NAPLES
» Certes, le Napolitain serait un autre homme s'il ne » se sentait resseiTé entre Dieu et Satan * ». Paestum, qu'il visite arec Kniep, jeune peintre dont Tischbein lui avait fait faire la connaissance, ne répond guère, au premier moment, à son attente ; mais son œil ne tardé pas à se former et il comprend toute la majestueuse simplicité des temples de Neptune, En revenant à Naples, il est frappé, avec plus de force que jamais, de la grandeur du tableau qui se déroule à ses yeux, « Naples dans sa majesté, la ligne de maisons, longue de plusieurs milles, qui s'étend sur le rivage uni du golfe, les promontoires, les langues de terre, les parois de rochers, puis les îles et dans le fond la mer, formaient un spectacle ravissant. Un chant affreux, ou plutôt un cri de plaisir, un hurlement de joie que poussa le garçon qui se tenait derrière nous sur la sediola, m'effraya et me troubla. Je l'interrompis brusquement; c'était le meilleur gars du monde et il n'avait encore entendu de notre part aucune parole un peu rude. — Il resta un instant immobile, puis, me frappant doucement sur l'épaule, il avança son bras entre nous deux, l'index tendu et me dit : Signor perdonate questa è la mia patria ! Ce qui signifie : Monsieur, pardonnez-moi, ceci est ma patrie ! Je fus surpris une seconde fois et quelque chose de semblable à une larme me vint dans les yeux, à moi, pauvre homme du nord ' ».
« 20 mars 1787.
« 23 mars 1787.
118 CHAPITRE m
Cette vie est délicieuse, mais Goethe est de race germaine et cherche « plus à apprendre et à travailler . » qu'à jouir * ». Et puis, malgré tous ces plaisirs divers, « les sirènes l'attirent de l'autre côté de la mer • » • Il veut moins s'arrêter sur un sujet, que s'exercer à saisir rapidement tout ce qui se présente à ses yeux. Il ne résiste donc pas longtemps à la tentation et se décide, le 26 mars, à partir pour la Sicile. Aussi bien ce voyage est salutaire, nécessaire même à son esprit '. Il quitte Naples le 29 mars, accompagné de Knîep, garçon aimable, d'humeur enjouée, facile à vivre, bien qu'un peu minutieux, semble-t-il, et d'assez modeste talent. Gœthe, que ses propres esquisses ne satisfaisaient pas, le prit avec lui dans ce voyage, en échange des quelques dessins qu'il pourrait faire en route *.
La traversée fut mauvaise et le poète, saisi dès le premier jour du mal de mer, ne réussit à s'en distraire qu'en travaillant continuellement à sa tragédie du Tasse, dont il changea, écrit-il, le plan du tout au tout. Au bout de trois jours, et à sa grande joie, on aborda à Palerme. La vue qui s'offrit à ses yeux à son arrivée, le saisit tellement qu'il eut peine à quitter le pont du bateau. Il passe, dans cette ville, quel-
* 22 mars 1787.
* Ibidem.
* 26 mars 1787.
* Kniep était né en 1748. n mourut en 1825, comme professeur à l'académie des beaux-arts de Naples. Sa correspondance avec Gœthe est conservée à Weimar (Dûntzer : Anmerkungen 758)*
ques jours qui ne sont perdus ni pour le repos de son esprit ni pour ses études scientifiques. Comme à Naples, la géologie lui fournit matière à de nombreuses observations, mais c'est surtout la botanique qui l'attire. Pendant son voyage de Carlsbad à Rome, sa nouvelle théorie sur la métamorphose des plantes avait constamment occupé son esprit. A Rome, son ardeur avait été quelque peu étouffée par ses études artistiques, mais à Naples, les sciences naturelles l'intéressent de nouveau plus que jamais. Les secrets de la végétation se révèlent dans le Midi comme nulle part ailleurs. Les plantes sont plus ouvertes, plus développées ; ce qu'on ne faisait qu'entrevoir avec le microscope, apparaît ici clairement et à l'œil nu. Après l'Italie, il faudrait encore « visiter l'Inde, non pour » faire de nouvelles découvertes, mais pour y voir à
• ^nouveau ce qu'on a découvert*. » De Naples déjà, le poète prévenait Herder qu'il était près d'arriver à la plante primitive. « Ma fameuse théorie des co-
• tylédons, écrivait-il, est si « sublimée » (sublimirt) » qu'on arrivera difficilement à la dépasser.'» Dans le jardin public de Palerme, cette théorie le poursuit comme un fantôme et chasse parfois ses rêves poétiques.. Car ses instincts de poète se réveillent aussi, au milieu de cette luxuriante végétation et, dans ce même jardin où ses idées scientifiques deviennent une réa-
* Lettre à Knebel, 48 août 4787. Gœthe ajoute même que, s'il avait dix ans de moins, il serait fort tenté de faire le voyage aux Indes.
« 25 mars 4787.
