‹ Goethe en France...: étude de littérature comparéeChapitre 6 sur 52 · TÈTES FROIDES ■> ET •■ AMES SENSIBLES · texte numérisé non relu

TÈTES FROIDES ■> ET •■ AMES SENSIBLES

temps mo(lorne!>, eL les ficlions i< historiques », incompatibles il la fois nvec la vérité de l'histoire et avec la liberté (lu roman, elle passe aux fictions « où rien n'est vrai, mais où tout est vraisemblable, o(i tout est à la fois inventa et imité 0. C'est à ce genre de romans qu'elle rei:onnail lous les mérites, le don d'imouvoiren première ligne, et H'crlhrr se trouve cité au nombre de ces œuvres qui ont It^oquence de la passion el qui suggèrent surtout l'idée de la toutepuissance du cœur.

En ,1800, dans son traité de lu LitU'ralure, Mme de Staël revenait longuement sur les mérites de Wurlhtr, « le livre paT excellence ((ue possèdent les Allemands >i, disait-elle, et elle en dûlaillait la si^nilicalion latente. '< Comme on l'appelle un roman, beaucoup de gens ne savent pas que c'est un ouvrage..,. On a voulu bli\mer l'auteur de Werther de supposer au héros de son roman une autre peine que celle de l'amour, de laisser voir dans son âme la vive douleur d'une humiliation, et te ressentiment profond contre l'orgueil des rangs, qui a causé celte humiliation; c'est, selon moi, l'un des plus beau^ traits de génie de l'ouvrage. Goethe vonlaiL peindre un être .souffrant par toutes les aiïections d'une Ame tendre et fiëre; il voulait peindre ce mélange de maux, qui seul peut conduire un homme au dernier degré du désespoir. Les peines de la naluie peuvent laisser encore quelques ressources : il faul que la société jette ses poisons dans la blessure, pour que ta raison soit tout à fait altérée, et que la mort devienne un besoin. » Notons ces dernières phrases : parmi tant de jugements qui faisaient de Werther un " jeune premier » intéressant et mélancoliijup. et de son aventure une histoire d'amour singulière et pathétique, la sympathie de celte disciple de Rousseau attribue au roman de 177i sa vraie valeur sociale, celle qui lui avail attiré sa clientèle eDthou.siasIo de l'ancien régime. Puis, après avoir situé Werther dans son milieu

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social. Mme de Slai;! analyse la nature de ses eHusiona. K Quelle sublime réunion l'on trouve, dans Wpj-Mit, de pensées et de sentimcnls, d'enlrainementel de philosophie I. It n'y s que Rousseau et Gocllic qui aient su peindre la passion réiléchissanle, la passion qui se juge elle-môme, et se connaît sans pouvoir se dompter,... Rien n'émeul davantage que ce mélange de douleurs et de méditations, d'observations et de délire, qui représente l'homme niallicureux se contemplant par la pensée, et succombant à la douleur, dirigeant son imagination sur lui-même, assez fort pour sf> regarder souITrir, et néanmoins incapable de porter à son flme aucun secours. ■'

Mme de Staël défendait ensuite Wei'iher d'être une incitation au suicide : plaidoyer que le point de vue nouveau auquel on se plaçait en France pour Juger le roman de Goethe rendait actuel et opportun. Et tandis qu'autour d'elle la majorité des voix condamnait le dénouement « anli social •> du livre, elle revendiquait, non pas les droits du génie, comme le fora le romantisme, mais plutôt, pour l'individu que la destinée accable, le droit de se soustraire volontairement à la lutte.

« L'examen de ses propres sensations par celui-là même qu'elles dévorent », avait écrit Mme de Staël; c'est à celte forme d'elTusion directe qu'elle aura recours, au milieu do sa liaison avec B. Constant, — orageuse as.sociation de deux ôlres traînant cOte à cûte leur chaîne sans consentir à la rompre, sans se décider à la river, — quand elle voudra faire ce roman qu'elle avait annoncé dans le Tmilt} dei Passions, prédit dans /'/ LitUlrature, ce livre « qui dévoilera véritablement le malheur, qui fera connaître ce que l'on a toujours craint de représenter, les faiblesses, les misères qui se traînent après les grands revers: les ennuis dont le désespoir ne guérit pas: le dégoût que n'amortit point l'Aprclé de ta souffrance. " Ce livre, c'est Delphine, roman

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