethe t toujours si dilTérent des autres el de lui-même, on saiLtj peu oii le prendre, on devine souvent si peu où il va,... qm l'on a besoin, pour le goûter tout entier, de n'avoir j plus que lui de préjugés littéraires » : et c'est dans unecod fronlation et un rapport établis entre les époques de sa 1 et leurs productions, non dans l'application des ordinain normes esthétiques, que l'on pouvait trouver le moyen t se rendre compte de celte diversilé. Goclhe, ravi de t critérium que lui appliquait le jeune Français, avait d à plusieurs reprises que c'étail là le plus " pralique-iLfit II plus 'I humain » des points de vue. <• Ampère, dissit-il | 3 mai IH27 à Eckermann, connaît joliment bien son alTahi en montrant l'étroile parenté de l'œuvre avec l'ouvrier-4 en jugeant les diverses productions poétiques comme l fruits divers de diverses périodes de la vie du poète. 11 1

L'CEfVnE EXPLIQUÉE PAR LA Vil

étudié profondément rallni-e changeante de ma carrière terrestre et de mes étais d'ilme, et il a même été capable de discerner ce que je n'avais point manifesté, ce qui ne pou- Tail pour ainsi dire être lu qu'entre les lignes.... »

Pénétration précieuse el rare! Elle avait fait dt^faul à plusieurs de ceux qui s'occupèrent de juger l'ensemble de l'œuvre de Goethe, et cette confrontation, qui nous semble aujourd'hui la méthode obligatoire de toute biographie goethécnne, n'avait guère Hé pratiquée apr^s ce brillant essai d'Ampère. " Le poète est partout dans les œuvres de Goethe, s'exclame Saint-Marc Girardin dans un discours prononcé à la Faculté des Lettres de Paris en 1H30; mais l'homme, oii est-il? que veut Goethe, encore une fois?... on dirait, à observer la snîle de ses ouvrages, qu'il cherche à dérouter sans cesse ses propres admirateurs.... " Les btudi-s sur Gorlhe de Marmier, en ISS^, ne se préoccupent nullement d'éclairer les œuvres par la vie, et se contentent d'un préambule biographique renfermé dans la seule Préface. L'auteur s'en explique lui-mCme : « J'ai pris ses œuvres l'une après l'autre; j'ai tâché d'en saisir l'esprit, d'en comprendre la portée, el alors j'en ai rendu compte avec bonne foi,... uniquement d'après l'impression que j'en ressentais. Ce que je voulais surtout, c'était de remonter h l'idi'e première d'où Goelhe était parti pour composer un drame, une comédie; c'était de voir comment il s'était emparé de cette idée, comment il avait su la faire ployer, au gré de son génie, l'élever, l'étendre, i'ennoblir, la travailler avec art dans .«es détails et la poser avec majesté dans son ensemble. » Aussi les cinq divisions de l'ouvrage adoptent-elles sans scrupule l'ordre méthodique; les travaux scientifiques sont mentionnés en note seulement; le chapitre du théâtre, au rebours de ce qui nous paraît la logique mOme, commence par Faitst et iinit par Clnoigo et Sli'llii. Tant il est vrai que le procédé de critique qui nous

GOETHK KN FRANGE.

semble aujourd'hui inéluctable en celle malière aval besoin, pour s'afOrmer, d'ék-ments de conni manquaient encore.

Les notices coDsacréeB â Goethe par les grands diction naires, celle de Louis Spach dans VEncyctopédie des Gen duMoniifi, celle de Parisol dans la Biographie wiieertelle à Michauci, celle de Loménîe dans sa Galerie des conlemporaiM illustres, en dépit d'un raccourci qui pouvait être favoraH à l'explication des œuvres par la vie, n'y satisfont pas. Dani une Varient de.s Débats, lo 26 septembre 1837, Philarèlfl Chasies lui-niênie se conLentalL pQUC explîtïïî er les v olta face de Goethe, d'une remarque un peu singulière, uu sorle d'amour de la conlradicLion chez l'écrivain. " Au: Allemands, que la philosophie de Wieland, de VoltaiM et de Frédéric II avait francisés, il jette les Souffrances i n'erlker, l'apothéose du myslicisme et de la passion dénj glée; aux admirateurs de Grimm et du théâtre françai^j Goetz de Serlickitigm, drame modelé sur Shakespeare. SS naliou le suit et s'élance sur ses traces; Goethe s'en aperçoîH et rompt avec son école. Il éclate en admiration pour Vol taire ; il écrit Iphigéme, ses odes romaines et ses poèmes bel léniques. Werther a produit une impression immense; 1 werlhérisme devient une religion, une superslilion, un ridli cule. Goethe se met à écrire uu roman bourgeois, parfal tement terre ù terre, plein de naïvetés domestiques, \'A^ prentissage de Wilhetm Meisler, comme s'il s'ennuyaitd'avon| un public si docile, et que son bonheur lût de le repousa et de le tourmenter par tous les moyens. ••