120 CHAPITRE ni
lité * , devant cette mer aux flots noirs qui se perd dans un lointain vaporeux, il se rappelle Tile heuretlse des Phéaciens, court s'acheter l'Odyssée et en traduit, à livre ouvert, le chant YI à son ami Kniep. L'idée de Nausicaa s'empare de son esprit et il y trouve le sujet d'une tragédie qui l'occupe à travers toute la Sicile. A Palerme, comme il l'avait déjà fait à Naples, il renonce à sa vie d'isolement et se fait présenter même au vice-roi, qui l'invite à dîner. Il fait au palais la rencontre d'un jeune homme, qui avait séjourné autrefois en Allemagne, et qui s'informe avec intérêt de l'auteur de Werther. Gœthe se nomme et son interlocuteur étonné s'écrie, en le considérant : « Il faut alors que bien des choses aient changé I > Et certes, il eût été difficile de reconnaître, dans le ministre du duc de Saxe-Weimar, le jeune licenpié en droit, amoureux de Lotte. — Dans ce pays, l'art ne lui offre qu'un médiocre intérêt. On lui semble, en général, manquer de goût, et il est rempli d'une véritable indignation, partagée du reste par tous les voyageurs contemporains, à la vue des statues^rotesques et monstrueuses qui ornent le jardin du prince Pallagonia. Seule, la statue de Sainte-Rosalie, de-Gregorio Tedeschi (?), sur le Mante Pellegrino, lui paraît digne de remarque, et devant elle il s'oublie même
^ « Et ainsi, au but extrême de mon voyage, en Sicile, Yidentité primitive de toutes les parties des plantes me devint complètement claire (leuchtete mir vollkommen ein). » Werke XIV, Die Métamorphose der Pflanzen : Geschichte meines botan, Stu-^ diums, p. 52.
à rêver jusqu'à une heure avancée de la nuit. Il visite également avec intérêt la collection de médailles du prince de Torremuzza, et y retrouve T éclat des villes siciliennes et de l'antiquité en général. Mais tous ces souvenirs, pour lui plaire, doivent renfermer une idée artistique; il interrompt brusquement un guide, dont la malencontreuse science lui indique les lieux illustrés jadis par les exploits d'Annibal, en lui disant, avec un mouvement de mauvaise humeur, » que c'était bien assez que les moissons fussent écra- » sées, de temps en temps, sinon par les éléphants, » du moips par les hommes et les chevaux, sans » qu'on vînt encore troubler les songes paisibles de » l'imagination par le tumulte de tels souvenirs. » Au reste, Goethe se sent heureux, comme il ne Ta peut-être encore jamais été quinze jours de suite. Il écrit à ses amis que la Sicile lui est la clef de tout ce qu'il a vu * et que, bien qu'H Jie connaisse qu'une portion de la côte, il trouve le pays d'une ineffable beauté '. « C'est là seulement qu'on apprend à con- » naître l'Italie'.» Avant de partir, ayant entendu que la famille du célèbre aventurier Joseph Balsamo, connu alors seulement sous le nom de Gagliostro, vivait dans le voisinage, il se fit présenter à elle et prit un tel intérêt à ces pauvres gens, qu'il leur en-
* 13 avril 1787.
* Gœthes Briefe an Frau von Stein III, 18 avril 1787. ' Briefe vvn Gœthe an Fritz von Stein, 18 avril 1787.
m CHAPITRE III
voya plus tard de nombreux secours * . Quelques mois après cette visite, il communiquait à Kayser le plan de sa comédie du Grand Cophte, où Gagliostro joue un des principaux rôles.
Gœthe quitta Palerme le 18 avril, avec son fidèle Kniep, un seul guide, deux ou trois montures et sans escorte'. A Âlcamo, il s'intéresse à l'agriculture. La situation grandiose de cette petite ville excite son admiration. Il continue, à Segeste, ses études botaniques, à propos du fenouil qui croît sur le fronton du temple et tire, d'une étoile qui lui apparaît à Castelvetram k travers les fissures du toit, un heureux présage pour sa course. Le 28 avril, il arrive à Girgmti, où il s'arrête quelques jours, logeant, à défaut d'hôtel, chez une aimable famille de fabricants de vermicelles. Tandis que Kniep prend quelques croquis, il visite les principales ruines et étudie, dans la cathédrale, un sarcophage" antique, représentant l'histoire de Phèdre et d'Hippolyte et servant de fonts baptismaux. Il ne croit pas avoir jamais vu, en fait d'ouvrages à demi achevés, rien d'aussi remarquable. Son mentor dans ses études d'ail; n'est plus ici Volkmann, mais l'ouvrage de Rîedesel ', qu'il porte sur sa poitrine comme un « bré-
< Outre le récit de Gœthe dans Vltalienische Reise, Bœttioer : literarische Zustânde.
* Briefe an Fritz von Stein, 26 mai 1787. — Brydone voyage quelques années auparavant avec une garde nombreuse (Brydone, Reise durch Sicilien, 3»* éd., Leipzig, 1783).
' Rîedesel : Reise durch Sicilien, Une traduction française en a paru à Lausanne en 1773 beaucoup plus complète, selon Mûnter
» viaîre ou un talisman. » Il envoie, de cet endroit désert, des souhaits pleins de reconnaissance à ce savant distingué*, La géologie, les oiseaux, l'agriculture et la conformation des nuages', lui fournissent matière à d'intéressantes observations, — En Sicile, cette terre historique par excellence, ce n'est pas l'histoire qu'il cherche. Pour lui, Trinacrie est le grenier ou plutôt le jardin de l'Italie, la terre k plus fertile qu'il connaisse, et il renonce, sans regrets, à Syracuse, pour s'avancer au milieu du pays, à la recherche des plaines couvertes des abondantes moissons que fait croître la nourricière Cérès. Les plateaux immenses, sans arbres, et où l'on ne voit de tontes parts que des épis dorés, ne tardent cependant pas à lasser, et nos voyageurs sont fort heureux d'arriver à Caltanisetta, bien que cette bourgade ne leur offre qu'une maigre hospitalité : point d'auberge convenable, tout au plus une chambre qu'il faut d'abord nettoyer, point de chaises, point de bancs, point de tables, seulement quelques blocs de bois, à peine dégrossis et destinés à tous ces usages. Le soir, ces mêmes blocs servent de pieds de lit, on loue quelques
que Toriginal (Mûnter : Nachrichten von Neapel und Sicilien, 1785). L'ouvrage de Riedesel déplaisait par contre fort à Herder (Bœttiger : lit, Zustânde I, p. i09).
