‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 38 sur 52 · L ŒUVRE EXPLIÛUEE PAR LA VIE · texte numérisé non relu

L ŒUVRE EXPLIÛUEE PAR LA VIE

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« que les fragmenls d'une grande contcssion >'. Ces paroles, trop peu remarquées, nous apprennent qu'il faut chercher dans la biographie du poète, cl jusque dani^ les détails inlimes de sa vie, le meilleur commenlaire de ce qu'il écril. D'après son propre témoignage, il y a un rapport caché entre les événements de son existence, entre les scnlimenls quit éprouve elles ouvrages qu'il donne au monde..,.

«... On ne comprendra le véritable sens de ses œuvres que si on en rattache l'étude à l'élude de sa vie, ou plutôt de .ses sentiments.... Il y a des écrivains qui disparaissent derrière leurs écrits; celui-ci les marque, au contraire, d'une empreinte si personnelle, que chacun de ses travaux ajoute un trait 6 son caractère, en mflme temps que chaque impression de sa vie morale se tradiiil par une œuvre.... »

Les deux volumes de jrel^ouvrage, lidèles à ce programme, éclairaionl par des jours ingénieux l'a-specl nujltiforme de la production de fioclhe : travail qui se trouve aujourd'hui dépassé, mais qui n'en vint pas moins heureusement à sa date, et dont l'agrément un peu léger a eu son avantage inconlestable. » Ce livre de M. Mézières sur Goethe est excellent, écrivait à propos du premier volume X. Doudan ft Mlle Donné le 12 aoùl I8'J2. On dirait qu'il a passé sa vie dans l'inlimité de Goethe, et il n'y a nul charlatanisme, mais au contraire beaucoup de scrupule, et toutes les vertus d'un historien sévère à lui-même. « Ad. Kranck, dans les Débats du 21 juillet 1872, y voyait u l'œuvre d'un critique et d'un moraliste qui, en demandant l'explication des œuvres de Goethe à l'analyse de ses sentiments et de SCS passions, ne s'est point proposé d'autre but que la solution de ce problème : jusqu'à quel point le génie d'un grand homme se trouve-t-il dans la dépendance de son caractère? ■>

Plusieurs comptes rendus eurent l'occasion d'associer l'ouvrage de Mézières à celui que publiait, également en

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poraint : c'était la prcm ife^ re p3rlie ij'u ne Bafi;ace éludg^qi devait compléler l'anné e su

" Goethe (lisait i[iie toutes ses poésies étaient des poés de circonstance, que chacun de ses ouvrages t fragment d'une grande confession..,. Que l charme i veau la poésie de Goethe cinpriinte àj't5lude des t gnages que lui-même nous a laissés sur sa viçX s'expiTmâlt l'auteur dans la préface de son premier v et, au cours du second : « Nous avons souvent insisté sur la relation intime qui existe entre la vie de Goethe cl ses ouvrages. Chez lui, l'homme et le poète .s'expliquent, se commentent, se pénètrent réciproquement. A chaque œuiiTe importante correspond, pour la mettre dans son vrai jour, un fragment de biographie, n Ou encore, en guise de conclusion : " L'œuvre la mieux ordonnée de Goethe, c'est sa propre vie; nul n'a élô autant que lui l'artisan de sa destinée. 11 subordonnait tout à la poésie; mais la poésie elle-même ne servait qu'au développement de son esprit et devait servir par contre-coup à l'éducation de son public. Chacun de ses poèmes, de ses drames, de ses romans, si on les considère à part, olTre quelque lacune; mais, si oo les met à leur place dans sa biographie, ils se complètent l'un l'autre et se disposent avec une harmonie souveraine. Le poète en Goethe a son époque de formation, de maturité et de décadence; maisThomme grandit toujours. Ildevienl d'année en année, selon son expression, une créature plus parfaite.... »

i< Poésie, c'est délivrance 1 » Si cet aphorisme goethéen, si fécond et si vaillant, s'applique en général à l'œuvre de ce puissant génie, à plus forte raison les genres subjectifs et confidentiels par excellence, le lied, l'élégie, l'ode, doivent-ils en fournir une perpéluelle et vibrante sanction. Faute de les considérer sous cet angle, plusieurs critii

