‹ Goethe en ItalieChapitre 14 sur 32 · IPHIGÉNIE A DELPHES · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE A DELPHES

Pylade est un pauvre amoureux qui aimait bien Electre, avant d'avoir vu Ipliigénie, et aime mieux maintenant cette dernière *. Oreste est si mou qu'on regrette pour lui les Furies. Quant à Médon, le prêtre du dieu, il a suivi ses cours en Allemagne et cause en parfait théologien protestant *. L'action n'est pas mieux conduite que les caractères ne sont tracés. La hache joue un rôle dont l'importance devient ridicule parce que c'est Electre, c'est-à-dire celle même qui en subira l'influence fatale, qui prend Jia peine d'expliquer cette influence au spectateur '. La scène delà reconnaissance n'offre qu'un très faible intérêt. L'épilogue est du dernier fantastique. Iphigénie refuse ime dernière fois à Pylade de répondre à ses vœux « parce qu'elle ne connaît pas l'amour » des sexes * ». D'un autre côté, comme elle ne saurait rendre personne malheureux, eHe reçoit ses hommages, mais à la condition qu'après sa mort sa sœur héritera de ses droits sur lui ^ Hem*eusement pour Pylade qu'elle meurt un instant après. Auparavant l'auteur, peu content du rôle que Gœthe avait fait jouer à Thoas, en Tauride, fait paraître Arcas, qui vient annoncer que le malheureux roi s'est doucement éteint, consumé par le chagrin du départ d'Iphigénie. Celle-ci remercie les dieux de cette dé-

* Epilogue, se. V.

* Acte I, se. II et Aete II, se. II.

* Acte 1, se. VI.

-* Epil., se. V : leh kenne nicht die Liebe des Geschleehts.

* Ibidem.

livrance et donne la couronne de la Tauride à Arcas, qui était venu l'offrir à Oreste ou Pylade. Ainsi, grâce à Iphigénie, les deux pays resteront unis à jamais et la chaste sœur d'Oreste, son œuvre de réconciliation achevée, peut regarder « en haut, du » côté de rOlympe, avec reconnaissance et désir. ■ Diane, pleine de miséricorde, vient annoncer alors au public qu'elle a retiré à elle sa prêtresse « comme » autrefois (!) Juuon le fit pour Biton et Cleobis * . » Les chœurs, maigres de poésie, qui parsèment la pièce, ne la rapprochent guère de ses modèles grecs. Kannegiesser , partant de l'idée de Solon * qu'un homme ne peut être estimé heureux qu'après sa mort, était forcé de tuer son héroïne pour en achever le portrait et compléter l'œuvre de Gœthe. — Mais, en voilà assez sur cette tragédie ; aussi bien nous n'en eussions pas parlé avec de tels détails si elle n'était en rapport direct avec le plan de Gœthe et si Viehoff ne l'avait si singulièrement louée *.

Le rival de Kannegiesser, au contraire, a fait une œuvre d'un vrai mérite, et que nous aurions d'autant moins le droit de passer sous silence qu'elle est peu

^ L'anachronisme et le mauvais goût dépassent toutes limites. Exécrable pédanterie I

* Voyez : Hérodote, L. I : Episode de Solon et Crésus.

s Mne de Staël dit excellemment dans Corinne : a Les anciens ont divinisé la vie ; les modernes ont divinisé la mort. » Dans ce sens Gœthe est antique. Rien n'est plus contraire à son esprit que cette divinisation de la mort. Conf. : Eckermann : Gespràche : passim et surtout : I, 25 févr. 1824. H Faust, acte FV, scène : Mitternacht : le second discours de Faust.

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connue, surtout en France. Halm^, qui s'est fait, en Allemagne, un nom par sa GriseUUs et son Gladich teur de Ravenne, présenta, en 1856, à Vienne, une Ip/dgénie à Delphes. Cette pièce fut assez froidement accueillie, malgré de réelles beautés. La langue en est harmonieuse et les vers sont écrits avec une facilité, qui est un soulagement après les fatigues de Kannegiesser. Halm ne s'est écarté du plan de Gœthe que par quelques détaUs. Iphigénie, prêtresse de Diane, est déjà à Delphes lorsqu'Electre y arrive. CeUe-ci ne vient pas offrir la hache en expiation (comme le voulait Gœthe) , mais elle obéit à sa mère, qui lui a ordonné, en songe, d'aller attendre à Delphes le retour d'Oreste *. Les deux sœurs se rencontrent sans se connaître. Malheureusement la prêtresse a dû promettre par serment à Pylade et à Oreste de ne pas révéler son origine, de peur de trahir par là à Aletes, qui s'est emparé du trône de Mycènes, le retour du fils d'Agamemnon. Cependant elle exerce, dès les premiers instants , une influence tranquillisante sur l'âme angoissée et agitée d'Electre, qui s'endort tandis que sa sœur chante un hymne d'espérance