* Riedesel était du reste mort depuis trois ou quatre ans.'
* n songeait certainement à ces observations du 27 avril 1787 en écrivant, au siècle suivant, ces vers du II Faust :
Vernahmst du nichts von Nebelstreifen Die auf Siciliens Kûsten schweifen ?
(Acte rv.)
124 CHAPITRE ni
planches chez le menuisier et on cherche à dormir làdessus aussi bien que possible ; un sac de cuir, bourré { de paille hachée, donné au départ de Naples par Hackert, sert à la fois de matelas et de couverture. Le guide prépare lui-même le repas sur un foyer, que prête, pour Quelques sous, un habitant, tandis que Gœthe et Kniep conversent avec les hommes les plus considérés, réunis, d'après Tusage antique, sur la place du marché. On s'informe de Frédéric H et Tîntérêt qu'on lui porte est si grand que Gœthe n'ose pas annoncer sa mort à ces braves gens *. Le lendemain, le 0te, à Ciistro 6rîoranm, l'ancienne Enna, qu'admirait si fort CicéroD*, n'est guère plus confortable. Cette petite ville, située sur un plateau fort élevé, au centre de la Sicile, a un aspect sauvage et Gœthe y souffre vivement du froid. La chambre pavée n'a du reste pas de fenêtres ; on est obligé de fermer les volets et de vivre dans une complète obscurité pour ne pas recevoir la pluie qui tombe à torrents. Gœthe, faisant certainement allusion à l'enlèvement de Proserpine ',
^ MORITZ : Reise eines Deutschen in Italien II, p. S6 (15 avril 1787) raconte que la même chose est arrivée peu auparavant à Hackert dans une petite ville de Sicile.
« in Verrem IV, 48 : Tota vero ab omni aditu circumcisa atque diremta est : quam circa lacus lucique sunt plurimi, et laetissimi flores omni tempore anni ; locus ut ipse raptum illum virginis, quem jam a pueris accepimus, declarare videatur.
* Ovide : Métamorphoses y L. V, v. 385 :
Haud procul Hennseis lacus est a mœnibus altaa,
Nomine Pergus, aquae
Silva coronat aquas cingens latus omne, suisque Frondibus ut vélo Phœbeos summovet ignés.
se promet bien de ne plus jamais se laisser attirer nulle part par aucun nom mythologi^e. De Castro Giovanni à Catane, où la petite caravane arrive le S mai, on ne loge que dans des auberges isolées, et toujours avec assez peu de confort. A Catane, Goethe a le plaisir de faire la connaissance de l'abbé Sestini * , conservateur des collections du prince Bîscari. Ce savant, qui publia, la même année, une description de ce musée *, le reçut avec la plus gracieuse amabilité et le présenta même au prince. On lui fit voir, outre les riches collections d'antiques, le célèbre cabinet des médailles qui, plus tard, ne fut plus montré au public. Il passa quatre jours au milieu de cette agréable société, fit l'ascension du Monte Ilosso, mais n'osa pas faire celle de l'Etna, que l'on croyait alors plus dangereuse qu'elle ne l'est réellement'.
Frigora dant rami, Tyrios humus umida flores : Perpetuum ver est. Quo dum Proserpina luco Ludit, et aut violas aut candida lilia carpit, Bumque pueUari studio calathosque sinumque Implet, et sequaies certat superare legendo, Paene simul visa est dilectaque raptaque Diti.
* Le comte de Borch en parle avec le plus grand respect. L'abbé Sestini était un jeune Florentin connaissant, outre les antiquités, fort bien la botanique,. ce qui ne pouvait manquer de plaire à Gœthe. Borch loue également le mérite du prince Biscari (Reisen durch Sicilien und Malta, Berne, 1796. Lettre du 12 déc. 177d L'original de cet ogavrage est en français). ~ Miinter: Nachrichten von Neapel und Sicilien, 1785, fait aussi un grand éloge de ces deux hommes. -- Werke XII, p. 467. Philipp Hackert : Catania.
* DU Pays : itinéraire de Vltalie, 1859, p. 764.
* Brydone ne la fit pas, quoiqu'il en dise. Mûnter ne fit que l'essayer. Le comte de Borch la fit, bien que Gœthe paraisse en
Il ne se sépara qa'à regret du bon abbé, qui tint encore à lui faire entendre T orgue célèbre de Douato. Goethe passe ensuite deux jours à Toormine ^ La position splendide du théâtre antique, dont Tarrière-plan forme un tableau tel que jamais public n'en a vu de plus grandiose, lui rappelle vivement Tantiquité, et il songe arec plaisir à sa tragédie de Nmmcaa. Autour de lui tout respire la paix. Il s'abandonne à une douce rêverie, tandis que le rosëguol fait entendre ses chants les plus mélodieux, que les roses en fleur lui envoient leurs parfums pénétrants et que la mer roule à ses pieds, toujours agitée et bruyante, éternellement la même, et telle que l'ont contemplée avant lui Nausicaa, Ulysse et les heureux Phéaciens* — La route de Taormine à Mesmie ne donne guère lieu qu'à des observations géologiques et, selon sa coutume, il se charge de cailloux *. Il arrive à Messine le 10 mai, trois ans après l'épouvantable tremblement de terre qui avait renversé une grande partie de la ville et tué plus d'un tiers des habitants. Il est bien
douter, le 13 déc. 1776; Payne Knight, les 27 et 28 mai 1777 (Werke XII, p. 469. Philipp Hackert : jEtnaJ.