Avec le temps, la pensée fraDcnise esl miac- en meilleu gl posture pour embrasser d'un môme ço up d 'ceJl la vie i l'activité de Goethe, et pour siluer en quelque sorte i lei topographie les œuvres qui jalonnent celte longue carrièrt C'est pour H'erlher qu'on est d'abord renseigné. Un artid de G. Depping signale dans Vfllustralion, le ^8 mai 181

L ŒLiVRE EXPLIOrEE PAR LA VIE.

la part devérilé contenue dans le roman de jeunesse: soupçonnée jadis el à demi connue, elle est en train de recevoir sa confirmalion la plus assurée. Une chronique de la Hcoue des Deux Mondes, en 18oi, rend compte de la publication de Kestner qui jellële jour le plus décisif sur les origines de Werihei: Dès l'année suivante, L. Poley donne la traduction de ces documents : Ciuelhe et Werther. Lettres hii'dites de Gofiihe, la pluijurl de l'époque de sa jeunesse, accompagnées de documents justificatifs. Plus de doute : Werther, c'est à peu près Goethe en i712, un Goethe qui, lui, dénoue dans la fiction une douloureuse aventure commencée dans la réalité, et qui se délivre par un roman d'une obsession qui pèse sur sou cœur. A. Base h et £ublie en 1853 ses Origiucsde Werther, qui commentent les pièces du procès. La traduction de L. Énault, plus simple el plus familière que les précédentes, est munie d'une préface qui examine la portée et la moralité du roman au point de vue nouveau qu'imposent ces révélations. « Que Goethe ail eu l'idée préconçue, et par cela même condamnable, de faire l'apologie d'un crime qui olVense tout à la fois et l'ordre divin du monde moral el l'ordre des relations sociales, c'est ce que l'on ne pourrait plus admettre maintenant., .. Ce n'est pas Goethe, c'est Jérusalem et Kestner qui ont introduit le suicide dans Werther. Werlhei- n'est plus la fantaisie d'un poète, mais bien le procès-verhal éloquent d'une réalité triste.... " Divers articles s'occupent, dans nos périodiques, de l'épisode de Welziar et de sou expression littéraire. Il Le génie de Goethe, écrit F. Goldschmidl dans le Hfomleur du 4 février 1856, était comme un miroir magique qui réfléchissait les orages et les soulTrances de son cœur.... i' 1^ plus net et le plus équitable de ces jugements est celui que Sainte-Beuve porla, dans la Revue contemporaine de juin 185j, sur ce nouveau WerJher qui était révélé dans loulc sa signification confidentielle et subjective. 11 fait

remarquer combien l'ivresse el la joie, l'aspîralion ardei et conquérante, pénèlrenl des parties entières de ce prt tendu bréviaire de )a désespérance, el signale, — la réal servant à éclairer la ficlion, — « le vrai vice de Werlhe vraie conclusion de Werther pour les artistes (car \Ve; est un artiste ou veut l'&tre), ce serait la conclusion q choisie rioellielui-raôme, s'occuper, produire, se guérir^ s'appliquant ne fût-ce qu"à se peindre.... Celle fin de Wd] ther nuit aux parties principales,... quand on consi caractère si opposé de l'aulcur, et ses destinées en un s si inverse,.., "

Après (Joelheà Wel/.liir, (■'r'! (;,irlln>c!i llalic. ou (ioelt M dans ses rapports avec Sdnllvr, 'ini -nrfcnl peu.^jipu dét brumes d'une biograpliie mal cuuuue,. et qui aident à f comprendre telle volte-face inexplicable du poète. EugJ Gandar, rendanl compte à son beau-frëre, le 20 juin 1 du coure qu'il professe à Caen sur Cioelhe, relate qu'il consacré toute une leçon au voyage d'Italie. << J'ai suî^ Goethe en Italie, écrit-il, et montré la transformation qq se fit en lui sous l'intluence du soleil du Midi et de 1 classique. ■> La /tente tfermani'iue, en 1858, publie dflt extraits de la correspondance de Goethe avec Schiller, a une introduction de Ch. Dollfus en fait valoir tout l'intéi documentaire; la baronne de Carlowitz, en IHG3, en de une traduction en deux volumes, annotée par Saint-P Taillandier. Le même souci de confrontation delà vie^de l'œuvre inspire l'importaate série d'articles, dalés de^Veîmar, que consacre LcgrcUc, dans la. Jtevue de l'ItiSlruclion publique de décembre 1862, & l'honnélc et un peu lourda Iraduclîon des Œuvres complètes par Porchat.

