‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 5 sur 52 · TETES ^'ROUIES " ET " AMES SENSIBLES · texte numérisé non relu

TETES ^'ROUIES " ET " AMES SENSIBLES

lolle à Werllier, ou de Wexlber à.Cliarlollet q^ui ae.,rencontrenl dans les rccueU.% politiques elles almanachs de la fin du xviir siècle, ou encore celte Iraduclion des lamentalions du vieux guerrier ossinnique tues par Werther et Charlotte, publit'^e en 1195 par un certain Coupigny :

Pourquoi me niveiller, ù souffle du prinLempsî Vainemi-nt lu me dis : ■ Sur la U(re èpujsj'c Jo ri'jiaiids les IréBore d'une fralclic rosôe.... •

Sans doute, on trouve des réminiscences de Weriher accueillies dans des œuvres oii l'on ne s'aviserait guère d'en chercher, comme cette conclusion Ou troisit'mc chant de la Ji'islrqnojiiie où Berchoux, contant l'aventure du susceptible VateJ, la faisaii suivre de celle exhortation :

Mais, tandis que le roman et la nouvelle avaient d<^jà une souplesse et une indépendance qui se prêtaient à la siDcérité et à l'émotion directe qui seront bientôt l'apanage des genres lyriques, la poésie demeure engoncée dans les cadres anciens, et les Pamy ou les Collin d'Harleville, les Delille et les Boucher, s'accommodent d'entraves que rompra seulement le large frisson élégiaque de 18^3. L'héroïde ou la lellre en vers semblent être les biais par où l'émotion werlhérienne se glissa le plus souvent dans la poésie du siècle finissant : aussi lord qu'en 1798, le Weriher à Char.'ollr de Labiée donnait Heu k une discussiou sur les altributions de ce genre hybride de l'héroïde, réservée, en principe et par définition, à un personnage héro'ique. Mais M l'amour malheureux, écrivait en juin le Spectateur du JVorii, est surtout ce qui lui convient, Quiconque a lu le roman de Il'Vri/iccesl ùraCme de jugersî un poète sensible a pu y trouver le sujet d'une Héroïde ".

Ce n'psl que çà el h'i, en dépil d'une înilialion prolongée

à la mélaDcolie el à l'expansion personnelle en lillératurft, J que les poêles des dernières décades du siècle se risquent 1 à confier à leurs vers le frémissement de leur Iristesse, ; comme dans ce passage oii Chénier revendique à sa façon^ ] dans une Élégie, le droit au suicide :

Souvent, las d'Aire esclave et de boire la tic

De cp calice amer i[uc l'on nomme la vie,

Las du nii'îpris des sols i[ui auil la pauvcelé,

iv regarde la loinbc. asile euuhailé.

Je souiis à la morl votonlalrc et prochaine,

Je me prie en pleurant d'osrr rompre ma clialne....

OU dans ce rappel d'une prétention assez werlliérienne au ] monopole de la douleur :

Nul des oulrca ino Qu'ils savent tous El chacun, l'ceil en Se dit : - Excepté

lier comme il cache les BJeniics, ^urs, en Hon cŒur douloureux, I, tout le inonde esl hcurciii ■.

Mais de telles rencontres, en poésie, sont rares. Il est rare aussi qu'on trouve, comme dans ce fragment d'une ode sur VHomme, par un collaborateur du Mercure de /'rtincr, une médilation douloureuse analogue à celle qui fait le fonds de la métaphysique du héros de Goethe :

Son câpril esl borné, ses vccux sont inllnis...

Si je n

n principe et n

De pareils indices du romantisme à venir sont plus isolés, en somme, dans les genres soumis aux ri-gles poétique^ que dans les proses, plus souples, de la nouvelle et du roman : et c'est ici, en elfet, plut&t que dans les vers des alentours de 1780, que l'on surprend l'écho de Werther. Un écho qui ne fait guère que répéter le son qu'il accueille.