^ La beauté de ce site est louée de tous les voyageurs, c Je n'ai vu nulle part, dit Mûnterj un panorama aussi vaste, aussi
riche, aussi varié si ce n*est celui dont on jouit de Nyon,
sur le lac de Genève, quand, depuis une hauteur à pic, on contemple au-dessous de soi : le lac magnifique, Genève et les autres villes situées autour du lac ; en face de soi : les sommets du Mont-Blanc couverts de neiges éternelles et les autres Alpes de la Savoie (Mûnter : Nachrichten von Neapel und Sicilien).
* Voyez dans l'édition de V Italienische Reise par Dûntier le catalogue de la collection de Goethe, N©» Af, Ag, G, De, Dd, etc..
reçu par un consul étranger * qui le présente au gouverneur^ espèce de rustre et de despote, qui témoigna cependant, à T égard du poète, une certaine courtoisie. Malgré Tair de gaieté et d'insouciance des habitants, Gœthe se sent mal ^ Taise dans cette ville en ruines ; il n'admire guère que les splendides lapis-lazuli qui ornent T autel de la cathédrale et est tout heureux de repartir pouf Naples, le 14 mai.
La traversée, qui dura trois jours et demi ^, fut fort pénible, et le navire courut même, à la hauteur de Caprî, le danger d'être brisé contre les récifs de l'île, A demi-étourdi, Gœthe se console en pensant à la gravure de la Bible de Mérian qui représente le Christ et les apôtres sur le lac de Tibériade. Il a cependant, lorsque le danger augmente, la force de se lever, de monter sur le peut et d'exhorter les passagers affolés à prendre courage. Un vent favorable ayant soufflé tout-à-coup, on réussit à entrer le lendemain dans le port de Naples.
Gœthe passa encore quelques jours heureux dans cette ville aimable, admirant le Vésuve, qui avait alors une de ses plus belles éruptions, continuant ses observations géologiques et botaniques et revoyant ses anciens amis. Car, à Naples, Gœthe n'avait pas fui la société comme à Rome ; il avait même formé plus
* DiiNTZER (Anmerkungen zur Italienischen Reise, p. 797) suppose, sans raisons suffisantes, que c'était le consul français. Le petit détail que, dans une église, le consul se met à psalmodier en allemand (43 mai) en peut faire fortement douter.
* Lettre à Seidel du 45 mai (Im neuen Reich, 4874, voL I).
d'une agréable relation. Il voyait F ambassadeur Hamilton* et sa maîtresse, Miss Harte', le prince de Waldeck et sa famille', le cavalier Venuti, avec lequel il fit maintes joyeuses promenades*, enfin Hackert, peintre à la cour de Naples, chez qui il passa quelques jours à Caserte et qu'il prît en vive affection. Il est vrai que Hacteft l'engageait fort à s'appliquer au dessin et à la jyeinture, et que c'était toucher là, chez Goethe, une corde sensible. Cette influence ne fut peut-être pas étrangère à l'ardeur que le poète, de retour à Rome, apporta à ces études. Plus tard, il témoigna du reste de sa reconnaissance, vis-à-vis de son ami, en écrivant sa
* Né en 1730, frère de lait de Georges III, ambassadeur à Naples de 1764-1800, auteur de plusieurs ouvrages scientifiques et artistiques (gravures d*après des vases étrusques, elc^ ouvrage auquel Tischbein collabora assidûment). Il épousa plus tard miss Harte, fille de basse extraction, qui réussit cependant à prendre un ascendant considérable sur la reine de Naples et plus tard sur Nelson. Mémoires de Lady Haniilton. — Lettres de Vamiral Nelson à Lady Hamilton, etc.
s Tischbein la peignit plus tard, en Jphigénie, pour la tragédie de Gœthe (d*aprés se. III, acte III). Italienische Reise^ relation de juillet 1787, W. Tischbein : Ans meinem Leben, p. 104.
' Ce prinée commanda alors à Trippel le buste de Gœthe. Tischbein : Aus meinem Leben, p. 96. — Dûntzer : Gœthes Leben (1880) donne la gravure de ce beau buste.