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les avaient jugés sévèreraenl, ou du moJus sans vraie sympathie. Placés en regard des péripéties de la vie de Goethe, ils reprenaient toute leur valeur. Lapradc, dans sou Sentiment de la nature, les comparait, pour leur simplicité, à la poésie grecque. Ed. Schur é, dan s son Histoire du Lied, vantait en 18G8 l'ingéniiité de l'œuvre lyriq ue de (lodlie. « Il est sincère et vrai dans se.s chanls comme le peuple dans les siens. Il eul le courage d'être une nature véridique, c'est là ce qui l'ail sa grandeur et son héroïsme. Ses faiblesses el ses erreurs, comme sa magnanimité et sa vaste sympathie, il n'a rien caché, rien embelli. Tout paraît au grand jour dans ses paroles et dans ses actions. Regardez-le en face el vous verrez jusqu'au fond de son âme.... '1 Et de jolis exemples, les alertes enfants de cette Muse sincère qui fut la meilleure consolatrice du poète, illu.straienl cel apparent paradoxe : le grand Olympien mis en bonne place dans une étude consacrée h la naïve chanson populaire allemande.

Ce n'élaienl plus les lieder seulement, mais tous les groupes divei-s de ses productions les plus personnelles qui fournissaient la matière de l'Élude sur /e.< poésies lyriques de Goethe publiée en 1871 par E. Uchtenbcrger. L'auteur de ce pénétrant commentaire « à la l'ois biographique et littéraire » annonçait une double intention : <i expliquer les poésies de Goethe par sa vie, et sa vie par ses poésies ; considérer en même temps ces poésies en elles-mêmes et leur demander le secrel de leur beauté n. D'où un plan qui combinait l'ordre chronologique el la division mélhodique, mais qui obligeait surtout, en somme, — le genre du lied mî.s â part, — la seconde à se plier au premier. Bien que l'Académie française couronne celle brillante élude, son secrélaire perpétuel laisse assez paraître, dans son rapport, l'inquiétude que lui cause l'application de la méthode biographique à l'appréciation esthétique. « M. E. Lichlen-

berger s'attache — j'ai failli dire s'acharae — à expliquer les œurres poétiques de Goethe par les divers incidents de sa vie, par les i^motions diverses de son àme.... En les écrivant jour par jour, sous la dictée de son cœur dont M. Lîchtenbcrger a trouvé la cler, Goethe nous aurait livré d'avanco le secret de sa vie et de ses sentiments, de ses plaisirs et de ses regrets, de ses sourires et de ses larmes! Dangereuse théorie, paradoxe aimable dont il ne faudrait pas trop abuser! » Mais, en génf'ral, ce procédé parut légitime et recevable pour l'étude de celle région de l'œuvre goethéenne. aussi bien que pour les recherches que pouvait susciter, par exemple, M'erthrr.

A plus forte raison jjaxeiUemélhode s'imposail-elle à propofTd'ûne cbnsUucLion aussi coia£osile que Fatal ; de fait, Dumas fils insère une biographie de Ooelbe dans son injuste piéface pour la traduction Bacharach; B!aze jiç Burj-, dans un article de la Hevue des Deux Mondes, le !''■ novembre 1879, suit à travers les vicissitudes de ta vie de l'auteur les variations et le dtl'veloppenieaLdii -complexe poème. C'est là, avec un souci croissant des travaux allemands, ce qui domine les études goelhéennes en France durant ces années où la science seule et la critique rétrospective ont le goût de s'occuper de la litléralure des vainqueurs. Les excellentes éditions ctlcs impeccables préfaces qu'Arthur Chuquct, en 1885 el 188IÎ. publie de Gùetsjsi d'Nermaim, quelques cotisciencîeux^ articles dus à des universitaires au courant des recherches allemandes, agrémentenl de netteté françaist! le souci d'érudition el d'exaclilude que nous'a réappris la science d'oulre-Bhin. Toutes ces contributions à l'histoire Ju grand écrivain ne manquent pas d'employer le procédé, si utile el si comniodc, de la confrontation biographique. Il est devenu insensiblement la règle mCme des éludes consacrées à Goethe, el il parait malaisé de faire bon marché de cette détermina-

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