L'IEUVRE EXPLIQUÉE PAR LA VIE
lion que les-Mémoires du poêle lui-même semblaient inviter à rechercher el à poursuivre. Le Goethe de D^lerol dans la Ûibliolhi'iue des Écoles el drs Fnmiltes en 1882, celui de~J. Firmerj- dans la Cotleetinn des Clussiijues poiinlair^s en ISIKI, ne manquent pas dVclairor une analyse el une c riliiu c subslanticllcs deg poèmes par lex posé des conditions biographiques qui les suscitôrenL
Assurément l'espèce de versalililé artistique de Goethe reçoit ainsi son meilleur commentaire. Peut-on dire cependant que les œuvres soient vraiment •■ expliquées ■< par la vie, et qu'on trouve, grâce à cette méthode, le secret de poèmes de premier ordre dans une exislence qui fut, en somme, assez terne el médiocre, à ne considérer que le détail des événements qui ta marquèrent? Ses aventures senliraentales, en dépit de leur diversité, n'ont rien de singulier, et combien d'hommes de lettres, au xviii' siècle, furent accueillis à des cours plus vivantes que la pelite résidence de Weimar, ou consacrèrent à un voyage en Italie, à un séjour à Rome, de plus longs mois que (îoelhe! Ne courl-on pas risque de diminuer la vraie grandeur de l'œuvre, de la ramener à la taille de la biographie ellemême, en rattacliant trop étroitement — et par un lien qui se donne presque pour un rapport de causalité — l'étude littéraire h l'exposé des circonstances? Emile Paguct eu fera j'uslemenl la remarque, dans la Revue bleue du 17 septembre 1898, jt propos de VEssni sur Ooethe d'Éd, Rod : l'œuvre est de large envergure el de haute envolée, et la vie est médiocre, presque plate, insignifiante à côté de celles de presque tous les grands hommes. « Pour ceux qui, d'une vie d'inspecteur d'académie, ont tiré H>r- Iber, lu Tasse, les Affinités (lerAwes el les deux Faust, décidément la méthode biographique n'est pas très bonne, it
Elle risque, en tonl cas, d'amoindrir quelque peu la signi- Hcation du poète, de ramener trop souvent à des coteaux
modérés un lecleur invité, d'autre part, à s'attarder su] les sommets. Elle peut laisser quelque déception dans l'ei prit de ceux qui s'attendraient à trouver une équivalent absolue entre le réseau des déterminations biographique) et anecdotiques et le faisceau des œuvres littéraires. Mailj comment une méthode aussi équitable qu'efficace par ceiO tains eûtes n'aurait-elle point fait fortune? Goethe lui-mémo^ l'avait recommandée; c'était celle que Sainte- Beuvccurieuïj de retrouver l'homme derrière l'écrivain, avait appliquée aux objets les plus divers. Elle devait particuli6remenl convenir à une^époque__dogiinég£^ des soucis posiUvisIgs, assez disposée, en somme, à ne pas admettre que l'esprit souffle où il veut : la faveur qu'a trouvée le " paradoxe baconieo «,qui dépossède Shakspeare indigne au profit du chancelier génial n'esL-elle pas, à cet égard, le plus significatif des témoignages?
!1 est nécessaire à tout le moins, pour ce qui est de Goetbe, qu'on nous rende attentifs à la forte personnalité centrale qui hausse et magnifie sans cesse le détail des expériences et des observations, qui donne son rythme et son unité à ce qui semblerait n'être que morcellement el chaos, platitude et médiocrité : sinon l'on aurait l'impression, comme dit l'auteur d'un compte rendu publié dans les Éludes des Pères de la Soeiété de Jésus, qu' <• un seul mol résume les quatre-vingt-deux années de la vie de Goethe : c'est le motallemaDd W'irrwarr» : lisez ledésordre et la dissonance, la confusion et le charivari. El c'est pourtant la persistante individualité, le moi dominateur d'un homme qui a su ramener à une admirable unité les expériences les plus diverses, c'est cette pensée directrice découverte dans la carrière de (îocthc quii aux aleutours delSHO, passe au tout premier plan de ce que la pensée française pouvait retenir de l'écrivain allemand-