* Lisez le récif de l'excursion du 11 mars dans W. Tischbein: Aus meinem Leben, p. 93. Gœthe casse des cailloux tandis que le reste de la société, excité par le lacryma-Christi, }oue, comme de vrais enfants, au bord de la mer. C'est un délicieux commentaire de la lettre de Gœthe du 13 mars. — C'est à tort, je crois, que Dûntzer (Anmerkungen, p. 756) rapporte ce récit à l'excursion du 18 mars. Il suffit, pour s'en convaincre, de rapprocher les lettres de Gœthe du récit de Tischbein. Celui-ci ne donne aucune date.
biographie * . Goethe fit également, chez le philosophe Filangîeri, la connaissance de la princesse ***, jeune personne gaie, enjouée, fort originale, qui avait conçu pour lui une affection véritable, bien qu'un peu enfantine. Elle le recevait à dîner et l'engagea même une fois, mais en vain, à la suivre à Sorrente '. Il conserva toujours d'eUé un souvenir agréable, mais ce fut tout, et on ne peut attacher à cette relation qu'une bien faible influence sur le poète, sinon aucune *. Enfin, plusieurs étrangers cherchent à voir l'auteur de Werther, entre autres l'ambassadeur français, Cacault, qui se plaignit fort de la froideur de son accueil *, puis un Anglais, qui se sauva après lui avoir serré la main, et bien d'autres encore. Le poète passa la veille de son départ chez la duchesse Giovanne, qui lui montra, de la croisée du palais qu'elle habitait, le Vésuve embrasé. Longtemps ils restèrent silencieux. Cette belle femme, éclairée par la lune, formant le premier plan de ce merveilleux tableau, cette lave roulant incandescente sur les flancs de la montagne et accompagnée d'une fumée rougeâtre, firent sur lui la plus vive impression. Il ne se sépara de la duchesse qu'avec peine, à une heure avancée de la nuit, remerciant le ciel de
^ Werke Xn : Philipp Haokert. \\ écrivit cette biographie en 1810 et 1811.
* C'était la sœur de Filangieri. Dûntzer : Annierk., p. 750. '
^ Blazë de Bury : Madame de Stein, (Revue des Deux-Mon^ des, 1870) semble exagérer cette influence.
* DÛNTZER : Herder's Reise nach Italien, janvier 1789. — Id. : Annierkungen zur Italienischen Reise, p. 762.
lui avoir donné, pour clore son séjour, un speetacle aussi grandiose.
Le lendemain^ 3 juin, il quittait Naples, traversant, à demi-étourdi, cette ville riante, toujours agitée, remplie d'une animation fiévreuse, où Tiiomme travaille pour jouir et non pour vivre et où les lazaroni ne sont qu'une fable inventée à plaisir ' . Il partait, sans emporter l'espoir de jamais revenir, mais heureux de n'y laisser « ni douleur, ni remords ' ». Kniep Taccueillit, à la sortie de la ville, près de la douane, avec une grande tasse de café noir. Attention aimable qui toucha si profondément Goethe qu'il trouva à peine, dans son émotion, quelques paroles pour répondre. « Nous nous séparâmes comme se séparent rarement » des personnes qui se sont liées par hasard et pour » peu de temps * ».
En route, il pensa avec un vrai bonheur aux nombreuses impressions des derniers mois. Il pouvait se donner le témoignage d'avoir beaucoup et bien vu, d'avoir fait un grand pas en avant. Le 6 juin, il rentrait à Rome où les tapisseries de Raphaël le dédom magèrent bientôt de toutes les splendeurs qu'il venait de quitter. Il rentrait reposé, rempli d'une juvénile vigueur et en paix avec lui-même comme il ne l'avait pas été depuis longtemps.
* Gœthe n'en voit pas (28 mai), Moritz, lui, en voit le lendemain de son arrivée et déclare que c'est une secte à part (Reise eines Deut8chen, ilSl-il^). C'est un point sur lequel les voyageurs ne s'entendront jamais. ~ Gomp. Schiller à Kôrner, 12 sept. 1788.
« 3 juin 1787.
' Ibidem.
RETOUR A XAPLES 131
Gœthe avait beaucoup attendu de son séjour à Naples et il avait eu raison. Ce voyage ne l'avait pas transfonné, nous avons vu phis haut le point où en était la révolution intérieure à la in du premier séjour à Rome, mais il avait admirablement achevé l'œuvre commencée. Rien ici n'a lieu de nous surprendre. Dans nos pays septentrionaux, au nord de l'Italie, jusqu'à Rome, et à Rome même plus qu'autre part peut-être, la vie est un labeur, rempli d'intérêt, certes! mais qui fatigue forcément. Pour vivre, il nous faut vouloir vivre, et vouloir vivre c'est travailler et lutter. A Naples au contraire, en Sicile, la vie est un produit naturel, elle surabonde de toutes parts, ce n'est plus une peine, c'est un plaisir, et vivre c'est jouir, parce qu'il suffit de se laisser vivre. Ajoutez à cette influence générale du climat le genre d'occupations de Gœthe, ses études, qui, au lieu de se porter sur les arts, se portent sur la nature. Pour comprendre ce qui se passe en lui, rentrez en vous-même et comparez l'impression que vous éprouvez devant un tableau que vous voyez pour la première fois et d'un maître dont la manière ne vous est pas familière, à celle qu'éveille en vous la vue subite d'un paysage inconnu, luxuriant de soleil et de végétation. Dans le premier cas, quelle que soit la grandeur du peintre ou sa douceur, votre esprit est dérouté, incertain, vous cherchez autour de vous des directions, vous regardez involontairement votre guide rouge ou consultez un ami expérimenté. Devant la nature rien de semblable : vous admirez les beautés
sans qu'on vous les dise, le cœur bat violemment dans votre poitrine et votre cœur vous suffit, parce qu'ici vous sentez et ne raisonnez pas, parce que la nature parle directement à votre ftme. que Ton vit avec elle, en elle, tandis que l'œuvre d'art la plus sublime n'est jamais que la représentation de la uumière de voir d'une race, d'un siècle et d'un individu. Avant de comprendre l'œuvre, il vous faut comprendre l'auteur, il vous faut, comme s'exprime Gœthe, voir de ses yeux, arriver à vous sortir de vous-même, et c'est là un effort \ L'harmonie de la nature est entière, elle est parfaite, l'œuvre d'art est nécessairement imparfaite, parce qu'elle est humaine et soumise au temps. Mais écoutez Gœthe lui-même sur ce sujet, vous n'en saisirez que mieux les conséquences que devait avoir son séjour en Sicile. * Ici je ne puis taire cette observa- » tion que j'ai faite, qu'il est plus commode et plus » facile d'examiner et d'apprécier la nature que l'art. » Le moindre produit naturel a le cercle de sa per- » fection en soi et pourvu que j'aie des yeux pour » voir, je puis découvrir toutes ses relations ; je sais » qu'une existence entière et véritable est renfermée » à l'intérieur d'une petite sphère. Une œuvre d'art, » au contraire, a sa perfection en dehors de soi. Le » meilleur est dans l'idée de l'artiste. Il ne l'atteint » que rarement ou jamais. Le reste repose sur certaines » lois convenues, tirées, il est vrai, de la nature de l'art
* Cela appuie ce que nous (lisions plus haut de la campagne romaine : qu'elle est une œuvre d*art.