;, Ole, par Mat

m, Merf. de Fran

•■ TÈTES FHOiDES " ET '■ AMES SENSIIiLES "

sans y ajouter cel uccgdL nouveau, sans lui faire subir celle IransformalioD qui sont la raison d'étro des inilucnces lîltéraires. Eirusions dL^bordanlcs de cœurs débiles qui ne savent pas vouloir, désespoirs d'amoureux Irop vertueux pour conquérir l'objet aimé el inlerdil à leurs vœux, trop faibles pour guérir de leur passion : vodà, avec l'adoration senlimenlalc de la nature, vieil liérilage de Rousseau, ce qui a surtout passé dans les œuvres où le souvenir de Werlhi^r se discerne. Ce qu'il y a d'ardent, d'impatient et de fougueux dans l'œuvre de jeunesse de Goelbe se retrouve à un moindre degré dans la littérature' de celte première phase d'iniluence, et aussi le frémissement de soull'rance sociale que les jeunes gens du Tiers-lilat instruit n'ont pas manqué d'en ressentir. C'est plutAt dans la vie que dans la liclion que ces éléments-là ont exercé une action, difficile assurément à déterminer, et qui se confondait avec bien d'autres induences. Goethe reçut à Rome, en novembre l'ST, une lettre d'un lecteur français qui le remerciait d'avoir pu, k distance el par son livre, il ramener le cœur d'un jeune homme à l'honneur et k la vertu '•; plus d'un .sans doulc, parmi les hommes de la Révolution el du Consulat, aurait pu lui attribuer de même un peu de sa foi, de sa fougue ou de son atnbilion.

Kn tout cas, Goethe est devenu nclleraenl, dis cclie.fin du \\\n' siècle, " l'auteur de M'sjit her ■■, et va le rester longtemps. Le titre de - traducteurde H'erMer » s'ajoute honorablement à un nom d'homme de lettres. De 1776 à 179 7. quigie tr aductio ns ou rééditions répandent dans Icfiïjltlic des versions, médiocres le plus souvent, et d'une senliiiientèfliU exagérée encore, de l'original allemasd. Des vignettes les ornent, représentant, soit quelque scène particulièrement palhétiijue, soit le portrait du malheureux Werther : il ajoute, dit une annonce, « fi l'intérêt qu'inspire le caractère du héros el h la douceur des larmes qu'on ne peut refuser

au malheur d'un si joli gat't;on i>. Ou bien ce sont des gra-vures, comme celle qui di^core la muraille de la cliambre dol X. de Maislre tl qu'il est lenl«5 d'arracher et île piétine pour faire senlirau " froid Albert " (ouïe son indignation..

Majs les temps aonLchangésLjfl JiâvoluUoH» fourni au*" sejisîbijiiés rephées sur elles-mCmes ou puérUumetil débordantes une carrière, une diversion — ou un tombeau; et Bonaparte commence à " faire remuer toute celle jeunesse ", comme dira rudement Stendhal plus tard. Le frémissement de révolte par oii W'erlhej- s'apparentait à l'espoir roturier de la jeune France de 1780 cesse insensiblement d'être IVIi^ment agissant de ce livre ; et sa mélancolie odissolvanlc" et "antisociale» va être, ou condamnée par ceux qui souhaitent une reconstrucl ion des croyances et une reprise des traditions, ou goûtée pour la seule volupté des larmes par ceux qu'émeut la mélancolie des ruines et le regret du passé. Parmi les neinres qui, aux confinsdu siècle, portent la trace de Werlhcr, la f/elpliine deMme.de StaSi est à peu près seule à reprendre l'idée individualiste du roman de Goethe sans In corriger ou ratléniicr : c'est que ce livre de l'ancienne élève de Rousseau, bien qu'il ait paru en IKO^, a de plus lointaines racines.

Mme de Staël a dit. elle-même : " WerlIiPi- a. fait époque dans ma vie ». Comment ce petit livre, où tout parle des droits de la passion, n'aurait-il point ravi cette femme extraordinaire, toujours prèle à intéresser son cœur, et sa sensibilité, et l'ardeur d'un génie prodigue, à ce qui pour d'autres serait resté épisode d'imagination ou inaniFestation d'intelligence? ■< Ce qui l'amusait était ce qui la fai.sait pleurer », rapporte une de ses amies d'enfance : quelle lectrice d'élection pour un livre comme H'erfAec! Elle Je mcl en bonne place, en n9.">, dans son Essai sur les Fictions. Après avoir jugé les fictions « merveilleuses et allégori- / ques ■>, dont le plaisir est vite épuisé pour l'homme des

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