« François /. de Mûnch-Bellinghausen (Fréd. Halm) 1806-1871. Intendant du théâtre royal de Vienne. Sa Chriseldis a soulevé les plus vives critiques. Vilmar (Literatur - Gesch.) l'appelle une œuvre non seulement non-poétique, mais encore anti-poétique. — Hillebrand (Deutsche NationaUiteratur III) juge le poète moins sévèrement, mais l'accuse de déclamation. -— Halm n'en reste pas moins im des auteurs les plus importants de la littérature allemande contemporaine.

* Acte n, se. IL

d'une grande poésie. A son réveil, elle apprend, mais non comme fait certain, la mort de son frère. Toute sa fureur renaît aussitôt et elle éclate en violentes imprécations contre les dieux. La Pythie essaie vainement de l'apaiser. Seule , et en cela le poète fait preuve d'habileté, Iphigénie réussit à la calmer de nouveau. Le contraste entre les deux sœurs est vivement dessiné et toutes deux sont vraies. Electre soumise, fait, à la demande de la prêtresse, offrande au dieu de la hache fatale. Mais, à ce moment même. Médon, un des compagnons d'Oreste échappés de la Tauride, vient lui confirmer la nouvelle de la mort de son frère. Il reconnaît en Iphigénie la prêtresse qui a immolé les deux amis en Tauride et la dénonce à la malheureuse Electre. Celleci, remplie de haine, prend la résolution de tuer Iphigénie. La scène où les deux sœurs se trouvent de nouveau en présence, l'une furieuse et révélant, au milieu de sa colère, son origine à l'autre, dont la bouche est fermée par un serment, est d'un effet des plus dramatiques. — Qu'on me permette de traduire la dernière partie de cette reconnaissance.

(Electre brandit la hache sur la tête d' Iphigénie, à ce moment Oreste, qui a appris qu'Electre était à Delphes, l'appelle sans la voir, m être vu * .)

Oreste (du dehors, à wne distance assez considéra^ ble), Electre!

« (Acte V, se. III)

Orest [ausser der Bûhne in weiter Entfemung), Electral

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Electre. Qu'était-ce ? écoute !

Iphigénie (tressaillant). céleste musique de la voix aimée.

Electre (pour soi). Oui, c'était son cri. Comme autrefois je l'appelai en l'encourageant, lorsqu'il frappa Egisthe, maintenant lui aussi m'appelle et, depuis le Cocyte, m'encourage à la vengeance. (Bra/nr dissant la hache). Ta mesure est pleine I Meurs I

Iphigénie (se défendant et chercha/nt à hd échapper). Au secours ! Au secours I Pitié !

Oreste (du dehors, dans wfi faible éhignement) . Iphigénie.

Electre. Entends-tu ? En Aulide, ma sœur a été immolée ; en Tauride, là-bas, le trépas a atteint mon frère. Son ombre m'encourage à te frapper maintenant, et à venger le sang fraternel.

Electra. Was war das? Horch!

Iphigénie (aufspringend), himmlische Musik

Der theuren Stimme.

Electra (fur sich), Ja, es war sein Ruf !

Wie einst ich ihm, als er Aegisthen schlug,

Ermahnend zurief, so nun ruft er mir

Und mahnt mich vom Cocytus her um Rache!

(Das Beil schwingend)

Dein Mass ist voll ! Fahr hin I

Iphigénie (abwehrend und sich von ihr loszureissen heniûht).

Herbei ! Herbei I Ërbarmen !

Orest (ausser der Bûhne, dber in geringer Entfernung),

Iphigénie !

Electra. Hôrst Du's ?

Zu Aulis ward die Schwester mir geschlachtet,

Auf Tauris sank der Bruder mir dahin ;

So soU ich Dich nun treffen, mahnt sein Schatten,

Und râchen der Geschwister Blut I

IpfflGÉNiE. Arrête I Tu les appelles frère et sœur ! Tu es Electre ! Oui, tu Tes !

Electre. Je suis Electre et, vengeresse, je te frappe 1 Meurs !

Iphigénie (86 défendant et tombant effrayée). Pitié ! dieux immortels 1 protégez-la contre elle-même.

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