» et du métier, mais qui ne sont cependant point aussi » faciles à comprendre et à déchiffrer que les lois de » la nature animée. Il y a beaucoup de tradition dans » les œuvres d'art. Les œuvres de la nature sont tou- * jours comme une parole que Dieu vient de pronon » cer (ein frisch misgesprochenes Wort Gottes) * . » A Naples, il s'écrie, devant la mer que les orages des nuits précédentes avaient violemment soulevée : « Oui ! la nature est le seul livre qui offre un grand » contenu à chaque feuillet ! » A Gaserte, chez son ami Hackert, il se laisse aller à une douce mollesse; la vie lui semble, sous ce beau ciel, plus facile que partout ailleurs. « Naples est un paradis ; chacun y vit ou-
» blieux de soi-même, dans une espèce d'ivresse
» Je me reconnais à peine, il me semble que je suis » un tout autre homme. Hier je me disais : tu étais » fou autrefois, ou tu l'es maintenant. » Au milieu de ces sites féeriques, il songe à Rousseau, ce grand amant de la nature, et s'explique comment une si belle organisation a pu être brisée*. Ce bonheur enivrant le suit presque partout en Sicile et il revient à
* 23 déc. 17S7. Lettre de Gœthe à la duchesse Louise (Dûntzer: Annierkungen, p. 7C^). — Lisez aussi la page admirable que Taine a écrite sur ce sujet : Voyage en Italie II : Le Lac majeur (ou aussi : Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1866) et donnez-leur pour commentaire ces vers de Gœthe :
Eônnt* ich Magie von meinem Pfad entfernen^ Die Zauberspruche ganz und gar verlemen, Stûnd' ich, Natur! vor dir ein Mann aîlein, Da wàr's der Miihe werth, ein Mensch zu sein.
(II Faust, acte V.) « 17 mars 1787.
Naples frais, dispos et fier de son voyage. * Vous ju- » gérez, à mon retour, écrit-il à Weimar. de quelle
» manière j'ai vu*; cette excursion en Sicile res-
» tera un trésor indestructible pourtoute ma vie *. »
Tout lui a souri, nature et habitants. Il était arrivé à Naples chétif comme un nouveau-né, il retourne à Rome fort comme un adolescent. Le beau pays où fleurissent les orangers lui a rendu le sourire qu'avaient effacé la « Sehnsucht » de l'Italie, et, à Rome, les fatigues d'un premier séjour. Il emporte de Naples un rayon de soleil qui devait l'éclairer et le réchauffer jusque dans sa vigoureuse vieillesse.
§ II. Les œuvres.
Au milieu d'une vie aussi riante, il ne peut naître qu'une idylle gracieuse et légère ou plutôt il ne naîtra rien du tout. L'homme qui n'a pas faim de pain, d'argent ou d'honneurs, l'homme qui n'est pas stimulé par la lutte journalière ne produit le plus souvent que peu de chose. En Sicile, Gœthe vécut agréablement, prit des forces pour le travail du lendemain, mais, à côté de cela, son génie poétique n'eut que quelques rêves plein de grâce et de fraîcheur, jetés
« A Herder. 17 mai 1787.
* Lettre à Seidel, 15 mai (?) (Im neuen Reich, 1871, vol. I). — Lettre du 27 mai à Charles-Auguste (Briefwecfisel mit Gœthe).
NAUSiCAA 135
fugitivement sur un lambeau de papier, pour être bientôt oubliés* Un plan isolé, quelques vers épars, produits intéressants d'une disposition d'esprit donnée, mais sans vie durable, sans consistance, parce qu'ils ne forment pas un tout achevé, voilà toute la récolte littéraire de ces quatre mois*.
• Dans ses Communications sur Gœthe, Riemer rapporte que le 22 octobre 1786, à Giredo, sur la route de Ferrare à Rome, le poète mentionne dans son journal le plan d'une tragédie intitulée : Ulysse chez les Phéadens * . Le rapprochement entre sa position et celle d'Ulysse était naturel. Le prudent fils de Laërte est le type du voyageur. Sa vie aventureuse, ses malheurs, ses ruses, nous ont accompagnés pendant nombre d'années sur les bancs de l'école et restent plus tard gravés dans notre esprit'. Il nous arrivera donc facilement, en voyage, de comparer notre position à la sienne et de nous souvenir, en atteignant, après quelques jours pénibles, une terre riante et
« Westermanns Monatshefte 1879, vol. 46. W. Scherer : Gœthes Nausicaa. — Revue politique et littéraire : 11 oct. 1879, No 15. BossERT : La Nausicaa de Gœthe. — Les fragments de cette tragédie ne se trouvent dans les éditions des œuvres de Gœthe qu'à partir de 1837 (Werke VI).
