CHAPITRE m Naples et la Sicile
22 février - 6 juin 1787.
{ L I*a vie : De Rome à Naples. — Pompéi. — Paestum. •— Païenne. — Segeste. — Girgenti. — Caltanisetta. — Castro- Giovanni. — Gatane. — Taormine. ~ Messine. — Retour à Naples. — Relations de société. — Influence du voyage.
§ IL Les œuvres : Nausicaa. — Le plan de la tragédie. — Ulysse et Nausicaa d*aprè» Homère. — D'après Goethe. — Les fragments de la tragédie. — Le plan de 1814. — Pourquoi Goethe n*a pas achevé sa tragédie. — Imitateurs.
Wie aehn* ich mich, Natur, nach dir, Dich treu und lieb zu fUhlen !
£in lust'ger Springbninn wirst du mir Aus tausend Rœhren spielen.
Wirst aile meine Kraefte mir In meinem Sinn erheitem Und dièses enge Dasein hier Zur Ewigkeit erweitem.
{Kûnatlers Abendlied.)
Ich gestehe dass die Odyssée mir aufhœrte ein Gedicht zu seyn, es schien die Ncttur setbst. {Gœthe an Schiller, 14 févr. 1796.)
§ I. La vie.
Gœthe quitta Rome aussitôt que les bruyantes folies du carnaval se furent apaisées. Jusqu'à Naples, le voyage se fit, en compagnie de Tischbein, sans encombres. Leur « sedia » risqua, il est vrai, d'être
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renversée à un endroit escarpé par un lourd chariot de bœufs, mais Goethe s* aperçut à peine du péril et Tischbein, qui raconte l'accident, en fut quitte pour sa frayeur *. Les marais Pontins ne lui paraissent point trop affreux et les travaux de dessèchement, auxquels on était occupé alors, excitent vivement son intérêt. A Fondî, il comprend les regrets de Mignon, en admirant les oliviers et les orangers au feuillage jaunâtre *.
Naples fait au poète le plus charmant accueil. Il prend plaisir à voir tout ce peuple remuant, qui vit sur la rue et méprise si profondément les pays septentrionaux, où il y a « toujours de la neige, des maisons en bois, une grande ignorance mais beaucoup d'argent' ». Il descend à l'auberge du sieur Moriconi, sur l'une des places principales de la ville « al Largo del Gastello. > Sa chambre, située au coin de la maison, jouit d'une vue splendide sur la mer.
* Tischbein : Aus meinem Leben, p. 87. Du reste, il avait craint moins pour lui-même que pour son compagnon de voyage, c ce joyau du monde, ce cher ami qu'il s'était promis de protéger comme une mère son nourrisson, i» — Le récit de ce voyage, écrit par Tischbein en 1812, est rempli de naturel et de vivacité. Tischbein est un agréable conteur, ses descriptions font tableau et prouvent de la part de l'auteur une aussi grande facilité à manier la plume que le crayon
* La ballade de Mignon a peut-être été congue alors. En tout cas elle n'était pas encore'composée et c'est à tort que Viehofp (Gœthe's Gedichte I, p. 549) la place en 1782. Gomp. Dûntzer (Gœthe's lyrische Gedichte,)
' c Sempre neve, case di legno, gran ignoranza, ma danari assai, » 25 févr. 1787.