Voici venir enfin, utilisant plus ou moins directement les Iravaiix allemands (jui complètent les témoignages de Goethe lui-même, plusieurs ouvrages français, de mérite divers et d'initiative inégale, qui installent décidément en

LiEDVnE KXI'LiyLEE PAR L,\ VIE.

pleine élude biographique et psychologique l'extl'gèse du grand poêle. Il faul pour cela d'autres documents que les seuls .VhHoifes, souvent inexacts de ton, imprécis ou incomplets : les données fournies par les Correspondances, les Souvenirs cl les Périodiques de l'époque contemporaine de Goethe ont déjà rendu possibles quelques biographies allemandes et la Vie de Goethe de ^Anjjlais Lew^, quand la critique française entreprend une tûcbc analogue.

C'est précisément ce demierouvrage, paru en Angleterre en tSQo, traduit en allemand dis 18^0, qui suscite chez nous la première étude il'enseinlile. .Vlfred Hédouio publie dans la ftcvtie germanique, du 13 octobre 1861 au l"juin )HC2, une série d'ar\Âc\esjuii QQfJhe, s-i vie el ssâ œimrrs, qui est une a suBsïanliellc analyse " du biographe anglais, et qui devient, en 186ti, le livre intitulé : Go ethe, ti\ vie et s çt œuvres, *(in é poque e t ses Çj^ntemporsijui. Le fi,li e est q m(titieux. m ais r c lTort est imab le, d'autant plus que le cœur de Goethe, nous l'avons vu, y était loué à l'égal de son intelligence. El cette adaptation française de Lewes reprenait le plan tout biographique de l'auteur anglais.

Se trouvant contemporain de la traduction Porchal et des ouvrages de Daniel Stern et de Caro, le Gnelhe d'Hédouin pouvait avoir son utilité ; il ne devait être cependant qu'un essai provisoire de commentaire et de biographie, !I. R iche lot, qui avait publié en IM\ une traduction de \'énti~ërPoé.'iie, réunit, de 1 8ti3 à 1804 , tous les témoignages dus à la plume même du poète allemand : quatre substantiels volumes inlilulé.s Goethe, sen mémoires el sa oie, oii les diverses œuvres autobiographiques sont accompagnées d'annotations el de compléments qui mettent à profit les récentes publications de Uiemer, d'Eckermann, de Schoell, de DQntzer. Ici, dès le seuil de la préface, le lecteur est averti de l'importance que prennent, pour l'intelligence de la poésie de Goethe, ces données biogra-

piliques. i< Les mémoires où nous apprenons le secrel à influences el des émotions qui onl ffilt éclore les cliefiQ d'œuvre des meilleurs écrivains ajoutent une part curieun à l'histoire de l'art el à celle de l'espril humain; el ces chefs-d'œuvre, considérés non plus seulement en euxmêmes, mais dans leurs rapports avec la vie de l'auteur et avec son époque, sont mieux compris de nous cl noua deviennent plus précieux. Cette relation intime entre la vie d'un auteur et ses ouvrages se maniTesIe chez Goethe plus que riiez tout autre..., L a connaissance de s a vie est indispensablepeur-t'inleUigeBcedË seg. ouvrables. »

Cette connexion étroite doit surtout justifier, chez Richelot, l'ampleur de ce commentaire chronologique de l'aclivité de Goethe, ces quatre volumes consacrés à une existence chargée de fort peu d'événements singuliers, plus nue en apparence que celle d'un Byron ou d'un Chateaubriand : les œuvres restent en quelque sorte h la cantonade, et le devant de la scène est occupé par le déroulement de la vie de Goethe. Ce soni, au contraire, ses œuvres qui sont au premier plan, el ce sont les circonstances qui leur servent de coulisses, de décors el de cadres, dans plusieurs ouvrages parus entre 1810 et 1880, à une époque où Goethe, portant assez injustomonl la peine de sa nalionaliiê, était plus Pacilement matière h investigation scientifique qu'à admiration el à édification actuelles.

Et pourtant, « admirer Goelhe, ce n'est poini admirer l'Allemagne, encore moins la Prusse n : ainsi s'exprimait A. Mézières, en 1872, dans l'avertissement placé en tête d'un ouvrage écrit avant la guerre, mais publié au lendemain de celle défaite dont beaucoup jugeaient légitime de rendre également responsables tous les grands hommes du passé germanique, Le lih:e du livre.. II'. Gûîlhe^ea œuvres expliquées par la vie, di,sait assez son inleuiion, l'avant- propos j J^nsjslait^ençore.: " Mes œuvres i

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