* Gœthe écrit Ulysses auf Phàa, Riemer : Mittheilungen II, p. 634.
' Gœthe lut beaucoup Homère à Strasbourg avec Herder/'Briefe an Merck : lettre de Herder, 1772). -- En 1775, dans une excursion à la Waldeck, il demande une Odyssée au pasteur, « car il est impossible de s'en passer dans ce monde d'une simplicité homérique » [Briefwechsel mit Karl August, 2 déc). — Cette affection augmente encore après le séjour en Italie.
hospitalière, de l'île des heureux Phéaciens *. Gœthe, cependant, ne semble pas s'être arrêté à ce sujet; il n'en parle plus pendant le reste de sou voyage, et, à Rome, ses nombreuses occupations, Iphigénie et le Tasse, le chassèrent bientôt de son esprit. A Naples, la vue de la mer, cette compagne inséparable des souffrances du très patient Ulysse, lui inspire quelques réflexions mélancoliques, sans que rien fasse supposer qu'il se soit souvenu de la tragédie projetée*. En mer, malgré la frappante analogie des situations, il ne songe pas au héros grec, mais au malheureuji: poète de Ferrare et il retourne, dans son cerveau, le plan de la tragédie du Tasse. Bientôt cependant, en Sicile, en face de la mer noirâtre qui Ta tourmenté pendant trois jours et dont il respire Tâcre parfum, au milieu de ces jardins toujours fleuris, de ces parterres d'anémones et de ces haies de citronniers et de lauriers, il se souvient de Nausicaa, l'aimable fille d'Alcinous, et reprend son projet abandonné '. 11 y travaille avec plaisir et écrit, le 16 avril,
* Herder, écrivant à sa femme depuis Ancone le il sept., se compare à Ulysse. — Brydone pense à l'Odyssée en traversant les champs de la Sicile. A Sorrente, Taine songe à Ulysse et à Nausicaa. On retrouve ces idées chez presque tous les voyageurs.
* Son attention dut cependant être attirée sur Homère par un tableau de Venuti, qu'il vit fort probablement^ en compagnie de Tischbein, avant son départ pour la Sicile (Tischbein : Ans meinem Lehen, p. 99). -- Dans une lettre du 14 févr. 1798, il écrit à Schiller qu'il a lu Homère à Naples, mais ce dut être au retour de la Sicile, conmie semblent le prouver- les articles du 7 avril et du 17 mai.
' n y a ici une difficulté chronologique. Gœthe fait pour la pre-
qu'après avoir lu, dansle jardin public, « son pensum » de l'Odyssée et s'être promené aux environs de Païenne, il a arrêté le plan de sa tragédie de Nausicaa et a immédiatement composé quelques-unes des scènes qui l'attiraient le plus.
Reprenons, avant d'étudier ces fragments et en aussi peu de mots que possible, les rapports d'Ulysse et
mière fois mention des Phéaciens le 7 avril et ce n'est que ce jour-là qu'il achète son Odyssée. Or, dans les lettres du 3 avril, il parle déjà, à mots couverts, de Nausicaa. Dûntzer a supposé que la fin de l'article ôm journal du 7 avril était une addition postérieure. Je ne le pense pas. Ce paragraphe a beaucoup trop le caractère d'avoir été écrit sur le moment même et est trop précis. Voici, me semble-t-il, où réside l'erreur. La rédaction de Vltalienische Reise, telle que nous l'avons sous les yeux, se compose, outre le journal que Gœthe écrivait chaque jour, des lettres à Herder et à Mme de Stein. Le journal, il le retouche peu ; quant aux lettres, il les modifie selon son bon plaisir et fait quelquefois de deux lettres une seule. C'est ce qui aura eu lieu ici ; il aura ajouté, en rédigeant ses notes en 1814, aux lettres du 3 avril des lettres écrites le 7 ou le 8. Comparez du reste la fin de la première lettre (Hier noch einiges, etc.) depuis : In einem ôffentlichen Garten, et la fin de la seconde lettre (Dièses Blatt soUte, etc.) depuis : Kniep zeichnete, avec le journal du 7 avril, il vous semblera évident que tout cela a été écrit le même jour. — M.Tf. Scherer commet une erreur quand il s'appuie sur la lettre à Fritz de Stein pour prouver que Gœthe songe à Nausicaa dès son arrivée à Palerme. Cette lettre est du 17 ou 18 avril, quinze jours après l'arrivée, et ne prouve par conséquent absolument rien. On a également faussement conclu du fait que Gœthe parle le i6 avril de Nausicaa comme d'une chose connue, qu'il en avait déjà écrit explicitement à Weimar. Cela ne prouve rien du tout, vu que c'est là un article du journal de voyage et non un fragment de lettre. Les lettres à M"»* de Stein du 18 avril et à Seidel du 15 mai viennent à l'appui de notre opinion.— En somme donc notre avis est qu'on ne peut pas faire remonter avant le 7 avril la date exacte du jour où Gœthe a commencé sa tragédie de Nausicaa (Voyez, pour l'avis contraire : Dûntzer : Anmerkungen, p. 765, et W. Scherer : Westermanns Monatshefte, vol. 46, p. 739).
