TASSE. FAUST. W. MEISTER
« L'honneur qui m'afflige maintenant, même dans j» le ciel, fais l'en jouir un jour comme moi, mais » d'une manière plus heureuse! »
Ce petit drame résume toute une partie de la vie de <îœthe pendant son second séjour à Rome. Il est une nouvelle preuve de cette tendance réaliste de notre poète, à traduire en une œuvre poétique tout ce qui i'a intéressé et à tirer profit de chaque observation. Econome habile, il a garde de ne rien perdre et exploite les moindres circonstances pour enrichir son fonds littéraire.
Le Tasse. Faust. Wilhelm Meister. Nous avons négligé dans notre 'étude ces trois œuvres importantes ■de Gœthe. Il est impossible en effet de déterminer, il'une manière exacte, jusqu'à quel point le poète y a travaillé en Italie. II en parle plus d'une fois, mais toujours d'une manière générale.
Sur mer, entre Naples et Palerme, il songe au plan du Tasse. L'année suivante, au mois de mars*, -ce plan est fixé. Quelques scènes sont conçues à Plorence, dans le jardin Boboli, mais, le 24 mars, la tragédie est encore si peu avancée, que Gœthe écrit à Knebel' que les premiers actes en devront être entièrement sacrifiés. Ce n'est qu'en Allemagne, et un an plus tard, comme le prouve une lettre à M"® Hervder*, que la pièce fut achevée.
* 1 mars 4788.
* Milan. Briefwechsel zwischen Gœthe und Knebel, ^ Du 29 mai 4789. Duntzer : Gœthes Tasso, p. 45.
Quant à Faust, il n'y fit certainement pas grand" chose, et, à part la scène de la Cidsine de la sorcière^ qu'il raconte à Eckermaim avoir composée dans le jardin Borghese*, il serait difficile d'en déterminer aucune autre*. Par contre, comme le fait finement remarquer M. Ehni, cette scène semble trahir l'influence^^ du séjour en Italie. Faust prend l'élixir et redevient jeune en même temps que Gœthe, lui aussi, renaissait à une nouvelle vie au milieu de la riche végétation méridionale. Quelques passages isolés font allusion également à la situation présente du poète, mais il& sont peu nombreux et sans grande importance*.
Gœthe parle peu de Wilhelm 'Meister. Il n'en dit. rien autre, sinon que toutes ses occupations artistiques enrichirent grandement cet ouvrage. Nous avons déjà fait* un rapprochement entre Mignon et la fillette^
* Gespràche mit Eckerniann, vol. II. 10 avril 1829.
* M. W. SCHERER (Au8 Gœthes Frûhzeit, p. 104) et, à sa suite,, M. Ehni (Essai sur le Faust de Gœthe, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1880) ont supposé que la scène : Wald und Halle n*était qu'une refonte rhythmique de la scène : Trûber Tag. Feld. Ce fait est contredit par Riemer (Mittheilungen I, p. 349) qui dit, avoir écrit, sous dictée, cette dernière scène « presque immé-diatement après sa conception. » Or Riemer ne se lia avec Gœthe que plusieurs années après le voyage en Italie. La scène :: Wald und Hôlle, imprimée déjà en 1790, est donc bien antérieureà celle : Trûber Tag. Feld. Le fait que la scène : Wald und Hôlle est en pentamètres ïambiques non rimes ne prouve paa non plus son origine italienne. Nous trouvons des vers semblables chez Gœthe déjà en 1765 (Voyez : Derjunge Gœthe, vol. I),.
5 Par exemple ces mots :
Das nordische Phantom ist nun nicht mehr zu schauen. Lisez aussi les Paraliponiena zu Faust.
* Chap. II, page 40.