138 CHAPITRK III
de Nausicaa, d'après la source à laquelle Gœtlie a puisé : Homère.
Ulysse, ayant échappé à Galypso, est jeté par la mer sur File fortunée des Phéaciens et s'endort sur le rivage. Cependant Nausicaa au beau voile, la fille du roi Alcinotts, poussée par un songe que lui envoie Athéné, est venue laver le linge royal dans les flots du fleuve rapide et, tandis qu'il sèche, joue à la balle avec ses folâtres suivantes. La paume, lancée d'une main imprudente par Nausicaa, tombe près de l'endroit où dort Ulysse, et les cris que poussent les jeunes filles en la cherchant, réveillent le héros, qui sort du taillis où il dormait. Les vierges craintives, s'enfuient efl'rayées, mais Nausicaa, encouragée par Pallas, attend l'étranger. Celui-ci, se tenant à une distance respectueuse, loue la beauté de la jeune fille, lui raconte son infortune et lui souhaite * : « un époux » et une maison et la douce concorde, car il n'est » rien de si précieux ni de meilleur que l'harmonie » entre l'homme et la femme qui gouvlernent une » maison. »
Nausicaa aux bras blancs ordonne alors à ses compagnes de fournir à Ulysse les vêtements dont il a besoin. Celui-ci se retire pour se baigner et reparaît
Sol It ^eoi TÔoa Solev ôaa ^ peiî ajai [Jievotvàc, avSpa Te xai olxov xal 6pLoçpp09Ûvi]v ôicâoeiav C3&Xi^v' où [itv yàp Toùyc xptîaoov xaî àpetov, ^ 0^' 6{i09povéovTe voi^piaaiv otxov e^T]T0v avTjp rfii, yuvi^
(Chant VI, vers 180-1R4.)
bientôt « resplendissant de beauté et de grâce. » La jeune fille s'écrie alors, en le contemplant * : « Plût aux
* dieux qu'un tel homme, habitant ici, fût appelé mon » époux et qu'il consentît à demeurer dans ce pays ! »
Mais elle est prudente et ne désire pas qu'Ulysse rentre à la ville avec elle. Le peuple l'accuserait de légèreté * : « Quel est ce grand et bel étranger — di- » raît-on — qui suit Nausîcaa ? Où Ta-t-elle trouvé?
» Il l'épousera sans doute Tant mieux si, cher-
» chant elle-même, elle a trouvé ailleurs un époux; » car certainement elle méprise les nombreux et no-
* J)les Phéaciens qui la recherchent en mariage. » Paroles charmantes de naïveté, qui semblent trahir un amour naissant.
Reçu par la mère deNausicaa, Arété,aux pieds de laquelle il se jette d'abord, et par Alcinotis son époux, Ulysse raconte, sans se faire connaître d'abord, ses malheurs dans l'île d'Ogygie. Le roi illustre le traite avec la plus grande bienveillance et exprime le vœu de le voir rester dans sa maison en qualité d'époux de Nausicaa'. Le lendemain, le conseil des Phéaciens se rassemble et décide d'accorder à Ulysse un vaisseau
èvdâîe vateTawv, xaî oi aSot aÙTÔ&i ixiuvetv.
' ' (VI, 244, 245.) * Tîç S'oîî Nauoixàa tTistai xaXoc te \i.i'jaç ts
£eivoc ; ico'j hi {jliv eups ; uôaïc vu oi e^osTat aùt:g
BéÀt£pov, eî xaÙTrj itep èTioi^o|i6VY] nôaiv eupev àXXodev . ij yàp roûaSe Y*àtijiâCei xarà îfjfj-ov <^atT]xac, To( piiv fivtt>vTai icoXéec te xaî èa8Xot.
(VI, 276, 277, 282-84.) 3 VII, 311 à 315.
pour le retour. La journée se passe au milieu des jeux. La vaillance d'Ulysse remplit d'admiration les jeunes Phéaciens, et entre autres Laodamas, le fils chéri de l'irréprochable Alcinoûs* Au moment où le héros, après s'être baigné, s'avance vers les nombreux convives, il rencontre encore une fois * Nau- » sicaa, qui avait reçu des dieux la beauté et se tenait debout auprès de la porte solidement construite. Elle contemplait Ulysse avec admiration et lui adressa ces paroles ailées * : Etranger, je te salue, afin que tu te souviennes de moi quand tu seras dans ta patrie, car c'est à moi la première que tu dois ton salut. — Et le prudent Ulysse lui répondit : Nausicaa, fille du magnanime Alcinoûs, puisse Zeus, l'époux à la foudre retentissante de Héra, m'accorder maintenant de rentrer dans ma demeure et de voir le jour du retour ! et là, chaque jour, je t'adresserai des prières comme à une déesse, car c'est toi qui m'as sauvé, jeune fille. »
Pais il la quitte pour écouter les chants de l'aimable Démodocus, honoré des peuples, auquel il succède bientôt pour raconter, à son tour, ses aventures aux
Xatpe, Sîlv*, îva xat icot ètuv èv narptSi yaïf]
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— Ti]v S*àîca|jiet^ô{xevoc icpoos^pr] iroXûp.TjTtç 'OSuoai'Jç,
Nofjoixôa, ^û^^tep {xeyaXi^ropoc 'AXxtvGOto,
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